Rentrée scolaire 2021 : Pourquoi la reprise de l'école risque d'être chamboulée pour les élèves de maternelle et d'élémentaire

EDUCATION Enseignants et parents d’élèves redoutent des fermetures de classes fréquentes, celles-ci étant prévues dès le premier cas de coronavirus dans le premier degré

Delphine Bancaud
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v — D.Bancaud/20minutes
  • Face à la forte contagiosité du variant Delta, les familles et les enseignants craignent une multiplication des cas de Covid-19 dans le premier degré.
  • Le protocole retenu pour la rentrée du 2 septembre en France métropolitaine est celui dit « de niveau 2 ». Mais il est jugé insuffisant par des médecins, des syndicats d’enseignants et des fédérations de parents d’élèves.
  • Plusieurs voix s’élèvent pour demander des tests salivaires hebdomadaires, le port du masque pour les élèves dans la cour de récréation, ou de règles plus strictes à la cantine.

La rentrée scolaire approche à grands pas, mais difficile, pour les familles, de l’envisager sereinement, en raison des incertitudes qui planent en raison du variant Delta. « Nous redoutons une augmentation des cas, surtout quand on sait que  l'Institut Pasteur a annoncé que 50 % des contaminations à l’automne concerneraient les enfants », indique à 20 Minutes Hubert Salaün, le porte-parole de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (Peep). « Avec un variant deux à trois fois plus transmissible, les enfants sont maintenant aussi contagieux que l’étaient les adultes avec les souches précédentes », ajoute le pédiatre et infectiologue Robert Cohen.

Dans le rang des enseignants, l’appréhension monte aussi : « Si on compare cette rentrée à celle de l’an dernier, nous ne sommes pas du tout dans les mêmes taux d’incidence : on enregistre un taux de 128 contre 30 [en 2020] pour les 0-9 ans et un taux de 310 contre 109 pour les 10-19 ans », a déclaré ce mardi Guislaine David, la secrétaire générale du Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire. Et le « niveau 2 » du protocole sanitaire annoncé dimanche par Jean-Michel Blanquer n’a pas franchement rassuré : « Il est allégé par rapport à celui du mois de juin, où le taux d’incidence était moins élevé. Les mesures de protection sont insuffisantes, donc l’école pourrait être perturbée dès les premières semaines », anticipe-t-elle. « Par ailleurs, le niveau 2 du protocole sanitaire s’applique sur tout le territoire métropolitain, alors que le taux d’incidence est parfois beaucoup plus important dans certaines régions que dans d’autres », souligne Hubert Salaün.

Le spectre des fermetures de classes

Mais le fait que le protocole prévoit la fermeture de la classe dès le premier cas de Covid-19 en maternelle et élémentaire laisse présager des sessions fréquentes d’école à la maison pour les élèves. C’est ce que redoute aussi le Conseil scientifique : « La règle de fermeture des classes dès le premier cas pourrait rendre la réouverture du primaire très complexe, notamment en cas de fermeture » répétée d’une même classe, prévient l’organe de conseil du gouvernement dans une note d’alerte parue ce vendredi. Même si certains enfants infectés par le coronavirus seront parfois asymptomatiques et passeront sous les radars. Et même si quelques parents ne joueront pas le jeu du dépistage – en cas de symptômes –, faute de pouvoir trouver une solution de garde au pied levé.

Cette perspective d’éventuels allers-retours à la maison ne réjouit pas les foules : « Ça va être compliqué pour les familles de s’organiser dans la précipitation, d’autant que beaucoup de parents sont retournés travailler sur site et que leurs employeurs n’accepteraient pas forcément qu’ils télétravaillent en pleine période de reprise de l’activité », indique Hubert Salaün. Pour Guislaine David, malgré l’expérience de l’école à distance lors du premier confinement et des fermetures de classes l’an dernier, les conditions pédagogiques n’ont pas vraiment évolué : « Concernant l’équipement informatique des familles, rien n’a été résolu. Un ordinateur sert souvent à deux ou trois personnes à la maison. Jusqu’en CM2, les élèves ont besoin d’être accompagnés dans leur travail, et les parents ne le peuvent pas toujours. Enfin, la formation des enseignants concernant la pédagogie à distance n’a pas avancé massivement. » Hubert Salaün est plus optimiste : « Certains enseignants ont suivi des webinaires, ont échangé de bonnes pratiques. Ils ont progressé dans leurs pratiques à distance. »

« La cantine est l’angle mort de la prévention »

Si les fermetures de classes se multipliaient en ce début d’année, elles pourraient aggraver les difficultés scolaires de certains élèves : « Les compétences sociales des enfants en maternelle ont régressé lors du premier confinement. Et en primaire, le retard scolaire de certains élèves n’a pas été rattrapé ensuite, faute d’enseignants spécialisés aptes à les prendre en petits groupes. »

Pour éviter ce scenario d’une rentrée tempétueuse, des solutions existent pourtant, estiment les acteurs du monde éducatif. Notamment en renforçant les mesures sanitaires. « La cantine est l’angle mort de la prévention car les élèves ne portent pas de masque. Il faut y interdire le brassage des élèves et veiller à la distanciation », souligne Guislaine David. Autre lieu à risque : la cour de récréation, où les élèves ne sont plus obligés de porter le masque. « Cela pose problème car les élèves se regroupent et jouent entre eux lors des pauses », observe la syndicaliste, qui invite le ministère à s’interroger sur cette mesure.

Vers une stratégie renforcée de dépistage ?

Au sein des classes, le SNUipp demande aussi des capteurs de CO2. Le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer a fait part ce jeudi de son souhait de « généraliser » les capteurs de CO2 et affirme que le ministère peut aider les collectivités locales à investir dans ces outils. Mais il n’a pas détaillé quel serait l’appui financier apporté par le gouvernement aux collectivités pour s’équiper. « Le plus important, c’est d’aller ouvrir les fenêtres le plus souvent possible », a-t-il toutefois rappelé. Dans une tribune parue dans Le Monde la semaine dernière, une trentaine de médecins, chercheurs et enseignants ont également plaidé pour une politique de tests « plus fréquents, plus effectifs pour dépister très tôt les cas » à l’école. Jean-Michel Blanquer, a annoncé jeudi « un objectif de 600.000 tests salivaires hebdomadaires » dans les écoles primaires. Dans sa note de vendredi le conseil scientifique enfonce le clou en déclarant qu'« un dépistage bi-hebdomadaire » avec « une adhésion de 50 % de la population scolaire (…) permettrait de garder les classes ouvertes si les enfants trouvés infectés sont renvoyés à leur domicile ». Guislaine David est du même avis : « Il faut le faire de manière hebdomadaire systématique en convainquant les familles d’autoriser les enfants à y participer. Car l’an dernier, le taux d’acceptation des tests était de 60 %. Il faut mettre en place des campagnes de communication sur le sujet pour insister auprès des parents sur l’intérêt des tests salivaires. » « Il faut aussi que les maires communiquent sur l’importance des tests salivaires, car ils sont souvent plus écoutés que les personnalités politiques », estime Hubert Salaün.

Les auteurs de la tribune du Monde déplorent aussi le fait que « le sport en intérieur, activité à haut risque de transmission, reste autorisé jusqu’au niveau 3 ». Mais tout pourrait être amené à changer rapidement, en fonction de l’évolution de la situation sanitaire : « Depuis mars 2020, l’école a connu une trentaine de modifications du protocole sanitaire », rappelle Guislaine David.