Pass sanitaire : « Ils viennent pour repartir avec un QR code »… Les pharmacies débordées par les demandes de tests

SANTE Depuis fin juillet, et surtout depuis lundi, les pharmacies sont submergées par les demandes de tests antigéniques. Reportage à Nantes

Frédéric Brenon
— 
File d'attente devant une pharmacie nantaise proposant des tests antigéniques (à l'intérieur d'un chalet).
File d'attente devant une pharmacie nantaise proposant des tests antigéniques (à l'intérieur d'un chalet). — F.Brenon/20Minutes
  • La mise en place du pass sanitaire a fait exploser les besoins de tests antigéniques.
  • Ces tests sont valables 72h dans les lieux nécessitant la présentation du pass sanitaire.
  • Prises d’assaut, les pharmacies tentent de s’adapter, le plus souvent sur rendez-vous.

« On est passé de 30-40 personnes par jour en juin à 400 à 500 désormais. Dès qu’on rouvre un créneau de rendez-vous, il est pris dans la foulée. C’est hallucinant. » Auguste Beliard, pharmacien de quartier à Nantes, n’en revient pas de ce mois d’août « très exceptionnel ». Depuis l’instauration du pass sanitaire le 21 juillet et, surtout, depuis son extension lundi, l’officine est submergée de demandes de tests antigéniques. Et elle est loin d’être la seule. Toutes les pharmacies nantaises proposant des dépistages Covid constatent le même phénomène.

« On s’attendait évidemment à un pic d’activité mais pas à ce point-là. On teste des personnes de tous âges mais ce sont quand même principalement des jeunes, non vaccinés ou en attente d’une seconde dose, qui veulent sortir ou voyager. On en voit même quelques-uns qui ne s’étaient jamais fait tester avant », témoigne la Pharmacie des Enfants nantais.

Pour faire face, la boutique a embauché des étudiants et dédie six à sept salariés à cette mission. Les tests, valables 72h dans le cadre du pass sanitaire, s’effectuent dans un chalet installé à même le trottoir, de 8h à 19h non-stop. « On ne prend plus que sur rendez-vous via Doctolib, sinon c’est ingérable. On doit aussi répondre à plus de 200 appels par jour pour des renseignements sur les tests. »

« Les gens sont assez peu préoccupés par le résultat »

Dans une grande pharmacie du centre-ville de Nantes, on s’avoue aussi « débordé par la demande ». « On a un rendez-vous toutes les trois minutes depuis la fin de semaine dernière. Les créneaux partent de plus en plus vite. Franchement on ne peut pas faire plus avec notre effectif. On doit faire aussi attention aux flux et à l’attente dans les locaux », explique Françoise, responsable de la pharmacie. Les clients pressés ne pouvant pas obtenir de rendez-vous sont renvoyés vers les laboratoires pour un test PCR, « mais eux-mêmes sont surchargés ».

« Il y a des demandes urgentes, un cas contact par exemple, mais surtout beaucoup de confort, pour aller au cinéma ou au restaurant. Contrairement aux mois précédents, les gens sont assez peu préoccupés par le résultat. Ils viennent clairement pour repartir avec un QR code. Pour moi on ne fait plus du sanitaire », déplore une professionnelle nantaise.

« On aimerait s’en passer mais, si on veut profiter des vacances, ne serait-ce qu’aller à la piscine en famille par exemple, on n’a pas vraiment le choix », témoigne Elise, venue se faire dépister et récupérer le précieux sésame. « Ma seconde injection est prévue fin août, témoigne son conjoint. Je sais qu’il me faudra faire d’autres tests d’ici là, pour les déplacements notamment. J’ai hâte d’en finir. »

Une file d’attente de 30 personnes

La pression sur les tests est telle que certaines pharmacies, qui n’en proposaient pas auparavant, ont décidé de s’y mettre. « On soulage ainsi les confrères et on fait venir une nouvelle clientèle, justifie Flavien, responsable de la Pharmacie du Centre. Nous faisons même partie des rares à accepter sans rendez-vous. » Une file d’attente se forme donc devant la boutique, encerclée par des travaux d’été. « Il y a parfois jusqu’à 30 personnes. Ça se passe bien pour l’instant. On va essayer de tenir le plus longtemps possible comme ça. »

Les professionnels tablent sur un ralentissement de la demande en septembre « quand le taux de vaccination aura augmenté ». Et, surtout, en octobre avec la fin du remboursement des tests (sauf prescription médicale). En attendant, à la Pharmacie de Paris, Françoise avoue une « saturation ». « On s’adapte depuis des mois, comme d’autres professions, et on ne sent pas toujours de reconnaissance du public. Les autorités nous en demandent beaucoup. Maintenant ce sont les autotests qu’il faudrait proposer. Nous on ne les fera pas. Ces autotests demandent de l’accompagnement et on est déjà au maximum. »