Grossesse : L’alcoolisation fœtale, un tabou qui dure et cause encore des dégâts chez plus d’un bébé sur 100

PREVENTION La journée internationale des troubles causés par l’alcoolisation fœtale se déroule ce jeudi

Julie Urbach
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Illustration de l'alcoolisation fœtale.
Illustration de l'alcoolisation fœtale. — Closon/SIPA
  • La consommation d'alcool pendant la grossesse peut causer de graves retards de croissances et des malformations chez les enfants (une naissance sur 1.000), mais aussi des troubles plus légers (une naissance sur 100).
  • Un message difficile à faire passer alors que le syndrome d’alcoolisation fœtale souffre d’idées reçues bien ancrées.

C'est un acronyme, plutôt méconnu mais qui est pourtant la première cause de handicap mental non génétique de l’enfant. Le SAF, ou syndrome d’alcoolisation fœtale, concerne chaque année un bébé sur 1.000 nés dans les maternités françaises. En plus de ceux-ci, qui présentent de graves retards de croissance, malformations du cœur mais aussi du cerveau, ils sont encore plus nombreux (un voire deux bébés sur 100) à développer plus tard des troubles cognitifs plus légers, comme une hyperactivité, des problèmes de langage ou d’autocontrôle. Des manifestations variées, qui peuvent apparaître à l’adolescence ou même à l’âge adulte, mais liées à une seule et même cause : une consommation d’alcool de la maman pendant la grossesse.

Si ces chiffres demeurent aussi élevés, c’est que le sujet reste « tabou », estime l’association Saf France, qui organise différentes actions de prévention ce jeudi à l’occasion de la journée internationale des troubles causés par l’alcoolisation fœtale. « Il faut arrêter de pointer du doigt l’unique responsabilité des mères, une culpabilité qui empêche de sensibiliser le reste de la population, estime Denis Lamblin, son président. Ce n’est pas juste un problème de santé, ça concerne toute la société car il peut expliquer l’échec scolaire, la délinquance, ou l’exclusion sociale des personnes touchées. Investissons sur ce sujet car il s’agit de problèmes évitables. »

Des idées reçues tenaces

Sauf que depuis sa découverte dans les années 60, le syndrome d’alcoolisation fœtale souffre d’idées reçues bien ancrées. « A l’époque, on disait que ça ne pouvait pas exister, qu’au contraire, boire une petite bière était bon pour le bébé et pour l’allaitement, explique le Dr Georges Picherot, ancien chef de service de pédiatrie du CHU de Nantes. D’emblée, on n’a pas voulu regarder ce qui est devenu un problème majeur. » Soixante ans plus tard, la méconnaissance ne semble très peu dissipée. Selon une récente étude commandée par l’association, seuls un quart des médecins généralistes déclarent savoir précisément de quoi il s’agit, alors que la moitié des Français n’en auraient jamais entendu parler. Il faut dire qu’à la gêne d’en discuter s’ajoute les difficultés de diagnostic de ces troubles, qui mènent souvent à une errance médicale.

Il est aussi difficile de connaître le public à cibler : car le SAF ne concerne pas que des futures mères ayant une forte addiction à l’alcool, il y a aussi celles qui continuent de faire la fête occasionnellement, parfois encouragée par leurs proches, qui sous-estiment les risques. « Il n’est pas rare d’entendre en soirée qu’un petit verre est permis, que ce n’est pas bien grave, constate le Dr Catherine Maingueneau, pédiatre en néonatologie à la clinique Jules-Verne à Nantes. Pourtant, il faudrait vraiment aller vers le zéro alcool dès le désir de conception. »

Prévenir dans les lycées et dans les bars

Selon les spécialistes, les risques d’intoxication du fœtus existent même à un très faible seuil, et ce quel que soit le stade de la grossesse. Cependant, pour celles qui auraient bu quelques gorgées avant de savoir qu’elles étaient enceintes, « il n’y a pas de raison de paniquer » mais il est recommandé d’en parler avec des professionnels de santé.

Pour le Saf France, l’objectif est que le nombre de cas « diminue de manière drastique » dans les cinq prochaines années. L’association, qui espère que les pouvoirs publics se saisiront du sujet, compte encore davantage sensibiliser les adolescents, notamment dans les collèges et les lycées, sans oublier le grand public. Pour ce faire, elle s’est associée avec l’union des métiers de l’industrie de l’hôtellerie (UMIH) afin de faire passer ses messages dans les bars et les restaurants.