Nice : Comment la communauté LGBTQ+ est-elle représentée sur la Côte d’Azur ?

DIVERSITÉ La ville était classée parmi les plus « gay-friendly » de France en 2012, depuis, la mairie a multiplié les initiatives

Elise Martin
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Lors d'une marché des fiertés à Nice (Illustration)
Lors d'une marché des fiertés à Nice (Illustration) — B. Bebert / Sipa
  • A partir de jeudi et jusqu’au 18 septembre, se tient la 13e édition du festival de cinéma queer de Nice. Au programme, une rétrospective Catherine Corsini, un focus autour du voguing associant exposition photo, masterclass de danse et projections mais aussi, un temps de réflexion autour des « Corps (im)possibles » vu par des artistes queer.
  • À cette occasion, ​20 Minutes s’est posé la question de la représentation de la communauté sur la Côte d’Azur, avec les investissements de la ville de Nice, la place des associations et des témoignages.
  • « Il ne m’est encore rien arrivé à Nice, je me sens en sécurité pour être qui je suis, mais je sais que ça existe et c’est pour cette raison qu’il faut continuer de se battre », explique Fernando, qui se considère comme homme gay cisgenre.

« C’était évident il y a treize ans parce qu’il y avait un manque, et maintenant, on a créé un besoin », résume Benoît Arnulf, directeur artistique du festival de cinéma queer, In & Out, l’un des plus anciens de France, qui se déroule de jeudi au 18 septembre dans sept lieux de Nice. Il milite depuis quinze ans dans la région et a créé l’association Les Ouvreurs en 2007 avec laquelle il sensibilise sur les questions de violences et discriminations envers les personnes LGBTQ+ (Lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queer) dans des établissements scolaires.

Pour lui, ce genre de festival tout comme les interventions en milieu scolaire, « c’est important ». « Il faut avoir des espaces de rencontres et d’échanges. D’abord, parce que toutes sortes de manifestations qui concernent la communauté permettent de donner plus de visibilité mais aussi parce qu’on peut ainsi partager des expériences similaires. Depuis treize ans, on travaille en profondeur pour que ce ne soit pas un effet de mode et que la tolérance et l’acceptation de l’autre deviennent la norme. Même si on est soutenu par les institutions, on repart chaque année à la tâche pour faire vivre le combat, qui n’est pas gagné, ni ici, ni ailleurs. »

Nice, dans le top 5 des villes les plus gay-friendly

Déjà en 2012, Nice était classée dans le top 5 des « villes les plus gay-friendly » de France d’après un sondage réalisé pour le magazine Têtu. Depuis, la ville continue de s’investir pour la cause, en plus de soutenir des événements. Elle a notamment créé le label qui forme les personnels des établissements niçois à l’accueil bienveillant des visiteurs LGBTQ+, elle a accueilli le « Lou Queernaval », premier et unique carnaval gay de France. Elle a aussi inscrit l’identité du quartier de la place du Pin et de la rue Bonaparte en peignant la chaussée aux couleurs du drapeau LGBT.

Mais Nice serait-elle plus « gay » que « lgbt-friendly » ? Olivier Caillau, président fondateur du Centre LGBT Côte d’Azur le reconnaît : « Sans avoir de statistiques, les femmes lesbiennes sont moins visibles dans les événements mais sont très présentes dans les groupes associatifs, comme Caram’elles. »

Une remarque que s’est faite Mikely, 24 ans, en arrivant à Nice il y a deux ans. « Je ne fais pas vraiment partie d’une association, je vis ma vie de mon côté avec ma copine. Mais c’est aussi parce que j’ai l’impression qu’il n’existe pas vraiment d’endroits pour nous. Il y a des boîtes pour les gays, où je me suis fait refouler parce que j’étais une femme, il y a des bars gays, mais rien pour les lesbiennes à ma connaissance ? Même lors des événements organisés, c’est très masculin même si c’est toujours bienveillant et inclusif. »

Une représentation locale pour agir ensemble

C’est justement pour rassembler que le Centre LGBT Côte d’Azur s’est créé en 2011. Olivier Caillau développe : « Il fallait une structure sur le territoire, qui regroupe les associations de la communauté, pour s’épauler et évoluer sur des projets communs, sans devoir se retrouver à Paris ou Marseille. On a eu ce qu’on avait demandé en 2008 à Christian Estrosi : un local et les Pacs en mairie. Aujourd’hui, on peut accueillir tous les publics et on a également un service santé ».

Pour le président fondateur, un tel organisme local est primordial pour la cause. « Nous sommes un relais des luttes nationales, à chaque événement, on peut atteindre des milliers de personnes. On a eu le mariage, mais il reste encore du chemin dans le combat de nos droits notamment pour l’identité et le respect des trans. »

C’est dans ce sens que Fernando, qui se considère comme homme gay cisgenre, s’est rapproché du Centre LGBT. « Dès que j’ai emménagé, j’ai cherché et j’ai trouvé l’association. À Marseille, où j’ai habité pendant trois ans, j’ai vécu deux épisodes de discriminations, juste en marchant dans la rue avec mon compagnon. Alors, faire partie d’un groupe local, avec des alliés, c’est hyper important pour moi, pour agir et lutter ensemble contre ces violences tout en montrant qu’on est là, qu’on existe. »

D’après les dernières données de l’association SOS Homophobie, sur les 1.369 témoignages reçus en 2020 de LGBT-phobie, près de 80 % concernaient les gays. Fernando ajoute : « Il ne m’est encore rien arrivé à Nice, je me sens en sécurité pour être qui je suis, mais je sais que ça existe et c’est pour cette raison qu’il faut continuer de se battre. Pour que la société comprenne qu’on a le droit au respect et qu’on puisse vivre comme tout le monde. »