Du « c'était mieux avant » à « c'est la base »... Nos internautes parlent du consentement

VOTRE VIE VOTRE AVIS Plus de trois ans après #Metoo et les mouvements de libération de la parole qui ont suivi, réussissez-vous aujourd’hui à parler ou à débattre de la notion de consentement

Marion Pignot
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A Paris, lors de la Marche contre les violences faites aux femmes en 2019.
A Paris, lors de la Marche contre les violences faites aux femmes en 2019. — Jacques Witt/SIPA
  • Des tee-shirts « consent is sexy » commercialisés ce mardi, des Imaginaires du consentement qui se tiennent les 27 et 28 septembre, des podcasts et des comptes Instagram par dizaines… Le mot « consentement » est sur toutes les lèvres depuis #Metoo ou #BalanceTonPorc.
  • Avec la sortie des livres de Vanessa Springora ou de Camille Kouchner, le consentement s’invite dans les débats, s’installe dans la vie quotidienne jusqu’à la table de vos dîners entre amis ou dans votre chambre à coucher.
  • 20 minutes a demandé à ses lectrices et ses lecteurs s’ils parlaient consentement et si l’éducation à la notion avait changé leurs rapports aux autres. Et le débat semble loin d’être clos.

« C’était mieux avant », et « on ne peut plus rien faire », « je fais remplir un formulaire de consentement type avant chaque rapprochement physique », etc. Peu d’internautes ont répondu à notre appel à témoignages sur le consentement, pourtant plus de 150 commentaires, souvent moqueurs, ont été écrits sous ce dernier. Derrière eux, de nombreux hommes à en croire les pseudo utilisés. Des lecteurs qui regrettent « l’époque des slows » et du « bon feeling », arguant que le débat autour du consentement relève de « l’obsession pathologique » des « féministes de bas étage » et que s’en assurer briserait « l’ambiance ».

Rien y fait, plus de trois ans après #MeToo, #BalanceTonPorc ou #SciencesPorc, il serait donc toujours aussi difficile de parler de consentement, avec nos potes, nos partenaires, nos cousins ou nos parents. Bien loin du « Consent is sexy » inscrit sur les tee-shirts fraîchement lancés par Charline Vermont, à la tête de la « commu » du compte Instagram Orgasme et Moi. Bien loin des   Imaginaires du consentement organisés par l’association Sexe et Consentement qui se tiendront au campus Condorcet, à Paris, les 27 et 28 septembre.

​« Pas besoin de demander, l’autre sait très bien s’il est consentant, et il n’y a pas besoin de mots pour ça. Je dirais même que le plaisir en souffrirait », avance ainsi Gigi1950. Quand Gerald01 lâche : « Avant de faire l’amour à son épouse lui envoyer une lettre recommandée avec AR deux jours avant afin d’éviter les poursuites ! » « Ces commentaires montrent qu’en France nous avons encore du retard, regrette Charline Vermont. Nous avons été la risée du monde au moment de #Metoo avec cette tribune sur la liberté d’importuner qui montrait combien la culture du viol est encore ancrée dans nos sociétés latines. Reste qu’il y a une prise de conscience et que ça prend du temps de renverser des modèles quand à la télé, entre autres, rien ne déconstruit le mythe de la virilité. »

« Votre corps, votre choix »

En France, près de 50 % des viols sont commis dans le cadre conjugal, rappelle la praticienne en sexothérapie et instagrameuse qui a fait du consentement la grande cause de son année 2021, et « avoir une bague du doigt ne t’autorise pas à "sexer" avec ta femme sans lui demander si ça la tente ». D’ailleurs, si ça ne la tente pas, Alice le fait aujourd’hui rapidement savoir. « Je me suis rendu compte, à la lumière de #Metoo, que j’avais souvent autorisé des hommes à me toucher une épaule, le dos ou les hanches sans en avoir envie et bien que ça me mettait mal à l’aise », témoigne la jeune femme de 28 ans qui confie avoir également souvent « voulu juste faire plaisir à son partenaire ». « Je n’avais pas forcément envie d’avoir un rapport sexuel mais j’ai cédé pour qu’on me foute la paix et aujourd’hui j’y pense encore, assure la fleuriste contactée sur Instagram. Si on m’avait simplement demandé si je voulais j’aurais dit "non" et je serais plus à l’aise aujourd’hui dans mes rapports intercorporels. »

« Les hommes ont tendance à penser que leur femme leur doit tout par devoir conjugal or, le sexe est loin d’être une chose due. Votre corps, votre choix », assène Maguy. Et celle qui a été en couple pendant quatre ans avec un partenaire à l’écoute de poursuivre : « Je trouve important de parler du consentement au sein de toutes sortes de relations. C’est sur ces bases-là que j’élèverai mes enfants, afin que les enfants des autres se sentent en sécurité avec eux. »

« Le consentement, c’est la base d’une sexualité épanouie »

« Il n’y a pas d’âge pour apprendre le consentement », rebondit Charline Vermont, qui sort ce mercredi Corps, amour et sexualité, premier guide pratique d’éducation à la sexualité pour les 5-12 ans et leurs parents « souvent paumés sur la question ». La dynamique Charline a également rejoint la grande famille Netflix. Dès le 17 septembre, à l’occasion de la sortie de la saison 3 de Sex Education, elle répondra aux questions des abonnés et tentera là encore de montrer « à quel point juste demander si l’on peut caresser, toucher, embrasser est sexy ».

« Sur les quelque 800 messages que je reçois chaque jour, 5 % évoquent des violences sexuelles subies parfois la veille lors d’un date Tinder, lâche Charline. Rien que pour en finir avec ces violences, parler de consentement est essentiel. Le consentement, c’est la base d’une sexualité épanouie et c’est même celle du vivre ensemble. » « Seuls les inadaptés du sentiment amoureux, ceux qui ne respectent pas réellement les femmes craignent les nouveaux codes établissant nos relations et ne sont pas à l’aise, analyse pour sa part notre internaute Baronneettronenbiais. Pour ceux qui ne sont plus bloqués sur des codes d’un autre temps, la notion de consentement est plutôt synonyme de liberté et d’opportunités. Pour eux, tout se passe parfaitement côté sexe. Sans blocages, ni tabous, ni craintes. »

« Demander le consentement ne casse pas l’ambiance »

C’est sur ces volets du respect de l’altérité et de la sexualité épanouie que travaille Ella Hamonic. Avec Eleonore Nouel, elle est depuis 2019 à la tête de Sexe et Consentement. L’association avait pour objectif d’éduquer au consentement sur les campus et dans l’enseignement supérieur. Face à l’ampleur de la tâche, le projet est devenu un challenge d’envergure bien plus large : « Il faut passer à la vitesse supérieure, de la sensibilisation à l’éducation. Il faut rendre explicite la culture du consentement. » Sur le campus Condorcet ou à Sciences Po Strasbourg, Ella anime des formations et utilise le théâtre, le tango ou « des scripts simples » pour faire « du consentement une norme » ; « Nul besoin d’un contrat, d’un huissier. Demander le consentement ne casse pas l’ambiance. Car si l’on pose la question et que la réponse est "non", c’est qu’il n’y avait pas d’ambiance de toutes les façons. S’assurer d’un consentement explicite, c’est s’assurer qu’on ne commettra pas l’irréparable. »

« Mes amies et moi, on parle très peu du consentement. Pourtant, j’en ai qui m’ont confié que leurs copains étaient lourds, qu’ils leur demandaient des nudes tout le temps et les insultaient si elles refusaient, explique Camille, collégienne à Mulhouse. Je crois que nos profs pensent qu’ils n’ont pas besoin de nous l’expliquer car pour eux ça paraît logique. Pourtant, selon moi, c’est aussi important que la prévention aux IST et à la contraception. » « Je ne fais l’amour qu’avec des femmes et j’ai l’impression que nous trouvons toutes normal de s’assurer du consentement de notre partenaire. Et il est évident que le vérifier ne relève pas d’une faveur, c’est tout simplement la base, note pour sa part Cécile, 45 ans. Tous ces podcasts, ces comptes Insta enfonçaient selon moi une porte ouverte. Pourtant, au quotidien, il y a 15.000 réactions qui montrent que l’on a grandement besoin de ce débat. »

A l’occasion des Imaginaires du consentement, Sexe et Consentemenrt lancera une pétition réclamant l’inscription de mentions légales liées au consentement sur les emballages de préservatifs, de sex-toys ou de tous autres produits liés à la sexualité (site de rencontres, etc). « Afin que consentement et sexualité soient naturellement associés, explique Ella Hamonic, un peu comme ce fameux "manger bouger". »