Prêtre tué en Vendée : L’avocat du suspect ne juge « pas anormale » sa remise en liberté en juin

HOMICIDE L'avocat d'Emmanuel Abayisenga, unique suspect du meurtre d'un prêtre en Vendée, avait demandé fin mai la libération sous contrôle judiciaire de son client

Frédéric Brenon
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Le prêtre a été retrouvé mort au sein de la communauté des Missionnaires montfortains à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée.
Le prêtre a été retrouvé mort au sein de la communauté des Missionnaires montfortains à Saint-Laurent-sur-Sèvre, en Vendée. — S.Salom-Gomis/AFP
  • Emmanuel Abayisenga a déclaré à la gendarmerie avoir tué le prêtre catholique Olivier Maire.
  • Le drame s'est déroulé au sein de la congrégation des Missionnaires montfortains, où le suspect était hébergé depuis juin.
  • Le Rwandais avait également avoué être l'auteir de l'incendie de la cathédrale de Nantes en juillet 2020.

Au lendemain de la mort du prêtre Olivier Maire à Saint-Laurent-sur-Sèvre (Vendée), l’avocat de l’unique suspect se dit « évidemment surpris » par le crime et les aveux d’Emmanuel Abayisenga, Rwandais de 40 ans, déjà poursuivi pour l’incendie de la cathédrale de Nantes en juillet 2020. « Je suis profondément choqué par la mort de cet homme admirable. Je ne pouvais pas imaginer que cela aurait pu se produire. C’est toute la question que va se poser dans le cadre d’une instruction qui ne va pas manquer d’être ouverte par la suite », réagit Quentin Chabert.

S’il explique n’être à ce stade « pas mandaté » pour la défense d’Emmanuel Abayisenga concernant le crime, l’avocat rapporte entretenir des « contacts réguliers » avec son client depuis sa mise en examen dans le cadre de l’incendie de la cathédrale. Ce dernier a été hospitalisé lundi après-midi en raison de troubles psychiatriques rendant impossible son maintien en garde à vue. Il avait déjà été soigné en psychiatrie courant juin. « Il semblerait qu’il soit dans un état psychique compliqué qui peut-être sous-entend qu’au moment de son acte il n’était pas dans son état normal », commente Quentin Chabert.

« Les conditions étaient réunies »

Incarcéré en détention provisoire pendant dix mois, le prévenu rwandais avait été libéré, sous contrôle judiciaire, début juin. Il résidait ensuite au sein de la communauté religieuse des Missionnaires montfortains. Cette libération, demandée par son avocat, interpelle désormais compte tenu de la fragilité mentale du suspect. « Je comprends que la question puisse se poser au regard du drame, admet Quentin Chabert. Mais je n’ai pas pour habitude de déposer une demande de remise en liberté sans que je n’y croie. Pour moi ce n’est pas anormal qu’il y ait une libération sous contrôle judiciaire. Les conditions étaient réunies au regard du code de procédure pénale. »

La demande de remise en liberté visait, notamment, à apaiser les troubles mentaux d’Emmanuel Abayisenga. « A la maison d’arrêt de Nantes il y a un service qui permet de bénéficier de soins. De là à dire que le système de santé français au sein de l’établissement pénitentiaire est efficient et permet de fonctionner avec des résultats importants, c’est là une limite que je ne franchirai pas », indique Quentin Chabert, précisant que la demande de libération « couvrait d’autres aspects. »

Bien que « coopératif » avec la justice après l’incendie de la cathédrale, le prévenu se sentait « dépassé » par l’ampleur de l’événement et vivait mal sa détention. « Vous pouvez imaginer ce que cela peut être pour une personne en difficulté et qui subit sa première incarcération en France », indique Me Chabert.

La non expulsion, une « polémique stérile »

Quant à aux critiques de la classe politique, Marine Le Pen en tête, concernant le maintien sur le territoire français du suspect alors que ses demandes d’asile avaient été rejetées, l’avocat d’Emmanuel Abayisenga y voit une « polémique stérile ». « Je m’étonne que Marine Le Pen glose sur ça. C’est quand même une avocate, elle a une formation juridique, elle a la connaissance de ce type de sujets. C’est donc encore plus grave d’utiliser un fait aussi dramatique en connaissance de cause, même si je ne suis pas dupe du jeu politique. Ils auraient été les premiers à venir crier haut et fort que ça aurait été un scandale d’avoir expulsé cet homme au Rwanda et que probablement il ne puisse pas se présenter à son jugement pour les faits de l’incendie de la cathédrale. »

Gérald Darmanin a expliqué lundi que le suspect ne pouvait pas être expulsé compte tenu de son contrôle judiciaire dans l’attente de son procès.