« L’idée n’est pas de mettre à mal une tradition », considère Anne Laurence Petel qui a signé la pétition anti-corrida

INTERVIEW Anne Laurence Petel, députée LREM, a signé la tribune anti-corrida. Nous avons discuté corrida et culture taurine évidemment, mais aussi adaptation des traditions, chasse, élevage et bien-être animal

Propos recueillis par Alexandre Vella
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Anne Laurence Petel, députée LREM est membre du groupe d'étude sur la condition animale
Anne Laurence Petel, députée LREM est membre du groupe d'étude sur la condition animale — Jacques Witt/SIPA

Anne Laurence Petel est députée LREM de la 14e circonscription des Bouches-dur-Rhône (Aix-en-Provence essentiellement). Membre du groupe d’étude sur la condition et le bien-être animal, elle est une des 35 parlementaires signataires de la tribune qui demande l’interdiction de la corrida publiée dans le JDD ce dimanche.

Avez-vous déjà assisté à une corrida, une course camarguaise, ou un événement de culture taurine ?

Petite, mon père et mon grand-père m’ont emmenée voir des corridas. Je devais avoir 14 ou 15 ans. Plus récemment, il y a dix ans de cela, je suis allée voir mon neveu, qui était en Erasmus à Madrid et qui m’a emmenée à la corrida du 2 mai, un événement. Il pensait sans doute me faire plaisir mais je n’ai pas regardé les mises à morts. Par contre, je peux comprendre tout le décorum. L’arène, les habits de lumière, parce que c’est vraiment ça, le torero touché par les rayons du soleil couchant ; il y a quelque chose de magique. Mais je crois que la magie est dans le décorum, elle ne peut pas être dans la torture progressive jusqu’à la mise à mort.

Est-ce le rôle des parlementaires que de vouloir légiférer des pratiques culturelles ?

Le bien-être animal, la condition animale, la cause animale sont des choses qui me concernent depuis très longtemps. Cette cause-là ne peut pas être à géométrie variable. Il faut qu’on lutte contre la maltraitance. Dans le transport d’animaux vivants, les navires bétaillers, par exemple, c’est catastrophique. De même, il y a des camions qui restent stationnés 24 ou 48 heures en plein soleil. Cette lutte contre la maltraitance doit être dans tous les secteurs. On interdit désormais les cirques avec animaux, qui sont presque aussi une tradition. Aujourd’hui, l’idée n’est pas de mettre à mal une tradition mais de comment faire pour que cette tradition évolue vers quelque chose qui concerne la majorité des gens et qui est : comment on ne maltraite plus les animaux ?

N’est-ce pas plus simple de s’en prendre à la corrida ou au cirque qu’à l’industrie ?

Je vous l’assure, notre action est aussi contre l’industrie. Arrêter les castrations à vif des porcelets dès janvier 2022, nous semble être une évidence. De même, nous allons arrêter le broyage des poussins.

Vous comparez 50 millions de poussins avec environ 700 de taureaux de combats exécutés chaque année ?

Les gens mangent des animaux, donc naturellement, il faut des abattoirs. Là, on est sur une forme de spectacle. Est-ce que la violence d’un spectacle où l’on mutile l’animal jusqu’à le mettre à mort, est digne ?

C’est faire de la mort un spectacle qui dérange ? La chasse à courre aussi est cruelle ?

Je suis aussi contre la chasse à courre même si je sais que les gens qui luttent contre disent qu’Emmanuel Macron protège les chasseurs. L'Angleterre et l'Allemagne l'ont interdite. Les équipages anglais viennent chez nous… Les chasseurs sont un énorme lobby, c’est évident mais nous avons déjà réussi à arrêter la chasse à la glue. D’ailleurs, avant les municipales, je me suis attrapé avec des chasseurs qui m’ont dit « on ne votera pas pour toi ».

Aucun des 35 parlementaires signataires ne vient de circonscription où la culture taurine à cours. Ainsi, cette position peut-être vue comme démagogique et sans sanction électorale possible…

Oui, enfin j’ai des chasseurs sur ma circonscription, et ils connaissent ma position sur la chasse à la glue, c’est une vraie conviction.

Pourquoi aucun de vos collègues, élus de Camargue, du Roussillon ou des Landes ne prend cette position avec vous ?

Cette tribune s’est faite dans l’été, suite à la campagne de la Fondation Bardot et a circulé au sein du groupe d’étude sur la condition animale. Donc on ne leur a pas trop posé la question.

Placer le débat du bien-être animal à tous les niveaux, n’est-ce pas le risque de relancer le débat sur le foie gras, par exemple, plat qui peut entre dans la composition du repas gastronomique à la française, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco ?

Cela fait partie des choses que certaines associations réclament. Ma famille maternelle est du sud-ouest, mon grand-père faisait le foie gras – mais il n’élevait pas les canards. J’allais dans les fermes chercher les foies. Il y a une certaine pratique, artisanale, qui n’a rien à voir avec les pratiques intensives et je crois que le débat se situe plutôt là.

Comment fait-on le tri dans la culture taurine ? La course camarguaise oui, la corrida, non ?

Ce qui ne torture pas l’animal et ne le met pas à mort, pourquoi pas ? Après tout, peut-être la corrida peut rester un spectacle sans mise à mort ? Il faut être persévérant. C’est toujours difficile de s’attaquer à des choses culturelles, de même c’est compliqué de s’attaquer à la chasse à courre. Les choses peuvent continuer de manière différente, on peut s’adapter, sans mises à mort, sans forcément martyriser l’animal. Je pense qu’il faut réinventer nos traditions, et les réinventer à l’aune des valeurs qui aujourd’hui sont partagées par beaucoup de Français, des jeunes, sur l’environnement et le bien-être animal.