Crack à Paris : Anne Hidalgo propose quatre nouvelles « salles de shoot »

DROGUE La maire de Paris Anne Hidalgo a proposé durant une réunion lundi soir d’installer des salles de consommation de drogue dans les 10e, 19e et 20e arrondissements, une solution de moyen terme qui ne satisfait qu’à moitié les collectifs de riverains du jardin d'Eole, pressés d’en finir

Aude Lorriaux
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Les toxicomanes ont été évacués du jardin d'Eole mais restent dans le quartier
Les toxicomanes ont été évacués du jardin d'Eole mais restent dans le quartier — LIONEL URMAN/SIPA
  • Anne Hidalgo a présenté durant une réunion avec les riverains du jardin d’Eole organisée lundi soir quatre nouveaux sites de consommation de drogue, dans les 10e, 19e et 20e arrondissements de la capitale.
  • Dans un courrier adressé au Premier ministre que 20 Minutes s’est procuré, la maire de Paris propose aussi de faire évoluer des dispositifs de soin existant dans le 18e.
  • Les collectifs de riverains contactés par 20 Minutes qui ont assisté à la réunion se disent « mitigés », réclamant aussi des solutions d’urgence.
     

Ce n’est pas la solution attendue par les collectifs de riverains, mais la mairie de Paris avance des propositions pour résoudre la crise du crack qui s’est enlisée autour du jardin d’Eole depuis plusieurs semaines. Anne Hidalgo a présenté durant une réunion avec les riverains organisée lundi soir quatre nouveaux sites de consommation de drogue, dans les 10e, 19e et 20e arrondissements de la capitale, ainsi que l’adaptation de salles existantes, propositions issues d’un courrier au Premier ministre Jean Castex que 20 Minutes s’est procuré.

Le premier lieu proposé serait dans le quartier Pelleport, dans le 20e arrondissement, et serait « adapté pour des accueils de jour/nuit et une activité de soins ». Il devrait être « opérationnel avant la fin de l’année » promet la mairie. Deux sites seraient par ailleurs installés dans le quartier des Grands Boulevards, « à la frontière entre Paris centre et le 10e arrondissement », dont l’un serait « opérationnel avant la fin de l’année », sans qu’il soit précisé si ces sites fonctionneraient la nuit également. Enfin un autre site prendrait place dans le nord du 19e arrondissement. Il ne serait ouvert que le jour, et « dédié aux femmes usagers de drogues dans le nord du 19e arrondissement », « afin de lutter contre les violences spécifiques qu’elles subissent ».

Des salles disponibles tout de suite dans le 18e

Anne Hidalgo propose par ailleurs de faire évoluer des dispositifs de soin existant dans le 18e arrondissement et qui aujourd’hui n’autorisent pas la consommation de drogue. Il s’agirait d'« augmenter les moyens financiers de ces lieux » selon le courrier, ainsi que les « propositions et services » qui y sont proposés. Selon un riverain présent à la réunion, la maire veut permettre la consommation de crack dans ces salles, ce qui aurait l’avantage de fournir des lieux rapidement.

Autre proposition notable de ce courrier, la mairie appelle le gouvernement à combattre « le point de fixation de la rue Riquet à Paris XIXe », demande de longue date des associations depuis l’évacuation du jardin d’Eole.

Les riverains veulent aussi des solutions à court terme

Kamel, derrière le compte Twitter @StopCrackEole et qui était présent à la réunion, se montre déçu des propositions qui lui ont été présentées. « Anne Hidalgo a envoyé un courrier daté d’aujourd’hui, ça veut dire que tout l’été, rien n’a été fait », se désole le riverain, qui se dit sceptique sur la possibilité de mettre en œuvre rapidement les mesures proposées, alors que le gouvernement n’a toujours pas donné son feu vert à la prolongation de l’expérimentation de la salle de shoot de l’hôpital Lariboisière dans le 10e et que le ministre de la Santé et celui de l’Intérieur apparaissent divisés sur ce sujet.

Surtout, Kamel estime que ces propositions sont à « moyen terme », mais qu’il n’existe aucune solution de court terme pour permettre de régler les problèmes d’insécurité autour du jardin d’Eole, et notamment le point de fixation de la rue Riquet. Anne Hidalgo s’est bien engagée durant la réunion à organiser un rendez-vous avec le préfet Lallement sur le sujet, mais Kamel est sceptique quant à ce qui pourrait en ressortir.

Le préfet a en effet proposé en juillet à la mairie de déplacer les consommateurs de crack place Auguste-Baron, dans le 19e arrondissement, proposition refusée par la mairie, qui ne souhaite pas recréer de point de fixation ailleurs. S’il y a une nouvelle réunion, « le préfet va lui dire qu’il lui a proposé un nouveau lieu », estime, désabusé, Kamel, qui fonde néanmoins ses minces espoirs dans ce prochain rendez-vous.

« On fait les frais de leurs désaccords »

Même réaction mitigée pour Matthieu, derrière le collectif Renaissance Eole, qui « salue » dit-il l’annonce sur la volonté de créer des lieux qui ne soient pas que des lieux de consommation de drogue, « mais aussi d’hébergement et de soin », mais ajoute que « cela ne répond pas à la problématique d’urgence ».

« Ils ont déjà aligné 15 camions autour de Stalingrad, souligne Matthieu, pourquoi ne veulent-ils pas mettre au moins un camion près d’Eole ? Qu’ils mettent un camion de police pour sécuriser au coin de la rue Riquet, qu’on n’ait pas peur. » Il ajoute : « Comme ils n’ont pas réussi à se mettre d’accord, on en fait les frais. »