Pass sanitaire : Que sait-on du slogan « Qui ? », utilisé par certains manifestants anti-pass ?

ANTISEMITISME Plusieurs associations antiracistes ont porté plainte après la découverte d’une pancarte portant ce slogan dans un cortège à Metz

H.S. avec AFP
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Lors d'une manifestation contre le pass sanitaire à Metz, une opposante a brandi une pancarte antisémite qui a suscité un tollé.
Lors d'une manifestation contre le pass sanitaire à Metz, une opposante a brandi une pancarte antisémite qui a suscité un tollé. — Gabrielle CEZARD/SIPA
  • Une enseignante, ex-membre du Front national et ancienne élue locale en Moselle, a été interpellée lundi à Hombourg-Haut.
  • Le parquet de Metz avait ouvert une enquête la veille après la diffusion d’une photo sur les réseaux sociaux sur laquelle on voit la jeune femme tenir une pancarte portant la question « Mais Qui ? » accolée au mot « traîtres » et à une série de noms de personnalités de confession juive.
  • Ce slogan, aperçu dans plusieurs cortèges anti pass sanitaire est tiré d’une interview d’un ancien général à la retraite, Daniel Delawarde accordée en juin dernier à CNews.

L’affaire a fait réagir jusqu’au ministère de l’Intérieur. Dimanche, le parquet de Metz a ouvert une enquête sur une « pancarte au message manifestement antisémite », selon un communiqué diffusé par la préfecture de Moselle. En cause :  une affiche brandie par une manifestante opposée au pass sanitaire samedi 7 août, à Metz. Qualifiée « d’abjecte » par Gérald Darmanin, cette pancarte portait ce court slogan « Mais Qui ? » accolé au mot « traîtres » et à certains noms de personnalités de confession juive. Depuis, la jeune femme a été interpellée et son domicile perquisitionné.

Qui est la manifestante qui a brandi cette pancarte ?

La jeune femme interpellée ce lundi pour avoir brandi cette pancarte est enseignante, ex-membre du Front national et ancienne élue locale. Confirmant son statut, le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a annoncé qu’elle sera « suspendue en attendant les suites disciplinaires ». « Sur le plan pénal, le recteur saisit le procureur », a ajouté le ministre. Selon la préfecture de la Moselle, le domicile de la manifestante a été perquisitionné lundi matin. « La police regarde si l’on trouve dans son logement de quoi expliquer ou conforter la présomption d’antisémitisme », a précisé la préfecture, interrogée par l’AFP.

Quelles réactions a suscité ce slogan ?

Dès dimanche, la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) a annoncé à l’AFP son intention de déposer plainte et SOS Racisme a dit « étudier » la possibilité de poursuites judiciaires. Dans la foulée, le ministre de l’Intérieur a fait savoir qu’il comptait signaler les faits au titre de l’article 40 au procureur. « L’antisémitisme a tué hier et tue encore aujourd’hui. L’antisémitisme n’est pas une opinion. C’est un délit, qui doit être condamné systématiquement », a renchéri, toujours sur Twitter la ministre déléguée à l’Egalité, Elisabeth Moreno. Le maire de Metz, François Grosdidier (LR), s’est lui dit « outré, scandalisé, mais hélas pas surpris », dénonçant un « mélange (de) tous les refus dans une convergence des extrêmes et dans un magma populiste et antisémite ». L’ambassade d’Israël en France de son côté s’est dite « épouvantée d’une telle expression de la haine antisémite la plus abjecte ».

Ce lundi, le président de la Cour des comptes, Pierre Moscovici a dénoncé sur son compte Twitter une « infamie » : 

D’où vient ce slogan ?

Ce slogan « Mais qui ? » ou « Qui ? » est apparu sur les réseaux sociaux après l’interview diffusée en juin dernier sur la chaîne CNews d’un général à la retraite, Dominique Delawarde. Signataire d’une tribune évoquant « le délitement » de la France publiée par l’hebdomadaire Valeurs Actuelles, cet ancien militaire avait avalisé quelques mois plus tôt sur son blog « l’hypothèse d’une fraude importante » à propos de l’élection présidentielle américaine, ajoutant : « Il y a, à mes yeux, trop d’indices concordants pour permettre à la « meute médiatique » occidentale, dont nous savons qui la contrôle, de me convaincre du contraire ».

C’est sur ces propos que le communicant et membre du bureau exécutif de LREM, Claude Posternak, avait interrogé l’ancien général sur le plateau de CNews. A la question « qui contrôle la « meute médiatique » ? » et après plusieurs relances, Daniel Delawarde avait répondu « la communauté que vous connaissez bien », sous-entendu la communauté juive, avant d’être coupé par le présentateur, Jean-Marc Morandini. Le jour de la diffusion de cette séquence, le parquet de Paris avait annoncé l’ouverture d’une enquête pour « diffamation publique » et « provocation à la haine et à la violence en raison de l’origine ou de l’appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion ».

Pourquoi est-il récupéré par des manifestants opposés au pass sanitaire ?

Comme le relevaient nos confrères de Libération le 31 juillet dernier, ce slogan a été récupéré sur les réseaux par des militants d’extrême droite opposés au pass sanitaire et à la vaccination et parfois complété du mot-clé « #génocidegaulois ». Ainsi, sur Twitter, certaines images de pancartes de manifestants ont circulé, reprenant la même rhétorique. « Associer les juifs à l’argent, au contrôle de la presse ou au pouvoir, c’est un thème antisémite qui a une grande épaisseur historique et qui est repris depuis bien longtemps », explique à 20 Minutes le sociologue Michel Wieviorka.

« Avant même l’antisémitisme qui est racial, l’anti-judaïsme qui reposait sur un motif religieux s’exprimait fréquemment quand une catastrophe frappait une société. Ici, il y a un phénomène – la pandémie de Covid-19 – qu’il faut bien expliquer, il faut désigner des coupables : certains les trouvent, classiquement, dans le vieux fonds antisémite dont ils disposent. Ceux qui ont baigné dans cette culture de la haine vont donc pointer du doigt les Juifs », poursuit le directeur d’études à l’EHESS.

Avec un paradoxe note Michel Wieviorka : « Les Juifs sont accusés par les antisémites d’être à l’origine de la maladie, mais aussi à celle de la solution, et alors d’en tirer profit à travers les laboratoires qui exploitent les vaccins anti-covid ».