Coronavirus : L’inquiétude des Français est en forte baisse, mais est-ce une bonne nouvelle ?

PANDEMIE D’après un sondage Elabe, l’inquiétude des Français est à un des niveaux les plus bas enregistrés depuis le début de la crise sanitaire

Manon Aublanc
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Des terrasses à Paris le 19 mai 2021.
Des terrasses à Paris le 19 mai 2021. — Lewis Joly
  • Selon un sondage Elabe pour BFMTV, 57 % des Français se disent toujours inquiets face à la propagation du coronavirus ; c’est 10 points de moins qu’au 20 août.
  • Une bonne nouvelle qui va de pair avec les habitudes prises ces derniers mois, et le fait que la sidération de 2020 n’est plus.
  • Mais l’épidémie est loin d’être terminée, alertent les spécialistes, qui appellent à ne pas relâcher la vigilance.

Un an et demi après l’apparition de l’épidémie de coronavirus, plusieurs confinements et des mois de restrictions, les Français se seraient-ils habitués à vivre avec le virus ? Selon un sondage Elabe pour BFMTV* publié ce jeudi, ils sont en tout cas de moins en moins inquiets vis-à-vis de la propagation du Covid-19.

Alors que les autorités s’inquiétaient à la fin de l’hiver dernier d’une « troisième vague qui serait celle de la santé mentale », ce constat peut sembler positif. Mais les spécialistes rappellent que l'épidémie est toujours là et mettent en garde sur le relâchement des gestes barrières.

Habitude et lassitude

Selon ce sondage Elabe, donc, 57 % des Français se disent toujours inquiets face à la propagation du coronavirus en France ; c’est 10 points de moins qu’au 20 août. Toujours selon l’institut de sondage, c’est l’un des niveaux les plus bas enregistrés depuis le début de la crise sanitaire, similaire à celui atteint après le premier confinement, en juin 2020 (56 %). Une bonne nouvelle quand on connaît les effets néfastes des confinements et des restrictions sur la santé mentale des citoyens. Lors du premier confinement, la proportion de la population évoquant des états dépressifs oscillait autour de 19 %, avant de retomber à moins de 11 % pendant l’été 2020, et d’atteindre un niveau record de 22,7 % en février 2021.

Le Covid-19 serait-il donc bel et bien entré dans notre quotidien ? Pour Laurent Chambaud, directeur de l’École des hautes études en santé publique (EHESP), ça ne fait aucun doute. « Il y a obligatoirement la question de l’habitude. On vit depuis un an et demi avec ce virus, il n’y a plus de sidération comme au début, on n’est plus dans l’inconnu total », plaide le spécialiste. Pour Didier Guillemot, épidémiologiste à l’Institut Pasteur et à l’université de Versailles-Saint Quentin, les Français ont dû apprendre à vivre avec le virus, car ce dernier ne va pas disparaître d’ici peu : « On n’est pas encore sorti de l’épidémie, ce n’est pas fini, on se dirige vers des rappels de vaccin, des nouveaux variants. C’est plutôt bien que les gens apprennent à vivre ».

Si certains ont pris le pli de l’épidémie, d’autres sont rentrés dans une forme de lassitude, estime quant à lui Robert Zuili, psychologue clinicien : « Pour certaines personnes, il y a une forme de lassitude, ça dure depuis des mois et les frustrations accumulées nécessitent un besoin de relâchement qui fait que les inquiétudes passent au deuxième plan. Ce qui prédomine pour eux, c’est de retrouver une vie normale », développe le psychologue.

La vaccination rassure

Pour Robert Zulli, c’est d’abord la situation épidémique actuelle qui rassure les Français : « Quand on est inquiet, il faut avoir des éléments de réassurance. Aujourd’hui, même avec les variants, les chiffres se stabilisent​, ils sont rassurants, la vaccination marche, la quatrième vague n’explose pas. Ca donne le sentiment aux gens que la pression est moins forte ».

« La pression n’est pas aussi forte qu’en 2020 ou que début 2021, l’économie se relance petit à petit, il n’y a pas de confinement en vue, il n’y a plus de points quotidiens sur les chiffres de l’épidémie… Ce sont des embellies qui participent à la baisse de l’inquiétude », ajoute Laurent Chambaud.

Et si les chiffres de l’épidémie sont scrutés à la loupe, c’est surtout l’avancée de la vaccination, et son efficacité, qui rassure les Français, décrypte Viviane Kovess-Masféty, psychiatre et épidémiologiste : « La vaccination est un facteur-clé, on sait que ça protège des formes graves, que ça limite les transmissions. Ça transforme complètement la perception de l’épidémie par rapport à l’an dernier pour les Français, il y a moins d’inquiétudes sur le fait d’être contaminé ou de contaminer ses proches, ses collègues », analyse la spécialiste.

Ne pas relâcher les gestes barrières

Mais si la baisse de l’inquiétude, c’est bien, le relâchement des gestes barrières, ça l’est moins. « Que des gens soient un peu plus décontractés, qu’ils vivent les choses de manière moins stressées vis-à-vis du virus, c’est une bonne nouvelle, mais l’épidémie n’est pas terminée, il faut absolument maintenir les gestes barrières, la distanciation, le port du masque dans les lieux publics », martèle Didier Guillemot.

Ainsi, selon Robert Zuili, certains Français risquent de se relâcher un peu trop. « Ceux qui se sont habitués au virus, qui ont mieux accepté les contraintes, qui se sont résignés, ce sont ceux qui vont aller le moins vers le relâchement, ils vont continuer à respecter les gestes barrières ». A l’inverse, explique le psychologue, « ceux qui ont moins bien vécu les restrictions, qui se sont sentis privés de libertés, qui avaient presque de la colère, ils vont vouloir récupérer leur liberté et présentent le risque d’un relâchement trop grand ». D’où sa mise en garde face à « l’effet balançoire ». « Il faut savoir jusqu’ou on va dans le relâchement. Est-ce qu’on garde à l’esprit qu’il y a toujours des risques ou est-ce qu’on lâche tout ? ». La réponse est dans la question.

* Sondage réalisé les 31 août et 1er septembre par Internet auprès d’un échantillon de 1.000 personnes selon la méthode des quotas.