Pass sanitaire à Toulouse : « Il faut bien veiller les uns sur les autres »… Souvent rassurés, parfois bougons, les clients des terrasses jouent le jeu

REPORTAGE Les policiers de Toulouse ont mené ce mardi leur première opération de contrôle des pass sanitaires en terrasse. Ils ont fait chou blanc. Même les réfractaires à la vaccination ont sorti un sésame

Hélène Ménal
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Le premier contrôle des pass sanitaires effectué par les policiers de Toulouse en terrasse des brasseries de la place du Capitole, le 17 août 2021.
Le premier contrôle des pass sanitaires effectué par les policiers de Toulouse en terrasse des brasseries de la place du Capitole, le 17 août 2021. — H. Menal - 20 Minutes
  • Après une semaine « de rodage », les contrôles des pass sanitaires ont pris le pas sur la pédagogie.
  • A Toulouse, les policiers se sont déployés en force sur les terrasses du Capitole à l’heure du déjeuner.
  • Ils n’ont verbalisé personne. A reculons ou dans la bonne humeur, tout le monde (ou presque) a pu dégainer son QR code.

Il est midi pile place du Capitole. Sur les terrasses des brasseries où touristes et locaux commencent à s’attabler, le soleil joue à cache-cache. Pas les policiers. Ils débarquent en force et en tenue pour ce tout premier contrôle des pass sanitaires organisé dans la Ville rose depuis l’entrée en vigueur des QR codes. « L’idée n’est pas de piéger les gens », pose le commissaire Thierry Suau. Il joue les diplomates en expliquant le but de l’opération aux tenanciers tandis que ses troupes s’éparpillent sans lambiner entre les tables où la plupart des clients à la simple vue des uniformes dégainent comme par réflexe – déjà – leurs portables.

Certains le font avec désinvolture, polis mais agacés, beaucoup avec un large sourire. Comme Nawel. Devant son grand café tardif, la presque quadragénaire s’amuse du déploiement médiatisé. « C’est un peu too much, ça fait opération de com' », souligne-t-elle. Mais sur le fond, elle est ravie de tendre le petit papier avec flash code qu’elle a glissé à l’arrière de la coque de son smartphone. Elle trouve « rassurant » de se faire contrôler une deuxième fois, le serveur ayant parfaitement rempli son office quand elle est arrivée. « Ce qui me choque, dit-elle, ce sont les slogans des antivax le samedi. Ils parlent de dictature mais la vraie dictature, c’est ce qui se passe en Afghanistan ».

« Il le faut bien si on veut continuer à vivre normalement »

Pour Florence la Ch’ti qui plaisante avec un policier sur ce soleil du sud intermittent « pas de problème » non plus. « Ils font leur boulot, il faut bien qu’on veille les uns sur les autres », décide-t-elle au bout d’une tablée très pro vaccin.

Non loin de là, un couple de retraités corréziens se prête aussi à la vérification sans rechigner. Lui n’a pas son QR code. « Ils ont oublié de me le donner ». Mais il produit ses deux certificats de vaccination. « Je ne suis pas bien sûr qu’on a eu raison de se faire vacciner mais il le faut bien si on veut continuer à vivre normalement », glisse toutefois le touriste. Le fait que le contrôle soit effectué par des policiers le satisfait : il plaint « énormément les commerçants obligés d’embaucher du personnel. Ça fait trop de dépenses. »

« Loup solitaire et mouton populaire »

Pour trouver le vrai rebelle, il faut traverser la contre-allée. Le justificatif de Fouad, arrivé le matin même en avion depuis Paris, est plus coloré : « C’est le test, négatif, qu’on m’a fait à l’aéroport ». Le trentenaire est prêt à faire et refaire le test toutes les 72 heures. « Je ne me ferai jamais vacciner ! Il vaut mieux être un loup solitaire qu’un mouton populaire », explique-t-il très calmement. Entre la boîte de nuit fréquentée l’avant-veille dans la capitale « où personne ne portait de masque » et son avion « tellement bondé qu’on se touchait la peau », il ne se fait pas trop d’illusion sur l’efficacité des mesures sanitaires.

« Bon, vous pouvez circuler maintenant, personne ne va rentrer sur la terrasse si vous restez. Je suis en train de rater mon service là ! ». D’abord serein, un patron de restaurant s’agace de la présence policière. Pas de chance, il y a sur sa terrasse une jeune fille tout juste arrivée d’Italie qui tente de plus en plus nerveuse de retrouver dans son portable, puis de traduire, le test qu’on lui a fait là-bas. Même casse-tête, obligeant un policier à une bonne dose de pédagogie avec une touriste anglaise qui, forcément, n’a pas de pass sanitaire européen mais semble malgré tout en règle.

Ce mardi midi, entre la place du Capitole et les restos plus intimistes du quartier Saint-Cyprien, les policiers ont contrôlé dix établissements. Ils n’ont pas verbalisé un seul client, ni par conséquent mis en demeure le moindre exploitant. « C’est très positif, ça montre que les restaurateurs prennent les consignes à cœur », se réjouit le commissaire Suau. Mais il y aura d’autres contrôles. « Il y en aura tous les jours dans des endroits différents ».