Flics de l’Histoire : Gabriel-Nicolas de la Reynie à l’assaut de la cour des miracles

AU NOM DE LA LOI (2/4) En 1667, Louis XIV charge son lieutenant général de police, Gabriel-Nicolas de la Reynie, de mettre un terme à la grande cour des miracles, un quartier qui abrite bandits et mendiants

Thibaut Chevillard
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Gabriel-Nicolas de La Reynie peint par Pierre Mignard
Gabriel-Nicolas de La Reynie peint par Pierre Mignard — Wikipedia
  • Cet été, 20 Minutes raconte l’histoire des grandes figures de la police et de la gendarmerie.
  • Le deuxième volet de notre série est consacré à Gabriel-Nicolas de la Reynie, a qui a été confiée la charge de lieutenant général de police en 1667.
  • La légende raconte que le roi Louis XIV lui a demandé de liquider la cour des miracles, un quartier situé en plein Paris qui abrite voleurs, bandits et mendiants.

Le Roi soleil est consterné. Ce 24 août 1665, Louis XIV est dans son palais, au Louvre, lorsqu’il apprend l’assassinat de Jacques Tardieu et de sa femme, Marie Ferrier, dans leur hôtel de la Cité. Tardieu était son lieutenant criminel. Il était, à ce titre, chargé d’assurer la sécurité des Parisiens, d’interpeller meurtriers et vagabonds. Mais le constat est sans appel pour le souverain : il règne à Paris un sentiment croissant d’insécurité qui sape son autorité royale. Le guet, cette milice citoyenne composée d’hommes qui patrouillent toutes les nuits, n’a pas les moyens nécessaires pour contenir les bandes de malfrats qui s’attaquent aux bourgeois. Pire. Situé dans l’actuel 2e arrondissement, un quartier entier abrite voleurs, prostituées, et mendiants : la grande cour des miracles.

« Hommes, femmes, enfants… des dizaines de milliers de personnes y vivaient », raconte Christophe Soullez, spécialiste de la police et coauteur de l’ouvrage 3 minutes pour comprendre les 50 plus grandes histoires criminelles de notre histoire*. Ils vivent en communauté, ont leurs lois, leur propre langue, l’argot. Leur chef, appelé « le roi des thunes » ou « le grand Coësre », dirige tous les mendiants du pays qui obéissent à ses lieutenants, les cagous. Faux malades et faux estropiés, qui comptent sur la compassion des braves gens pour vivre, retrouvent la santé dès qu’ils reviennent à la cour… comme par miracle.

« No go zone »

Cette « no go zone », comme l’aurait qualifiée aujourd’hui Fox News, située entre la rue des Forges et la rue de Damiette, échappe totalement au contrôle du roi. En 1630, son père, Louis XIII, avait tenté de faire percer une rue pour la traverser. Mais les maçons avaient été menacés, voire assassinés, et le projet dû être abandonné. Pour Louis XIV, c’en est trop. Il se rend compte que le système est à bout de souffle. « Il va demander à Colbert [l’un de ses principaux ministres] de créer une commission pour aboutir à une réforme de la police parisienne. Colbert va lui proposer, par l’édit du 15 mars 1667, de nommer un nouveau lieutenant général de police », poursuit Christophe Soullez. A cette fonction est nommé Gabriel-Nicolas de la Reynie, 42 ans, maître des requêtes au Conseil du roi.

La grande cour des miracles, par Gustave Doré
La grande cour des miracles, par Gustave Doré - Wikipedia

C’est une petite révolution. Désormais, on distingue la fonction judiciaire, confiée au lieutenant civil, et la police, dont est chargée de la Reynie. Ce dernier prend immédiatement une salve de mesures visant à améliorer l’efficacité de la police. Il recrute de nouveaux agents, met en place des réseaux d’indicateurs – les mouches –, réforme le guet en mettant en place des rondes de nuit aux trajets toujours différents. Il est aussi chargé de lutter contre les incendies et l’insalubrité des rues, et de prévenir les inondations. On lui doit aussi la création d’un véritable réseau de lanternes publiques.

Une légende tenace

Dès le début, de la Reynie veut imposer sa marque. Le roi lui a confié une mission : en finir pour de bon avec la grande cour des miracles. Selon la légende, le lieutenant général de police s’y rend un hiver, en 1667, et annonce à tous que le quartier doit être évacué. Il le promet : les douze derniers seront pendus ou envoyés aux galères. La menace porte ses fruits et les habitants quittent cette zone de non-droit sans attendre. Les lieux seront plus tard investis par les forgerons. Les événements se sont-ils réellement passés ainsi ? « C’est en tout cas l’un de ses faits d’armes, c’est peut-être aussi pour ça qu’il a tenu plus de trente ans cette charge », observe Christophe Soullez.

Gabriel Nicolas de La Reynie, qui a démissionné en 1697, meurt le 14 juin 1709 à l’âge de 84 ans. La charge de lieutenant général de police, elle, va perdurer jusqu’à la Révolution. « On va y mettre un terme car on considère que cette institution est beaucoup trop proche du pouvoir central, qu’elle a servi le roi. C’est à ce moment-là que la police va être confiée aux maires, ce qui sera le cas durant de nombreuses années », souligne Christophe Soullez. Il n’empêche que l’institution créée par Colbert ne cessera de se développer jusqu’à la création, en 1800, par Bonaparte, de la préfecture de police.

*3 minutes pour comprendre les 50 plus grandes histoires criminelles de notre histoire, de Christophe Soullez et Alain Bauer, éditions le Courrier du Livre, 160 pages, 19,90 euros