Nord : Le combat d’un père contre le bizutage après la mort de son fils

ENSEIGNEMENT Quelques semaines après la mort de Simon, un étudiant en médecine de 19 ans, son père dénonce une soirée d’intégration qui a mal tourné

Mikael Libert
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Certains académies mènent des campagnes contre le bizutage.
Certains académies mènent des campagnes contre le bizutage. — F. ELSNER / 20 MINUTES
  • Début juillet, un étudiant en médecine de 19 ans avait été retrouvé mort sur l’autoroute A27, percuté par un camion.
  • Il venait de participer à une soirée d’intégration lors de laquelle il avait été incité à boire beaucoup d’alcool.
  • Le père du jeune homme en appelle au ministère de l’Enseignement supérieur pour adopter une charte afin de sensibiliser les organisateurs de soirées de ce type.

On ne peut pas légiférer contre la bêtise. Début juillet, un jeune homme de 19 ans est mort, percuté par un poids lourd, en contrebas d’un pont sur l’autoroute A27 au niveau de la commune de Sainghin-en-Mélantois, dans le Nord. L’enquête a permis de déterminer que le jeune homme, Simon Guermonprez, sortait d’une soirée d’intégration en médecine au cours de laquelle il avait consommé d’importantes quantités d’alcool. Son père, Daniel, dénonce le manque d’encadrement de ces rites de bizutage, une pratique pourtant interdite par la loi.

Le bizutage, tout le monde sait ce dont il s’agit mais personne n’en parle vraiment. Et encore moins depuis que la loi sanctionne cette pratique, devenue un délit passible d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende depuis 2017. Les rituels d’intégration n’ont pas cessé pour autant, ils sont simplement devenus plus « softs », sur le papier du moins. Preuve en est, le drame qui a abouti à la mort de Simon le 9 juillet. Selon Daniel, son père, l’enquête de police a confirmé qu’il avait bel et bien participé à une « soirée d’intégration » commencée à la citadelle de Lille et terminée dans un minuscule appartement dans lequel s’étaient entassées une centaine de personnes. « Mon fils ne boit pas habituellement, il n’aime pas ça. A cette soirée, on lui a fait boire au moins 9 grosses seringues d’alcool », assure Daniel Guermonprez.

La crainte « d’être mis à l’écart »

Certes, le jeune homme se doutait qu’il allait consommer de l’alcool, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il avait renoncé à prendre sa voiture. Mais certainement pas autant en si peu de temps, « fortement incité à le faire et l’acceptant pour ne pas être mis à l’écart », regrette son père. Et c’est de cette alcoolémie que découle la suite tragique : un retour au domicile en Uber, un détour ensuite sur ce pont d’autoroute pour y faire un selfie en pleine nuit, un téléphone qui tombe et un jeune homme qui tente de le récupérer sur la chaussée.

Selon le parquet de Lille, l’enquête se poursuit et il n’est pas encore possible de déterminer d’éventuelles responsabilités ayant conduit à ce drame. Pour son père, il est impensable qu’il n’y ait pas de sanction. « Avec notre avocate, nous allons déposer une plainte. Il reste à savoir contre qui elle sera dirigée », affirme-t-il. Mais cet homme en deuil sait qu’une telle procédure peut prendre des années à aboutir à un procès. Pour lui, le plus important est que cela ne se reproduise plus. « C’est le sens de la pétition et de la lettre ouverte que nous avons adressées à Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur », insiste Daniel Guermonprez.

C’est après le drame que le père de Simon a découvert qu’une loi existait contre le bizutage, ainsi qu’un guide de prévention édité en 2018 par le ministère. « C’est d’ailleurs plutôt bien fait mais, au mieux, les organisateurs d’intégrations sont informés et ils jouent les imbéciles, au pire, ils ne le sont pas », déplore-t-il. A l’arsenal déjà existant Daniel Guermonprez souhaite ajouter la « charte Simon ». Un texte simplifié qui tient en une page rappelant la loi et les grands principes du guide de prévention. « Cette charte devra être signée par toutes les parties concernées, les organisateurs et les universités, et jointe aux cartons d’invitation de ces soirées d’intégration. De cette manière, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas », martèle le père de Simon. Un engagement de responsabilité qui, espère Daniel Guermonprez, empêchera les dérives ayant entraîné la mort de son fils.