Vacances post-Covid : Et si on restait (encore) à la maison ?

TOUT EST CHAOS (4/4) Le coronavirus a profondément modifié la vie des Français, y compris leur façon de partir en vacances

Rachel Garrat-Valcarcel
Les vacances à la maison, illustration.
Les vacances à la maison, illustration. — PIXABAY
  • Après un an et demi de crise sanitaire et trois confinements, 35 millions de Français ont prévu de partir en vacances cet été.
  • Retour à la nature, « staycation », télétravail depuis un lieu de villégiature, mais aussi un budget parfois moins important qu’avant la crise… Le Covid a imposé sa marque sur nos congés.
  • « 20 Minutes » dresse le portrait des différentes tendances concernant les vacances dans un monde qui n’est pas encore celui d’après le coronavirus, mais certainement plus celui d’avant.

« Est-ce que tu viens pour les vacances ? Moi je n’ai pas changé d’adresse »… Littéralement. Que ce soit sous la contrainte (pratique, financière ou désormais sanitaire) ou parce qu’on l’a choisi, passer les vacances à la maison est le sort de millions de personnes chaque année. Cette dernière année et demie, la contrainte a souvent été légale : pas le droit de sortir à plus d’un kilomètre, puis 10, puis 100 kilomètres de chez soi. Considérant peut-être que la contrainte est féconde, certains et certaines ont été inspirés.

Ceux et celles-là se sont mis à visiter les alentours de leur lieu de résidence « et petit à petit, ils ont redécouvert leur espace régional et qu’il y avait la possibilité de se dépayser sans forcément partir à des kilomètres », décrit à 20 Minutes Guy Raffour, consultant spécialisé qui produit un baromètre annuel où sont mesurés les comportements touristiques des Français et des Françaises. Toutes et tous ne l’ont sans doute pas à l’esprit mais cette pratique porte un nom : staycation. Un mot-valise anglais qui fusionne « vacation », les vacances, et « stay », rester. « Cela existait déjà mais ça a explosé avec la pandémie », explique à 20 Minutes Hélène Michel, enseignante-chercheuse à Grenoble école de management, adepte de « micro-aventures » à ces heures.

Micro-aventures au coin de la rue

C’est dans le terme de « micro-aventures » que réside la chose : rester à la maison, là où on est déjà toute l’année, qu’on le veuille ou non, ce n’est pas forcément très joyeux. « Parfois son territoire on l’a beaucoup vu, plus qu’on ne le souhaiterait, il faut faire en sorte de ramener du merveilleux là-dedans pour que ça se passe bien », prévient Hélène Michel. Il ne s’agit pas d’aller simplement faire de la rando, du vélo, du canoë, visiter un musée que sais-je encore, il faut s’inventer une histoire.

Hélène Michel décrit trois sortes de pratiquants et pratiquantes du staycation. D’abord le ou la performeuse : il habite Lyon et veut tenter le Mont-Blanc, elle habite Toulouse et veut faire le Canal du midi à vélo… Il y a ensuite le collectionneur ou la collectionneuse : « Vous allez prendre les 50 cols à faire cet été dans les Alpes, les 100 lieux incontournables d’Auvergne, les 50 machins… C’est très souvent une injonction avec un chiffre. » Enfin il y a, un peu à part d’après Hélène Michel, le joueur et la joueuse, qui vont sortir des sentiers balisés : « Ce sont des gens qui se demandent ''Mais qu’est-ce qui me correspond ?'' Ils vont choisir leurs propres contraintes, leurs propres défis. »

L’aventure, c’est un pique-nique quai de la Charente

Marie va par exemple décider de faire un road-trip à vélo, mais en reliant des communes qui comportent le nom Marie. C’est évidemment moins facile pour les Jean-Loup. Ou cette Charentaise, exilée à Paris, qui va s’organiser un pique-nique un peu cossu quai de la Charente. D’autres jeux sont plus organisés « comme la Mad Jacques, où on vous donne un point de ralliement, que vous connaissez parfois au dernier moment, et vous vous y rendez en auto-stop, décrit Hélène Michel. Vous n’allez pas forcément loin. Sauf qu’on vous fait expérimenter un système de défis. »


« Avant, à 50 ans pour avoir réussi sa vie on pouvait parler de ce qu’il fallait posséder matériellement. Aujourd’hui, pour avoir réussi sa vie on va peut-être être sur une forme de consommation expérientielle », note Hélène Michel. S’il ne semble pas nécessaire d’avoir un gros capital économique pour faire du staycation, notons tout de même qu’il semble falloir un certain capital culturel. L’enseignante-chercheuse ne le nie pas : « Il faut pouvoir jouer avec les codes du tourisme. Soyons clairs, le tourisme reste quand même un système de distinction sociale. C’est la question de ''où êtes-vous allé cet été ? Que faites-vous ?'' Est-ce qu’on est capable de dire ''et vous, vous restez où cet été ?'' »

Capital culturel demandé

Cette tendance ne remplace pas les « vacances de migrations », comme les appelle Guy Raffour. C’est-à-dire le fait d’aller massivement dans les zones à haute densité touristique. Elle rejoint en revanche ce besoin, un peu plus récent, très lié à la sortie du premier confinement, de partir au grand air. Hélène Michel note d’ailleurs « qu’une des plus grosses demandes sur la région grenobloise, auprès des offices de tourisme… c’est passer une nuit dehors. » Juste, tout simplement, à la belle étoile, dans un camping ou pas. Et pourquoi pas même dans le jardin, pour donner le goût de l’aventure aux enfants.

Au-delà de la tendance du staycation, les spécialistes du tourisme notent un recentrement des Français et des Françaises sur leur chez soi. Confinement oblige, bien sûr. C’est aussi la conséquence de l’accumulation d’épargne pendant le confinement, au moins pour une partie des foyers. Visiblement, une part substantielle de cette épargne a été dépensée pour améliorer son « cocon » : « Comme on était davantage chez soi, on a investi davantage dans son logement », note Guy Raffour dans les entretiens réalisés pour son baromètre. « On ne trouve plus de matériaux, les magasins de décos sont dévalisés », affirme même Didier Arino, le directeur de Protourisme, à 20 Minutes.

Les vacances à la maison… de vacances

Passer les vacances à la maison, pour certaines catégories de la population ça revêt une toute autre réalité. S’entend : passer les vacances à la maison… de vacances. Si vous n’avez pas vous-même une résidence secondaire ou une « maison de famille », le premier confinement vous a probablement fait vous apercevoir qu’une partie de votre entourage avait pu profiter de ce genre d’échappées privilégiées. Ces découvertes ont suscité parfois un peu d’envie, avouons-le ici sincèrement.

En plus de leur envie, certains et certaines ont de l’argent, ce qui leur permet de passer plus facilement du rêve à la réalité. On se gardera de parler de tendance vu que la part des achats immobiliers pour résidences secondaires n’est, d’après la Fnaim, passée que de 15 à 17 % entre juin 2020 et 2021. D’autres données donnent quand même quelques indices : Paris est par exemple la seule ville où le prix du mètre carré baisse, signe d’une moins forte demande. Et puis surtout la part des maisons dans les achats immobiliers a augmenté : autour de 56 % habituellement, et plutôt en baisse depuis sept ans, cette part a grimpé à plus de 58 % en quelques mois.

Résidences semi-permanentes

Guy Raffour lui a noté une augmentation des prix de l’immobilier en Normandie, dans le Perche et en Sologne, des secteurs ruraux à proximité de Paris. Le journal Sud Ouest remarquait en juillet une hausse des prix sur le marché de la résidence secondaire au Pays basque, notamment. Pour certains de ces nouveaux acquéreurs, il s’agit d’acheter une maison de vacances, mais plus encore Guy Raffour parle d’achat de résidences « semi-principales » pour certains cadres des services qui vont y passer les vacances mais aussi largement télétravailler : « Ils y vont quasiment quatre jours par semaine ! Dans des endroits pas trop loin, sympas, en tout cas où on peut aller régulièrement pour se ressourcer. Ça fait du bien à soi et à la famille. » Les vacances presque tout le temps et à la maison, ça doit être ça, le luxe.