Incendie dans le Var : « Et toi, t’as cramé ? », les sinistrés entre désarroi et colère

REPORTAGE Dans le hameau du Val de Gilly (Var) où deux personnes sont mortes et plusieurs maisons ont été détruites, les habitants s’organisent et tentent de comprendre, entre colère et désarroi

Alexandre Vella
Dans le hameau du Val de Gilly, après le passage de l'incendie.
Dans le hameau du Val de Gilly, après le passage de l'incendie. — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Cinq jours après le décès de deux personnes dans le hameau de Val de Gilly (Var), l’émotion y est encore forte.
  • Les habitants sinistrés s’organisent pour comprendre pourquoi les pompiers ne sont pas parvenus à protéger leur village, comme ils avaient réussi à le faire en 1979 et 2003.

La nuit est tombée sur les cendres de l'incendie qui a ravagé les hauteurs de Saint-Tropez, dans le Var. A la Garde-Freinet, autour du camion pizza d’Amandine, les discussions sont ce soir-là invariablement introduites par la même question : « Et toi, t’as cramé ? » Sébastien habite sur le sommet de La Croix, lieu-dit au cœur du massif qui domine la plaine des Maures, d’où le feu est parti. Il a passé une partie de la nuit avec une pelle à écraser les foyers qui prenaient ici et là et menaçaient sa maison. « Heureusement, j’entretiens bien mon terrain et l’incendie l’a traversé sans atteindre la maison », raconte ce charpentier qui a tout de même perdu des outils et cinq véhicules, des voitures américaines qu’il entendait retaper. Tous n’ont pas eu cette chance.

« Je suis allée prévenir une mamie de 88 ans »

Au Val de Gilly, hameau encaissé situé à cinq kilomètres à vol d’oiseau sur le versant sud, deux personnes sont mortes et plusieurs maisons ont entièrement brûlé. La modeste départementale qui y mène offre un triste paysage parmi les restes de végétation noircie. Ici, une voiture calcinée, plus loin une boîte aux lettres, un camion, des poteaux électriques et leurs câbles fondus puis, à l’intérieur d’une propriété, un bout de tôle déformé par le brasier laisse deviner qu’un abri s’y tenait. Cinq boules de pétanque rescapées témoignent des parties jouées. La maison a pu être sauvée, encore une fois au prix d’un terrain rigoureusement débroussaillé.

En continuant de monter vers le cœur du hameau, où finit la route, passent quelques voitures. A l’heure du dîner, alors que s’échappe d’une fenêtre le son d’une chaîne d’info en continu, Anke, une Hollandaise résidante du village voisin de Cogolin depuis près de 20 ans, est venue constater les dégâts. Elle voulait voir la maison qu’elle avait, un temps, failli louer.

Dans le hameau du Val de Gilly, après le passage de l'incendie
Dans le hameau du Val de Gilly, après le passage de l'incendie - Alexandre Vella / 20 Minutes

De celle-ci ne restent que trois murs. Sur la maison voisine relativement intacte, à côté des volets carbonisés encore retenus par leurs supports en acier, sont affichés quelques numéros de téléphone pour parer au plus pressé : recyclerie, centre social, association caritative. Sa propriétaire Line, contient un sanglot. « C’est arrivé tellement vite, la fumée, le nez qui pique… Vers 21 heures, un vieux monsieur du village est venu nous trouver et nous dire "il faut s’en aller, le feu est à la Garde-Freinet, ça va arriver". Je suis allée prévenir une mamie de 88 ans qui n’entendait rien avec son casque audio pour la télévision, puis nous sommes partis ». Son récit est interrompu par Laurence qui vient demander un petit service.

« On a reçu par message l’ordre d’évacuation de la mairie à 22h15, les pompiers n’étaient toujours pas là et nous étions cernés par les flammes »

Dans le hameau, c’est elle qui semble avoir pris les choses en main. Ancienne haute fonctionnaire, son sens de l’action et de l’organisation est intact. Surtout, elle veut à présent « qu’une enquête approfondie ait lieu. Parce qu’il y a eu des failles dans la chaîne de commandement et de communication », estime-t-elle. « On a reçu par message l’ordre d’évacuation de la mairie à 22h15, les pompiers n’étaient toujours pas là et nous étions cernés par les flammes. Deux camions auraient suffi à défendre le village, comme en 2003 et 1979 ». C’est pourquoi elle s’attache à recueillir les éléments permettant de restituer la chronologie précise de la soirée. « Pour comprendre où cela à dysfonctionner et corriger », souhaite Laurence. Elle entend ainsi pouvoir interpeller le préfet et espère obtenir rapidement pour le hameau une réunion avec celui-ci.

Dans le hameau du Val de Gilly, après le passage de l'incendie
Dans le hameau du Val de Gilly, après le passage de l'incendie - Alexandre Vella / 20 Minutes

En redescendant du massif des Maures vers la plaine, le long de la sinueuse D558 parcourue par les flammes des panneaux réalisés par des enfants ont été disposés. « Merci au pompier et à tous ceux présents pour nous sauver la vie », peut-on lire, comme un rappel que si le bilan est lourd et la colère et le désarroi profonds au Val de Gilly, partout ailleurs, le pire a tout de même été évité.