Pass sanitaire : Vers une « double peine » pour les plus pauvres ?

INEGALITE L’extension du pass sanitaire fait craindre à certains et certaines une discrimination pour les plus pauvres, déjà plus touchés par le coronavirus

20 Minutes avec AFP
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Un panneau annonçant le contrôle du pass sanitaire. (illustration)
Un panneau annonçant le contrôle du pass sanitaire. (illustration) — SYSPEO/SIPA

L’extension du pass sanitaire fait craindre à de nombreux acteurs sanitaires et sociaux qu’elle « exclue davantage » les plus démunis, déjà moins vaccinés que le reste de la population. Responsable du Secours populaire dans le Puy-de-Dôme, Nicole Rouvert a vécu comme un déchirement qu’une famille reste à la porte du bus lors d’une sortie récente dans un parc animalier organisée par l’association caritative. « Ces gens n’ont pas pu venir car ils n’avaient pas de pass. »

Face à la flambée de l’épidémie de Covid-19, le pass sanitaire, déjà obligatoire depuis le 21 juillet dans les lieux culturels et de loisirs, doit être étendu dès le 9 août aux cafés, restaurants, trains grandes lignes et vols intérieurs, ainsi qu’aux patients non urgents et visiteurs dans les établissements de santé et maisons de retraite. Pour le député communiste de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, « le pass sanitaire risque d’exclure davantage ». Au sein des entreprises, où « la loi introduit également dans le code du travail une différenciation entre les salariés en CDD ou intérimaires et les autres, avec une menace de perte sèche d’emploi » en cas de non-vaccination.

Inégalités dramatiques à l'école

Également à l’école avec un nouveau protocole sanitaire qui va « accroître encore un peu plus les inégalités sociales », seuls les collégiens et lycéens non-vaccinés devant suivre les cours à distance si un cas de Covid était détecté dans leur classe. « La Seine-Saint-Denis est le département le plus contaminé et le moins vacciné, pas parce qu’il y a plus d’antivax mais tout simplement parce qu’il y a une carte des inégalités sociales qui marque une sous-vaccination dans un département où 30 % des habitants n’ont pas de médecin traitant », insiste Stéphane Peu.

La Défenseure des droits Claire Hédon a soulevé dix points d’alerte à propos de l’extension du pass sanitaire, dans un document publié le 20 juillet. Parmi ses préoccupations : « les personnes en situation de pauvreté pourraient être doublement victimes ». « La carte des plus faibles vaccinations recoupe celle de la pauvreté, de la fracture numérique, de l’accès aux services publics. Les nouvelles mesures comportent ainsi le risque d’être à la fois plus dures pour les publics précaires et d’engendrer ou accroître de nouvelles inégalités », souligne Claire Hédon.

« Fracture vaccinale »

Dans Le Monde du 25 juillet, le géographe de la santé Emmanuel Vigneron s’appuyait sur les dernières données de l’Assurance maladie pour mettre au jour une triple « fracture vaccinale » d’un territoire bien vacciné dans l’Ouest et le Nord et en retard dans le Sud-Est, mieux dans les villes qu’aux périphéries et plus fortement dans les communes aisées que dans les plus défavorisées. Lundi, l’Ordre des médecins s’est inquiété « vivement des conditions de la mise en oeuvre » du pass sanitaire dans les établissements de santé « qui ne doit pas priver des patients de soins ».

Une étude de la Dress (le service statistique des ministères sanitaires et sociaux) parue en juillet montre que les personnes pauvres ont trois fois plus de risques de renoncer à des soins que les autres. « Il faut plus de moyens pour aller vers ces personnes et les convaincre », insiste Franck Dubois, responsable des solidarités familiales au Secours catholique. « Le pass sanitaire enfante les inégalités : les pouvoirs publics, en voulant nous protéger, ne font que les accroître. »