Marseille : « On a des cafards, des punaises de lits »… L’école Bouge raconte son calvaire à Emmanuel Macron

REPORTAGE Le président de la République a visité ce jeudi dans la matinée une école délabrée de Marseille dans les quartiers Nord, sans pour autant faire des promesses financières sur le sujet

Mathilde Ceilles
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Emmanuel Macron en visite dans une école marseillaise
Emmanuel Macron en visite dans une école marseillaise — Daniel Cole / POOL / AFP
  • Emmanuel Macron est en visite à Marseille depuis mercredi. Ce jeudi matin, il a assisté à la rentrée des classes dans une école des quartiers Nord.
  • L’école Bouge, dans le 13e arrondissement, est dite GEEP, connue pour être dans un état de délabrement avancé et de véritables passoires thermiques.
  • L’établissement doit être totalement rénové en 2024. A Marseille, près de 300 autres écoles attendent d’être rénovées, selon une estimation de la mairie.

Le gymnase de l’école Bouge, dans les quartiers Nord de Marseille est habituellement fermé au public. Il y a six mois, les autorités ont pris cette décision en urgence. Trop dangereux. Au-dessus de la tête d’Emmanuel Macron, des trous béants dans le plafond laissent apparaître les poutres. Et encore, du propre aveu du maire de Marseille qui l’escorte, le gymnase a été « nettoyé » avant la venue du chef de l’État dans cette école du 13e arrondissement pour la rentrée des classes. Une école dite GEEP, connue à Marseille pour être dans un état de délabrement avancé et de véritables passoires thermiques.

« Cette école est symbolique de ce que nous connaissons à Marseille, lance Pierre-Marie Ganozzi, adjoint au maire en charge de la rénovation des écoles. Elle est restée dans son jus depuis sa construction en 1968. Elle démonte l’état d’abandon de certaines écoles à Marseille depuis des années. La cantine est dans un état déplorable. »

Des enfants en blouson l’hiver en classe

Les mots de la concierge de l’école Bouge au président de la République claquent dans la chaleur étouffante du gymnase de l’école. « La toiture fuit, lance Cathy Sanguedolce. C’est plus possible. Il n’y a pas de chauffage pendant les maintenances. On a un agent pour soixante enfants en primaire et un pour trente enfants en maternelle. Il n’y a qu’à Marseille qu’on voit ça. On veut de nouvelles écoles, du personnel supplémentaire. Ça fait trop longtemps à Marseille que ça se dégrade. »

« On a des cafards, des punaises de lits, rapporte un enseignant de cette école depuis neuf ans au président de la République. Il faut que nos enfants travaillent dans de bonnes conditions. Ils doivent mettre des blousons l’hiver. Il nous faut des locaux corrects. Quand on a grandi avec l’idée qu’on mérite ça, adolescent, on choisit un chemin différent. »

« C’est la dernière rentrée où l’école est dans cet état », promet le maire

Face à cette colère teintée de lassitude, le président presque en campagne se pose en homme qui écoute. « Et ça, vous avez pu l’exprimer dans le cadre de la concertation ? », répète-t-il à plusieurs reprises. Cette école a en effet été choisie par l’Elysée et la mairie de Marseille car elle fait partie de la dizaine d’écoles pour lesquelles le Printemps marseillais a décidé au printemps dernier d’engager des travaux importants de rénovation, en concertation avec les équipes pédagogiques, les élèves et les parents d’élèves. « L’école sera entièrement rénovée à la rentrée 2024, et c’est la dernière rentrée où elle est dans cet état », explique Benoît Payan à Emmanuel Macron.

Mais à Marseille, près de 300 autres écoles attendent d’être rénovées, selon une estimation de la mairie. Et en la matière, la municipalité veut d’Emmanuel Macron un véritable engagement, notamment financier, pour aboutir à la construction d’un plan de rénovation de plus d’un milliard d’euros, alors que les caisses de la ville sont dans le rouge.

Dans la cour d’école, dans les couloirs, Emmanuel Macron prend le temps de parler à chacun, accepte tous les selfies qu’on lui demande, distribue les sourires à travers le masque, les petites remarques bienveillantes, les tapes affectueuses sur les épaules des enfants… mais n’évoque jamais le carnet de chèques. « Il ne suffit pas d’égrener les milliards », rappellera-t-il lors d’un point presse juste avant de partir de l’école Bouge. A ce moment précis, malgré l’attente locale sur le sujet, personne, ni même les élus, ne sait exactement si et combien l’État est prêt à débourser pour rénover les écoles marseillaises. L’annonce d’un « plan pour Marseille » est prévue pour 16h45 au Pharo.