Rennes : « Le Bon Coin, c’est la jungle »… Les étudiants en galère face à la pénurie de logements

RENTREE La capitale bretonne accueille plus de 70.000 étudiants qui peinent à trouver un hébergement

Camille Allain
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Illustration du campus étudiant de luniversité Rennes 2, qui accueille de plus en plus détudiants.
Illustration du campus étudiant de luniversité Rennes 2, qui accueille de plus en plus détudiants. — C. Allain / 20 Minutes
  • Alors que la rentrée scolaire et universitaire approchent, de nombreux étudiants sont toujours en attente d'un logement et galèrent.
  • A Rennes, la crise du Covid-19 a semblé retarder les recherches d'appartements. La pénurie de petits logements commence à se faire sentir.
  • Dans cette situation de tension, les arnaques se multiplient et des dizaines de victimes ont déjà porté plainte. 

C’est toujours un peu la foire avant la rentrée. A Rennes, plus d’un quart des 210.000 habitants sont étudiants. Chaque année, le même phénomène se produit inlassablement : tout au long de l’été, des milliers de nouveaux arrivants se mettent en quête d’un logement au même moment, provoquant une joyeuse tension sur le marché de l’immobilier. Pour cette rentrée qui sera encore une fois marquée par l’ombre planante du Covid-19, la situation semble avoir empiré. La faute au virus, évidemment. « En temps normal, les étudiants lancent leurs recherches en mai et en juin. Mais cette année, tout a été fait plus tard. Il y a sans doute beaucoup de parents qui attendaient de savoir comment se passerait la rentrée avant de s’engager », explique Richard Horbette.

Le fondateur du site LocService analyse depuis des années les marchés du « petit logement » de type T1 ou studio, très prisé des étudiants. Le « tensiomètre » de son site explique qu’il est « très difficile » de trouver un logement dans la capitale bretonne. Un constat qui n’est pas surprenant. « Rennes reste la ville la plus chère de Bretagne et la plus demandée. Mais on ne constate pas de véritable hausse des loyers. » Une étude réalisée par plusieurs associations étudiantes comme la Fage et l’Unef plaçait Rennes en 23e position des villes les plus chères avec un loyer moyen à 433 euros, bien loin de Paris (850 euros) ou Bordeaux (561 euros). Un résultat qui a ravi le vice-président de la métropole délégué à l’habitat. Dans un communiqué, Honoré Puil s’est félicité que le territoire « fasse partie des métropoles qui répondent le mieux à l’augmentation du nombre de ses étudiants ».

Dans les faits, la réalité semble tout autre. Avec une hausse du nombre d’étudiants estimée à 27 % en dix ans, la capitale bretonne a bien du mal à faire face à la demande. « C’est hypercompliqué. Ça fait plus d’un mois que je cherche et je n’ai toujours rien trouvé. Je n’ai eu aucune proposition, aucune visite, rien », témoigne Romain. Fraîchement diplômé, le jeune homme cherche une colocation avec un ami. Pour y parvenir, il se rend très régulièrement sur un site bien connu de petites annonces en ligne. « Le Bon Coin, c’est la jungle. On envoie des messages, on essaie d’appeler mais les propriétaires sont débordés. En cinq minutes, l’annonce est retirée », poursuit le jeune homme.

Bon nombre de ses amis ont été dans le même cas, certains allants jusqu’à envoyer une soixantaine de messages sans jamais trouver leur bonheur. Se résignant parfois à retourner chez leurs parents. Face à cette pénurie, les étudiants reconnaissent aussi « baisser leurs exigences ou accepter de payer plus cher ». Pour y répondre, la métropole annonce la création de 1.150 logements supplémentaires d’ici 2023. Pas certain que cela suffise.

De plus en plus d’arnaques

Cette tension sur le logement n’a pas échappé aux truands. Dans la capitale bretonne, les arnaques se multiplient et les plaintes pour des arnaques s’empilent sur les bureaux de la brigade financière de la police nationale. « C’est le problème d’Internet. Tout va trop vite. Les gens ont peur de louper l’annonce donc ils acceptent de verser de l’argent à n’importe qui », explique la capitaine de police Béatrice Troussière. Sur les sites d’annonces en ligne, les faux propriétaires réclament des paiements au moyen de coupons à acheter en bureau de tabac via des cartes bancaires prépayées comme Transcash ou PCS. « Les arnaqueurs expliquent qu’ils habitent loin, qu’ils ne veulent pas se déplacer pour rien et qu’ils veulent une avance pour prouver votre bonne foi. Ils utilisent les mêmes arguments pour obtenir des documents d’identité qu’ils vont falsifier », poursuit la capitaine, qui conseille de « ne jamais réserver un appartement sans l’avoir visité ».

Dans ce climat de tension, nombreux sont ceux à répondre à ces arnaqueurs, croyant avoir enfin obtenu la garantie de trouver un appartement. « On reçoit jusqu’à dix plaintes de victimes par semaine. » Certains versent parfois un, voire deux mois de loyer qu’ils ne reverront sans doute jamais. « Même si on arrive plutôt bien à remonter jusqu’aux escrocs. A condition qu’ils soient en France », reconnaît la responsable de la brigade financière de Rennes.