Rentrée scolaire 2021 : Comment trouver ses marques dans un nouvel établissement ?

EDUCATION Changer d’environnement scolaire peut être perturbant dans un premier temps, mais les petits « nouveaux » arrivent à trouver leur place en procédant par étapes

Delphine Bancaud
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La difficulté à trouver sa place dans un nouvel établissement varie aussi selo  l'âge de l'élève.
La difficulté à trouver sa place dans un nouvel établissement varie aussi selo l'âge de l'élève. — Pixabay
  • La découverte d’un nouvel établissement n’est pas vécue de la même manière selon l’âge de l’enfant et les circonstances.
  • Bien souvent, la peur de la solitude et de ne pas être à la hauteur scolairement se fait ressentir.
  • Les parents peuvent aider leur enfant à trouver ses marques, à condition d’éviter de projeter leurs angoisses sur lui.

Les premiers jours après la rentrée, ils sont reconnaissables dans la cour. Un peu plus stressés que les autres élèves, les « nouveaux » scrutent les groupes, tentent des approches ou se murent dans le silence. Car changer d’ école, de collège ou de lycée n’a rien d’une formalité. « Tout être humain redoute le changement. Mais il ne faut pas diaboliser le stress qu’on éprouve à ce moment-là, car il nous aide à nous préparer à la nouveauté », explique la psychothérapeute Virginie Bapt. « Les enfants ont peur de se retrouver seuls, de tomber sur des enseignants qui ne seraient pas bienveillants », constate aussi Bernadette Dullin, coach scolaire.

La découverte d’un nouvel établissement n’est pas vécue de la même manière selon l’âge de l’enfant et les circonstances, observe Bruno Humbeeck, psychopédagogue : « Pour un petit enfant, s’intégrer dans une nouvelle école est plus facile, car il ne se pose pas les mêmes questions identitaires qu’un adolescent. La peur de ne pas susciter l’intérêt n’est pas vécue avec la même intensité. Par ailleurs, arriver en début d’année dans un nouvel établissement est plus facile, car il y a une sorte d’euphorie communautaire. Alors qu’en cours d’année, les groupes sont constitués », explique-t-il. Et pour les enfants qui viennent d’un pays étranger, le changement est souvent plus rude, comme ce fut le cas pour ceux d’une de nos lectrices, Marion : « Retour en France après six ans à l’étranger et le choc a été rude… Ça a été une année chaotique où mes enfants ne se sont pas faits d’amis. Chaque jour a été une épreuve face au manque de bienveillance et le décalage dans la méthode d’enseignement ».

Ne pas « vouloir à tout prix intégrer le groupe des élèves populaires »

Pour faire son trou, le premier conseil de Virginie Bapt est « de respecter une phase d’observation. Il faut comprendre les règles du jeu dans l’établissement, repérer qui est qui, chercher les points communs que l’on pourrait avoir avec certains élèves et identifier les adultes "support" que l’on pourrait solliciter en cas de besoin ». Pas besoin de se faire remarquer, ni vestimentairement, ni par son comportement. L’important est de ne surtout pas se mettre la pression dès les premiers jours, insiste Bruno Humbeeck : « Il faut accepter d’avoir un rôle périphérique les premiers jours et ne pas manifester des signaux d’attachement aux autres trop précocement. Car il ne faut pas donner l’impression que l’on s’impose, mais laisser les affinités électives se créer progressivement avec ceux dont on partage les centres d’intérêt ».

Question cornélienne : faut-il tenter d’intégrer un groupe d’élèves ou plutôt aller vers les autres petits nouveaux isolés ? Selon Bruno Humbeeck, la première option est préférable : « Dans un groupe, on peut se contenter d’échanges sporadiques et laisser faire le temps pour nouer des relations plus profondes ». L’erreur à ne pas commettre selon Virginie Bapt : « vouloir à tout prix intégrer le groupe des élèves populaires, ce qui met beaucoup de pression et fait parfois passer à côté de camarades très sympas ». Une problématique qui avait été très bien abordée dans le film Le nouveau, de Rudi Rosenberg, sorti en 2015.

« Maman, j’ai fait comme tu m’as dit et j’ai déjà 3 copains »

Pour faciliter la transition d’une école à une autre, le rôle des parents est important. Notamment par leur capacité à rassurer leur enfant au maximum, comme l’a fait Céline, l’une de nos lectrices : « J’ai conseillé à mon fils de ne pas attendre que les enfants viennent vers lui. Mais qu’il leur demande de jouer avec lui à la récréation. Quand il est sorti de l’école le premier jour, il était tout content et m’a lancé : "Maman, j’ai fait comme tu m’as dit et j’ai déjà 3 copains" ». Une attitude que valide Bernadette Dullin : « Il faut rendre l’enfant moteur, lui suggérer d’aller vers les autres, de leur poser des questions, de leur proposer un foot… » Tenir un discours positif sur le changement, expliquer à son enfant que cette nouvelle école lui permettra de se faire de nouveaux amis font partie des coups de pouce qui seront appréciés.

Outre la confiance en soi de leur enfant qu’ils peuvent booster, les parents doivent aussi savoir tendre l’oreille : « Il faut qu’ils soient disponibles et attentifs lors des premiers jours de classe pour aider leur enfant à verbaliser ses éventuels problèmes », conseille Virginie Bapt. « Il faut surtout être vigilant à ne pas ajouter ses propres inquiétudes à celles de son enfant », insiste Bruno Humbeeck.

« Il ne faut pas attendre le conseil de classe du premier trimestre pour réagir »

Outre le volet relationnel, l’intégration dans un nouvel établissement implique de savoir s’adapter à une nouvelle façon d’apprendre. Et parfois, l’élève passe d’un établissement où les évaluations des profs étaient plutôt bienveillantes à un autre plus élitiste. Si l’enfant perd pied, l’idéal est de réagir vite : « Prendre rendez-vous avec le professeur principal est une bonne initiative, car cela va rassurer l’enfant et peut permettre aux enseignants de mettre en place des dispositifs de soutien », indique Virginie Bapt. « Il ne faut pas attendre le conseil de classe du premier trimestre pour réagir. Hormis les cours de soutien, inciter l’enfant à travailler avec un ami peut être un très bon moyen de le tirer vers le haut », recommande Bernadette Hullin.

Une fois que l’enfant aura fait sa place dans ce nouvel établissement, il ne faut pas hésiter à le féliciter, estime Virginie Bapt : « Il faut valoriser l’expérience, souligner que la capacité d’adaptation est une grande richesse dans la vie. Et qu’après avoir réussi ce changement, tous les autres sembleront plus faciles. »