Vacances post-Covid : Télétravailler depuis son lieu de villégiature, la révolution des classes sup'

TOUT EST CHAOS (2/4) Le coronavirus a profondément modifié la vie des Français, y compris leur façon de partir en vacances

Rachel Garrat-Valcarcel
Télétravail en vacances, illustration.
Télétravail en vacances, illustration. — PIXABAY
  • Après un an et demi de crise sanitaire et trois confinements, 35 millions de Français ont prévu de partir en vacances cet été.
  • Retour à la nature, « staycation », télétravail depuis un lieu de villégiature, mais aussi un budget parfois moins important qu’avant la crise… Le Covid a imposé sa marque sur nos congés.
  • « 20 Minutes » dresse le portrait des différentes tendances concernant les vacances dans un monde qui n’est pas encore celui d’après le coronavirus, mais certainement plus celui d’avant.

« Oui bonjour nous sommes très intéressées pour louer votre maison au fin fond du Périgord la deuxième quinzaine d’août mais nous avons deux questions : les draps sont-ils fournis et quel est le débit de votre wifi » est peut-être une phrase qui vous fait lever les yeux au ciel mais qui est probablement amenée à devenir très populaire. Et si vous êtes un loueur ou une loueuse de logement de vacances, vous devriez vous y préparer. La révolution du télétravail, au moins dans le secteur des services, a donné des ailes à certains et certaines : finalement, si je peux très bien faire tout ce que j’ai à faire pour le travail depuis chez moi, je peux bien le faire aussi depuis mon lieu de villégiature.

Les données publiées par le géant de la réservation de logement de vacances en ligne Airbnb sont éloquentes : en 2020, près d’un voyageur sur cinq (19 %) a utilisé la plateforme pour voyager tout en travaillant à distance. Un chiffre en nette augmentation affirme Airbnb. Le directeur de Protourisme, Didier Arino, interrogé par 20 Minutes, y voit plus qu’une tendance et parle de « mutation de la société ». Pour lui, c’est d’ailleurs déjà quelque chose d'ancré et finalement pas si neuf : « Avant la pandémie, 25 % des personnes qui partaient travaillaient à un moment ou à un autre sur leur lieu vacances. » Ça n’est néanmoins pas forcément la même réalité après (pendant ?) la pandémie.

Pas à la portée de toutes les bourses

Interrogé par 20 Minutes, Guy Raffour, consultant spécialisé qui produit un baromètre annuel où sont mesurés les comportements touristiques des Français et des Françaises, appelle ça les « séjours hybrides, loisir et travail ». « Jusque-là c’était plutôt des voyageurs d’affaires qui partaient à l’étranger et se disaient ''je me prends une journée ou deux de plus pour faire un peu du tourisme de loisir. C’était typiquement ça. » Aujourd’hui, c’est presque l’inverse : c’est parce que je suis en vacances dans un coin sympa que je vais prendre un ou deux jours de plus pour en profiter en télétravaillant.

Didier Arino décrit le cas d’école « d’un couple avec enfants qui se demande quoi faire pour les occuper pendant les vacances scolaires et qui peut partir plus longtemps en ajoutant du télétravail aux vacances ». Ajouter quelques jours aux longs séjours, ou même partir en week-end dès le jeudi soir, pour ne rentrer que le lundi soir, en ayant télétravaillé dans son hôtel/sa location le vendredi et le lundi… on comprend rapidement que ce nouveau type de séjour n’est pas à la portée de toutes les bourses. « On parle de personnes qui partent en vacances et même qui partent plusieurs fois dans l’année », prévient Didier Arino. Ou alors il faut s’organiser entre amis et amies pour mutualiser les coûts, mais ça, c’est l’histoire d’une autre série d’été de 20 Minutes.

Une opportunité pour les professionnels du tourisme

En tout cas, ces jours de plus pris par des personnes avec un pouvoir d’achat important, ça peut être une belle opportunité pour les professionnels du tourisme. Déjà parce que le séjour moyen s’allonge : Airbnb a constaté que, depuis le début de l’année 2021, 14 % des réservations via la plateforme concernent des séjours de plus de vingt-huit jours. D’après Protourisme, cet été, le séjour moyen passe tout de même de dix à douze jours. Son directeur pense néanmoins que c’est simplement conjoncturel : ceux et celles qui ont un fort budget vacances et n’ont pas pu partir en début d’année dépensent plus cet été et partent donc plus longtemps.

L’opportunité à saisir se trouverait davantage dans la possibilité d’améliorer les taux de remplissage lors des périodes creuses. Il s’agit donc moins d’allonger les séjours que de les multiplier. Une carte à jouer aussi pour les zones traditionnellement moins touristiques. Car cette nouvelle demande est à la fois plus étalée dans le temps mais aussi géographiquement. Néanmoins, les établissements touristiques devront s’adapter car la demande est forcément différente.

Ne pas oublier de s’offrir la paix

« Il y a de plus en plus de demande sur des hébergements dans lesquels un endroit peut servir de bureau », note Didier Arino. Certains flairent le bon coup : vous connaissez sans doute ces vans, tels les mythiques combis Volkswagen, qui connaissent un certain retour de hype pour des vacances en mode road-trip. Eh bien Nissan a présenté en janvier un van conçu pour le télétravail. C’est un concept car... pour l’instant. Ce qui nous ramène à la question du début de cet article : le débit Internet. Pour Guy Raffour, « cela va devenir une demande de base ». Le directeur de Protourisme croit même que dans les années à venir, « une station balnéaire qui n’a pas une bonne connexion, qui n’a pas la fibre, sera une station fortement handicapée ».

Si jamais le lieu que vous louez ne possède pas de connexion assez bonne, Guy Raffour croit que les collectivités locales qui veulent marquer des points seraient bien inspirées de soutenir la création d’espace de coworking de villages : « Transformer une vieille grange en coworking n’est pas si compliqué avec de bons artisans. » Une bonne idée pour séparer vies professionnelle et personnelle. Car, tout de même, si la massification voire la généralisation du télétravail en temps normal peut présenter un risque pour notre santé mentale, pourquoi le mélange total des périodes de vacance et de travail ne serait-il pas contre-indiqué ?

Pas forcément… dans un monde idéal, estime Nicolas Magnant, directeur associé du cabinet spécialisé en prévention des risques psychosociaux Alterhego, interrogé par 20 Minutes. Le spécialiste, dubitatif, ne nie pas les avantages de « liberté et de souplesse », mais il prévient : « Cela demande des conditions importantes de maturité vis-à-vis du travail, pour dissocier les temps. Une maturité que beaucoup de personnes n’ont pas, tout simplement parce qu’elles n’ont pas eu l’occasion d’apprendre. » Sans prendre ces précautions, Nicolas Magnant voit dans cette tendance un risque de « fatigue psychologique », via « un problème d’envahissement, de colonisation des mondes vécus » par le travail. Or, « on a aussi besoin de paix », conclut le spécialiste. N’est-ce pas ça, les vacances, au fond ?