Règlement de compte à Marseille : Impuissants, élus et pouvoir politique multiplient les effets d’annonces

RÈGLEMENTS DE COMPTES À MARSEILLE « Légalisation », « parquet spécialisé », « renfort policier », « intervention de l’Etat », autant d’effets d’annonces signes de l’incapacité politique à enrayer un problème global et sociétal

Alexandre Vella
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Les enquêteurs de la police judiciaire font des prélèvements après un homicide, à Marseille (archives).
Les enquêteurs de la police judiciaire font des prélèvements après un homicide, à Marseille (archives). — B. Horvat / AFP
  • Les règlements de comptes sous fond de trafics de stupéfiants s’enchaînent à Marseille dans une dynamique inédite depuis près de cinq ans.
  • A chaque nouvelle série, élus et politiques y vont de leur proposition et indignation.
  • Des propositions répétées qui masquent une certaine impuissance politique.

« Pour l’heure on subit, on fait les constatations », regrettait déjà Eric Arella, le directeur de la police judiciaire de la zone sud, mi-juillet alors que s’étaient enchaînés à Marseille cinq règlements de comptes en l’espace de 15 jours. Une sinistre tendance qui se poursuit dans ce sanglant été marseillais. Depuis cette date, 7 nouvelles constatations de décès dans de très probables règlements de comptes sous fond de trafics de stupéfiants ont été effectuées, portant à 15 depuis le début de l’année, selon le décompte de la préfecture, les victimes de cette guerre entre bandes de narcotrafiquants. D’autres décomptes font état de 21 morts, souligne La Provence, chiffre qui ne considère pas par ailleurs les victimes collatérales et les blessés, parfois très jeunes.



À chaque « poussée de fièvre », lorsque l’extrême violence se trouve exposée surviennent de nouvelles propositions. Des réactions répétées qui, à bien des égards, matérialisent une impuissance des élus et du pouvoir politique à agir. Ces derniers ne peuvent toutefois pas rester sans rien dire, au risque de paraître laxistes, peu concernés, ou de voir occuper le terrain médiatique par d’autres. Ainsi à la suite des trois morts de ce week-end, Benoît Payan, le maire PS de Marseille, a dégainé au micro de France Info l’idée « d’un parquet spécial à Marseille ».

« Du grand n’importe quoi » et des « effets d’annonces »

Une sortie qui ferait sourire un pénaliste marseillais, fin connaisseur de cet environnement, si le sujet n’était pas aussi grave. « C’est du grand n’importe quoi » et des « effets d’annonces », fustige-t-il. « Il y a déjà les JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée, N.D.L.R.). On va faire quoi ? Des JIRS ++ ?», pose-t-il dans une question toute rhétorique. « Ils ont déjà des moyens colossaux. Juges et policiers font un travail exceptionnel. La 7e chambre de Marseille ne fait pas de cadeau, elle cogne. On ne peut pas parler de laxisme ». La PJ marseillaise élucide environ un règlement de compte sur deux, une efficacité supérieure la moyenne nationale.

Avec une réponse pénale déjà forte et relativement efficace, apparaît la proposition de mettre davantage de policiers sur le terrain, si ce n’est l’armée, comme l’avait déjà réclamé Samia Ghali, alors sénatrice, il y a presque 10 ans. Cet axiome autoritaire et sécuritaire, l’actuelle maire adjointe le répète dans une tribune publiée dans Libération. « Aujourd’hui, comme hier, mon diagnostic reste le même : l’Etat doit intervenir pour sécuriser nos quartiers », écrit-elle.

Les écologistes aussi y sont allés de leur proposition par l’intermédiaire Sébastien Barles, maire adjoint de Benoît Payan et membre d’EELV. Avec une position bien connue et souvent répétée qui avait déjà été sortie après « la poussée de fièvre » de mi-juillet : « la légalisation du cannabis pour casser la spirale de la violence ». Proposition qui fait bien sourire dans les milieux policiers.

L’Etat quant à lui, par l’intermédiaire de son ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, multiplie les déclarations aux intonations martiales. Avec « un contrôle anti-drogue toutes les deux heures », le ministre de l’intérieur estimait le 15 août dernier dans les colonnes du Figaro, avoir « gagné une bataille ». Celui-ci a également promis 300 nouveaux policiers pour Marseille en trois ans. 81 d'entre eux sont déjà arrivés.

Élus et pouvoir politique n’ignorent pas que la problématique est globale

Naturellement, élus et pouvoir politique n’ignorent pas que la problématique est globale : sociétale, économique, touchant au logement à l’éducation et aux inégalités. Mais ils semblent incapables de pouvoir y porter d’autres réponses que celles énumérées plus haut. A commencer par trouver d’autres réponses que celles « pénalo-sécuritaires » proposées et casser ces ghettos socio-économiques où fleurissent et s’organisent les trafics et les points de vente de stupéfiants. Autrement ces « batailles contre la drogue » claironnées demeurent une œuvre de Sisyphe. De quoi douter des propositions qui seront contenues dans le «un grand plan secret» pour Marseille qui serait préparé à l’Elysée.