Coronavirus en Nouvelle-Aquitaine : « On ne voit pas les personnes doublement vaccinées à l’hôpital »

INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé le Pr Charles Cazanave, infectiologue au CHU de Bordeaux, pour faire le point sur l’évolution de la situation épidémique en Nouvelle-Aquitaine

Propos recueillis par Mickaël Bosredon
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Un patient atteint de Covid-19 pris en charge au service réanimation du CHU Pellegrin à Bordeaux
Un patient atteint de Covid-19 pris en charge au service réanimation du CHU Pellegrin à Bordeaux — Mickaël Bosredon/20 Minutes
  • Une trentaine de patients sont désormais hospitalisés pour Covid-19 au CHU de Bordeaux, soit le double de l’an passé à la même période.
  • Les trois-quarts d’entre eux ne sont pas vaccinés, assure le Pr Charles Cazanave, qui note aussi que l’âge moyen de ces patients est passé de 70 ans lors de la troisième vague à 56 ans aujourd’hui.
  • Si l’infectiologue ne veut pas noircir le tableau, il déplore néanmoins que 15 % des plus de 75 ans et 25 % des 50-64 ans, ne soient toujours pas vaccinés.

Des indicateurs virologiques « en très forte hausse », alerte l’ARS de la Nouvelle-Aquitaine. Le taux d’incidence dans la région, qui atteint désormais 235 cas pour 100.000 habitants, a plus que doublé en une semaine. L’Agence régionale de santé observe par ailleurs « une dégradation rapide et beaucoup plus précoce qu’à la même période, en 2020 ». Conséquence : si la Nouvelle-Aquitaine « a été une des régions les moins impactées par les précédentes vagues, elle est désormais une des plus touchées, avec une circulation du virus très active dans les zones touristiques. »

Au sein même du CHU de Bordeaux, l’infectiologue Charles Cazanave juge la situation « inquiétante, mais pas alarmante »… Au sortir de la cellule de crise qui s’est tenue ce mardi matin, 20 Minutes a interrogé le spécialiste pour faire un point sur la situation.

Le Pr Charles Cazanave, infectiologue au service des Maladies Infectieuses et Tropicales du CHU de Bordeaux

Quelle est la situation au CHU de Bordeaux aujourd’hui ?

Au CHU la situation est inquiétante mais pas alarmante. Une vigilance extrême est maintenue avec une double problématique : assurer les soins des patients Covid qui arrivent petit à petit, mais aussi de tous les autres patients qui affluent en masse en cette période estivale. Ceci à lits constants, voire un peu moins que d’ordinaire.

Pour quels types de problématiques avez-vous un afflux de patients en période estivale ?

C’est lié à l’activité touristique en Gironde. Il peut s’agir de pathologies nécessitant un passage aux urgences ou une hospitalisation, ou des accidents. Il faut arriver à dispatcher tout le monde entre la médecine, la chirurgie, la réanimation… Il n’y a pas que le Covid.

Quels sont les derniers chiffres d’hospitalisation concernant les cas de Covid-19 ?

On est à une trentaine de patients hospitalisés au CHU de Bordeaux, ce qui est quand même le double de l’an dernier à la même période. Et il s’agit de patients provenant quasiment tous de la quatrième vague résultant du variant Delta, alors même que le vaccin est là.

Ces patients sont-ils d’ailleurs vaccinés ?

Au moins trois quarts ne sont pas vaccinés. Les autres sont vaccinés une dose, voire quelques patients deux doses, mais très près de la deuxième dose. Dans quasiment 100 %, la contamination amenant les patients à l’hôpital se fait dans le cadre d’une couverture vaccinale insuffisante. A l’inverse, des personnes doublement vaccinées peuvent être porteuses du virus, voire développer des formes symptomatiques, mais pour l’instant on ne les voit pas à l’hôpital.

Confirmez-vous un rajeunissement des patients hospitalisés ?

L’âge des patients diminue de vague en vague, puisqu’on est passé de 70 ans de moyenne d’âge lors de la troisième vague à 56 ans aujourd’hui. Cela baisse sérieusement, même si la différence est moins flagrante chez les patients purement réanimatoires, où la moyenne d’âge est de 62 ans. Mais le patient le plus jeune a 25 ans.

Quelle est la situation en réanimation justement ?

C’est là que c’est le plus inquiétant, puisque l’on a dorénavant une quinzaine de patients en réa, contre un ou deux début juillet, et certains d’entre eux n’ont aucun facteur de risque. Cela, c’est pour le CHU, mais au niveau de la Nouvelle-Aquitaine on a aussi des chiffres assez criants puisque l’on est passé de six patients en réa en semaine 28 [du 12 au 18 juillet] à 77 ce mardi matin. Soit une multiplication par douze. C’est pour cela que si la situation n’est pas alarmante, cela pourrait vite le devenir.

Est-ce que parallèlement on peut déceler des signes positifs dans l’évolution de la circulation du virus dans la région ?

En effet, les fameux quatre départements littoraux où le taux d’incidence avait explosé – Charente-Maritime, Gironde, Pyrénées-Atlantiques, Landes – semblent arriver à une sorte de plateau [l'ARS alerte toutefois ce mardi sur la situation sanitaire « préoccupante » sur la côte basque]. En Gironde, le taux d’incidence plafonne autour de 350 cas pour 100.000 habitants. Même si à l’inverse, d’autres départements commencent à augmenter, notamment dans le Lot-et-Garonne. L’autre donnée importante, est que ce taux d’incidence est calculé selon votre code postal de résidence. Donc dans ce taux d’incidence ne figurent pas les touristes – qui sont comptés dans leur résidence principale – ce qui veut dire qu’il est sous-évalué puisque l’on a plus de patients porteurs du virus, que ne le disent les chiffres. Ce qui peut poser des problèmes dans les hôpitaux de proximité, à Bayonne ou Arcachon par exemple.

Avec toutes ces données parfois contradictoires, comment anticiper l’évolution de la situation épidémique d’ici à la fin des vacances ?

C’est très difficile en effet. C’est pour cela que je ne noircis pas le tableau. Il faut rester vigilant face à un virus beaucoup plus contagieux, mais pas forcément plus virulent ni plus mortel, et qui va toucher des patients plus jeunes et moins comorbides, qui vont donc passer moins de temps en réa. Cela fait plein d’inconnus pour faire des prévisions. Mais il y a le vaccin, et en Nouvelle-Aquitaine nous sommes à 65 % de couverture deux doses, ce qui est plutôt pas mal. En revanche, on a toujours 15 % de non-vaccinés chez les plus de 75 ans, et 25 % chez les 50-64 ans, c’est-à-dire chez les personnes susceptibles de faire les formes les plus graves de la maladie…