Pass sanitaire à Bordeaux : « Une désaffection de la jeune clientèle qui commence à en avoir ras le bol de se faire tester »

INTERVIEW L’Umih de la Gironde va tester un nouveau dispositif de bracelets, pour éviter à la clientèle récurrente de se faire contrôler plusieurs fois par jour dans le même restaurant, alors même qu’une baisse de fréquentation est enregistrée depuis l’extension du pass sanitaire

Mickael Bosredon
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Laurent Tournier, président de l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) de la Gironde
Laurent Tournier, président de l'Umih (Union des métiers et des industries de l'hôtellerie) de la Gironde — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • L’Umih a réceptionné ce mercredi 5.000 bracelets qui commenceront à être distribués à la clientèle dès jeudi.
  • Cette initiative est censée alléger le contrôle du pass sanitaire, au moins pour les clients réguliers des 200 établissements qui ont répondu à l’appel du syndicat.
  • Cela ne devrait toutefois pas être suffisant pour compenser la baisse de fréquentation qui commence à se faire ressentir, notamment de la part de la jeune clientèle, moins vaccinée que la moyenne.

L’Umih (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie) de la Gironde va tester à partir dès cette semaine, un dispositif de bracelets pour les clients fidèles de certains bars et restaurants, qui leur permettra de ne plus présenter leur pass sanitaire « dix fois par jour. » Une partie de ces bracelets a été réceptionnée ce mercredi à Bordeaux. 20 Minutes a rencontré le président de l’Umih 33, Laurent Tournier, qui revient sur ce dispositif et qui évoque les conséquences de la crise et l’avenir de la profession.

Combien avez-vous reçu de bracelets ce mercredi ?

On en a reçu 5.000, on en aura 3.000 autres ce week-end puis 15.000 la semaine prochaine. Ils sont à destination de nos clients fidèles, qui n’auront ainsi plus à présenter dix fois leur pass sanitaire dans le même établissement. Mais cela ne remplace pas le pass, en cas de contrôle de la police la personne doit être en mesure de présenter un document valide.

Ces bracelets sont par ailleurs siglés « Umih 33 » pour éviter toute contrefaçon…

Absolument. On va même demander aux restaurateurs d’y apposer les premières lettres de leur établissement et de la commune, pour bien identifier le lieu où ce bracelet a été donné, en cas de contrôle. Après, à nous d’être sérieux dans la distribution de ces bracelets, qui ne sera donné qu’aux clients volontaires, vaccinés avec deux doses, et dont on aura vérifié l’identité.

Concrètement, comment va se passer la distribution de ces bracelets aux clients ?

Le restaurateur connaît ses habitués, et il va les solliciter. Si certains clients viennent spontanément vers nous on leur en fournira aussi. Mais on n’en a qu’un peu plus de 20.000, pour 200 établissements qui se sont manifestés, soit une centaine par restaurant. La liste de ces établissements, qui se situent essentiellement à Bordeaux, Arcachon, Lège-Cap-Ferret, Montalivet, a été communiquée à la préfecture.

A l’inverse, certains établissements sont-ils hostiles à cette initiative ?

Je ne vous cache pas que l’on est traité, à la marge, de « vendu » ou de « collabo », et que je reçois des messages de professionnels nous accusant de « jouer le jeu de l’autorité » et que ce n’est pas à nous de faire ça… Moi, je continue de dire que le pass pour les terrasses est une ineptie, pour le reste, il faut avancer car on a besoin de retravailler.

Depuis l’extension du pass sanitaire aux restaurants le 9 août, quels sont les retours des professionnels ?

C’est compliqué. Pas dans l’utilisation même du pass, même s’il faut faire un peu attendre les clients à l’entrée, mais la jeune clientèle qui est moins vaccinée commence à en avoir ras le bol de se faire tester toutes les 72 heures, et il y a une certaine désaffection. On a ainsi entre - 10 % et - 15 % de fréquentation en moyenne, avec parfois - 30 % à - 40 % pour certains établissements qui accueillent du jeune public. La situation commence à être pesante, même si on a été bien aidé avec le chômage partiel et le fonds de solidarité, il faut le reconnaître. Mais on n’a plus envie d’être aidés, on veut bosser.

Illustration pass sanitaire à l'entrée d'un restaurant
Illustration pass sanitaire à l'entrée d'un restaurant - Mickaël Bosredon/20 Minutes

Au tout début de la pandémie, certains annonçaient que 30 à 40 % des restaurants risquaient de fermer leurs portes définitivement, on ne sera finalement pas sur une proportion aussi importante ?

Non, parce qu’il y a eu la mise en place du fonds de solidarité qui a permis à quasiment tout le monde de se sortir de la problématique économique, même si certains établissements n’ont rien eu du fait de leur forme juridique. Mais il va falloir surveiller de près l’évolution de la situation, entre les aides qui vont s’arrêter à la fin du mois d’août, et le début du remboursement des PGE (Prêts garantis par l’Etat), qui sont une charge supplémentaire. Et cela arrive alors que nous rencontrons une vraie problématique d’effectifs. Or, pour faire de la croissance, il nous faut de la main-d’œuvre.

Quelle est la situation en Gironde par rapport à ce manque d’effectifs ?

Certains établissements sur la côte ont fermé cet été, car ils n’avaient pas de salariés. C’est à la marge, mais cela n’était jamais arrivé auparavant. La question du personnel était une problématique qui existait avant la pandémie, mais le Covid l’a amplifiée. Avec trois mois, puis sept mois de fermeture, plusieurs de nos salariés, même s’ils touchaient le chômage partiel à hauteur de 86 %, ont dû aller chercher dans d’autres secteurs, et ils ne reviennent pas vers la restauration, pour diverses raisons. Même chose pour nos apprentis qui ne pouvaient plus faire d’alternance chez nous, et qui sont partis ailleurs… Aujourd’hui il manque pas mal de gens à l’appel, et cela ne risque pas de s’arranger si demain notre personnel est obligé de se faire vacciner.

En même temps, c’est peut-être le moment pour la profession de s’interroger sur les conditions de travail du personnel ?

Il va effectivement falloir revaloriser nos métiers, les salaires, les horaires. La réflexion est déjà engagée, notamment pour retenir notre personnel de qualité, et continuer d’en attirer d’autres. Mais on n’a pas beaucoup de marge financière non plus.