Toulouse : L’école musulmane Al-Badr à nouveau dans le viseur de l’Education nationale

JUSTICE L’école musulmane hors contrat Al-Badr, qui avait déjà été au cœur d’un procès il y a quelques années, fait l’objet depuis cet été d’un signalement auprès du procureur de la République de Toulouse

Béatrice Colin
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Ecole de confession musulmane Al-Badr, hors contrat, installée dans le quartier toulousaine de Bellefontaine. (Archive)
Ecole de confession musulmane Al-Badr, hors contrat, installée dans le quartier toulousaine de Bellefontaine. (Archive) — www.albadr.fr/
  • L’école musulmane hors contrat Al-Badr fait l’objet depuis cet été d’un signalement auprès du procureur de la République de Toulouse pour manquements aux obligations en matière administrative et de pédagogie.
  • S’il ne s’agit pas d’une fermeture administrative, les parents des 130 élèves ont l’obligation d’inscrire leurs enfants dans un autre établissement.
  • L’école Al-Badr avait déjà été dans le viseur de l’Education nationale en 2016 pour des raisons similaires. Et elle n’est pas la seule, dans les Hautes-Pyrénées, l’école Boutons d’or a aussi été signalée.

Plus de cinq ans après les premiers signalements à la justice, une école musulmane de Toulouse est à nouveau dans le viseur de l’Education nationale. En décembre 2016, la fermeture de l’école Al-Badr, un établissement hors contrat, était ordonnée par le tribunal correctionnel de Toulouse pour « non-respect de l’enseignement du socle commun de l’Education nationale ».

Deux ans plus tard, la cour d’appel infirmait ce jugement et relaxait AbdelFattah Rahhoui, son directeur, à qui les services de l’Education nationale reprochaient de donner plus de places aux enseignements coraniques qu’à la géographie ou aux mathématiques. Une nouvelle association avait entre-temps porté la réouverture de l’école Avicenne-Al Badr.

Manquements pédagogiques et administratifs

Au cours de cet été, le recteur de l’académie de Toulouse a de nouveau procédé au signalement de cet établissement, qui compte 130 élèves en primaire et collège, auprès du procureur de la République « pour des manquements manifestes aussi bien administratifs que pédagogiques », a indiqué Mostafa Fourar lors d’une conférence de presse de rentrée, ce lundi matin.

« Par exemple les enseignements scientifiques ne pouvaient pas avoir lieu, car les locaux sont exigus. Sur le plan administratif, nous avons remarqué que les registres n’étaient pas respectés, le suivi des élèves non plus. Il appartient au procureur de la République de décider des suites à donner à cette affaire, nous avons nous l’obligation d’informer les parents qu’ils ont l’obligation de scolariser leurs enfants dans d’autres établissements et nous sommes disponibles pour les y aider », a souligné le représentant de l’Education nationale.

Il ne s’agit donc pas pour l’heure d’une fermeture administrative, qui relève uniquement de la justice. « C’est une nouvelle structure, mais ce sont les mêmes constats que l’on fait et où l’on trouve des problèmes, derrière ce sont les mêmes personnes », poursuit Mostafa Fourar.

AbdelFattah Rahhoui, son fondateur parfois controversé « a vécu un acharnement judiciaire et politique », avait indiqué Samim Bolaky, son avocat lors de sa relaxe en 2018.

Une école aussi signalée dans les Hautes-Pyrénées

L’école Al-Badr n’est pas la seule à avoir été signalée à la justice au cours de l’été par les services académiques. L’école primaire « Boutons d’Or », à Bagnères-de-Bigorre, dans les Hautes-Pyrénées, a fait l’objet de trois contrôles et de manquements graves selon le recteur. Ainsi, dans cette structure associative de 67 élèves qui utilise la méthode Steiner-Waldorf, aucun enseignement de mathématiques, scientifique ou technologique n’étaient dispensés selon l’Education nationale.

Et d’autres écoles pourraient aussi être signalées dans les semaines à venir. « Nous serons fermes à chaque fois que l’éducation des jeunes n’est pas assurée, ou les conditions ne sont pas remplies pour atteindre l’exigence que nous avons pour nos élèves. La nouvelle loi nous permet d’avoir un cadre juridique pour agir », conclut le recteur de l’académie de Toulouse, Mostafa Fourar.