Rennes : Un patient des urgences retrouvé pendu avec sa sonnette d'alarme à côté de l’hôpital

INFO 20 MINUTES L’homme qui « présentait des idées noires » avait été admis la veille à la demande de sa famille. Des soignants dénoncent les manques d’effectifs

Camille Allain
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Illustration de l'accueil des urgences du CHU Pontchaillou, à Rennes.
Illustration de l'accueil des urgences du CHU Pontchaillou, à Rennes. — C. Allain / 20 Minutes

Il est sorti des urgences en pyjama d’hôpital sans que personne ne le remarque. Quelques minutes plus tard, ce patient pris en charge au CHU de Rennes a été retrouvé mort aux abords de la halte gare de Pontchaillou située à quelques dizaines de mètres de l’hôpital.

Fragile psychologiquement, cet homme âgé d’une cinquantaine d’années s’est pendu avec la sonnette d’alarme qu’il avait dérobée dans les toilettes des urgences. Alertés, le SAMU et les pompiers n’ont rien pu faire pour le sauver, constatant son décès. La scène, qui s’est déroulée lundi 23 août, a « choqué » le personnel, qui clame son « ras-le-bol ». La famille de la victime a été alertée le 24 août au matin par la police.

Il a quitté les urgences sans que personne s’en aperçoive

D’après nos informations, ce patient avait été admis peu avant 19 heures aux urgences pour une suspicion de surdosage de médicaments et des états de somnolence. La veille, cet homme avait déjà été admis aux urgences de Pontchaillou à la demande de ses proches, qui s’inquiétaient de ses « idées noires ». Il avait été transféré à l’hôpital psychiatrique Guillaume-Régnier, également à Rennes. C’est là qu’un traitement médicamenteux lui avait été administré. Voyant la somnolence du patient, le personnel de l’hôpital psychiatrique a demandé son transfert vers les urgences, où il est arrivé en ambulance un peu avant 19 heures, au moment du changement entre l’équipe de jour et de nuit.

Le patient a pu quitter les urgences sans que personne ne s’en aperçoive, avant d’être retrouvé mort vers 20 heures. Son dossier ouvert la veille « mentionnait pourtant ses pensées suicidaires », précise une source. D’après nos informations, aucun membre du personnel des urgences ne s’était aperçu du départ de cet homme jusqu’à l’appel du SAMU prévenant de son décès. Contactée, la direction de l’hôpital dément et explique que l’équipe de nuit « a constaté l’absence du patient vers 19h30, lors de son tour de surveillance. Une recherche dans et devant les urgences a été effectuée dans la foulée ». La direction ajoute « présenter toutes ses condoléances à la famille et l’assure de son soutien dans cette épreuve ».

« Si on avait plus de personnel »

De leur côté, les soignants accusent « les sous-effectifs » et dénoncent « leur ras-le-bol ». « Ce drame était évitable. Cela fait des mois que l’on alerte du manque de moyens et de lits et que personne ne nous écoute. Si on avait plus de personnel, on pourrait mieux surveiller nos patients », témoigne un membre du personnel des urgences auprès de 20 Minutes. Présente sur les lieux, la police a ouvert une enquête.

Cet été, l’activité a été très soutenue au sein des urgences du CHU de Rennes, à une période où elle habituellement plus faible. L’unité a parfois reçu plus de 200 patients par jour. Des chiffres comparables à de grosses journées d’hiver. « Parfois, nous n’avons pas le temps d’accueillir les personnes dans de bonnes conditions. On va à l’essentiel parce qu’il y a dix ou quinze personnes qui attendent derrière. On a du monde partout dans les couloirs, c’est comme un moulin », témoigne un autre soignant.