Nouvelle-Aquitaine : Ce que l’on sait des trois noyades en 24 heures sur le littoral

ENQUETE Les recherches se sont poursuivies ce lundi pour retrouver le corps d’une enfant de 11 ans, portée disparue depuis vendredi au large de Meschers-sur-Gironde (Charente-Maritime)

Mickael Bosredon
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Maître-nageurs sauveteurs
Maître-nageurs sauveteurs — GUILLAUME COLLET/SIPA
  • L’enfant de 11 ans qui n’avait toujours pas été retrouvée lundi après-midi, faisait partie d’une colonie de vacances en provenance du Loiret.
  • Samedi après-midi, c’est un adolescent de 15 ans qui est décédé au large du Cap-Ferret (Gironde).
  • Vendredi soir une touriste allemande de 22 ans avait péri au large de Labenne (Landes).

Connue pour sa dangerosité, la côte de Nouvelle-Aquitaine a de nouveau été endeuillée ce week-end. Deux personnes, une touriste allemande de 22 ans, et un adolescent originaire de Bassens (Gironde) de 15 ans, ont péri vendredi soir à Labenne (Landes) pour l’une, et samedi après-midi au large du Cap-Ferret (Gironde) pour l’autre. Une enfant de 11 ans était toujours recherchée ce lundi, portée disparue depuis vendredi après-midi à Meschers-sur-Gironde (Charente-Maritime).

La fillette faisait partie d’un groupe d'enfants qui s’est trouvé en difficulté dans l’eau, au large de la plage de Meschers-sur-Gironde, à l’embouchure de l’estuaire de la Gironde, en raison du fort courant. Trois jeunes ont été secourus, dont une jeune fille qui a été hospitalisée pour début de noyade, mais sans pronostic vital engagé. Le groupe provenait d’une colonie de vacances du Loiret en vacances près de Royan.

Dimanche, la sous-préfète de Jonzac (Charente-Maritime) affirmait à Sud Ouest être désormais « à la recherche du corps » de l’enfant. Joint ce lundi par 20 Minutes, la préfecture s’est refusée à tout commentaire, « le dossier étant désormais judiciarisé. » Le parquet de Saintes a en effet été saisi, et une enquête a été ouverte, pour faire la lumière sur les circonstances de ce drame. Une cellule d’urgence médico-psychologique a par ailleurs été dépêchée auprès du groupe d’enfants et d’animateurs de la colonie.

L’adolescent « nageait à 3,5 km au sud du poste de secours »

Samedi, c’est le corps sans vie d’un adolescent de 15 ans qui a été ramené sur la plage par des baigneurs, au large du Cap-Ferret. « Il était à 3,5 km au sud du poste de surveillance de L’Horizon » souligne le capitaine Pascal Gensous, de la direction zonale des CRS du Sud-Ouest, « c’est-à-dire hors zone surveillée, et même hors zone réglementée. »

Vendredi, une touriste allemande de 22 ans a péri au large de Labenne. « Elle était allée se baigner à 21 heures, avec ses deux frères, donc hors heure de surveillance. Elle a été retrouvée plus au sud, sur la plage du métro à Tarnos vers minuit et demi, décédée. » Le capitaine Gensous précise que la victime « n’a pas été emportée par un courant de baïne, contrairement à ce qui a été largement diffusé, puisqu’il n’y a pas de baïne à Labenne, mais par un courant de ressac, c’est-à-dire qu’elle a été aspirée par l’océan et amenée au large avec des vagues de deux ou trois mètres qui lui ont été fatales. »

Des accidents « symptomatiques » des noyades sur la côte aquitaine

Pour le CRS, ces deux accidents dramatiques « sont symptomatiques » des noyades sur la côte aquitaine. « Ce sont toujours les mêmes scénarios, avec des personnes qui se baignent hors zone surveillée, soit au milieu d’une baïne parce que c’est un endroit a priori calme, soit dans une mer agitée. Le seul mot d’ordre est d’aller se baigner en zone surveillée, entre les flammes bleues là où il y a des maîtres-nageurs sauveteurs, même si la zone de bain est parfois étroite. »

Le retour d’un temps plus clément vendredi et samedi, alors que la météo était plutôt mauvaise depuis le début de l’été, a également été un facteur dans ces accidents. « Il y a un lien direct entre la météo et la fréquentation des plages et les noyades, confirme Guillaume Turpin, inspecteur adjoint des nageurs sauveteurs de la SNSM (Société nationale de sauvetage en mer). Et parfois, certains ont des comportements inadaptés, voire dangereux. » « Samedi au Porge (Gironde), on a comptabilisé 5.000 voitures sur le parking soit environ 20 à 25.000 personnes, souligne Pascal Gensous. C’est là que les gens s’étalent un peu, passent par des accès secondaires voire sauvages, et se baignent dans des endroits non autorisés. Le beau temps joue, surtout lorsque l’océan est un peu méchant, ce qui était le cas ces derniers jours. »

Ne pas paniquer dans une baïne

La SNSM insiste aussi sur le fait de se baigner en zone surveillée, « surtout dans cette partie de l’ex-Aquitaine car c'est une côte dangereuse avec ses phénomènes de baïne. » « Les sauveteurs positionnent les zones de baignade en fonction de la dangerosité de la plage, en dehors de cette zone, si vous êtes emporté par un courant, le délai d’intervention des secours sera rallongé » insiste Guillaume Turpin.

L'inspecteur adjoint rappelle que « la baïne est un bassin d'eau, qui se remplit par les vagues qui viennent déferler sur le banc de sable, et lorsque l’eau s’évacue cela génère un courant d’arrachement qui vous emmène vers le large. Si on est pris, il faut garder son calme et son énergie pour faire des signes à des témoins ou des sauveteurs, le danger étant de vouloir lutter contre ce courant, ce qui génère de l’épuisement. On arrive rarement à en sortir, hormis en nageant perpendiculairement à ce courant. »