Coronavirus : Pourquoi les cours « hybrides » au collège et au lycée font-ils polémique ?

EDUCATION A la rentrée, en cas de cas de covid-19 dans une classe au collège et lycée, les non vaccinés devront suivre les cours en visio, alors que les vaccinés pourront être en présentiel

Rachel Garrat-Valcarcel
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Une classe du collège Sophie-Germain à Nantes (illustration).
Une classe du collège Sophie-Germain à Nantes (illustration). — © Fabrice ELSNER
  • Le nouveau protocole sanitaire de l’Education nationale pour la rentrée a été présenté ce mercredi matin.
  • Il se décompose en quatre scénarios différents suivant la circulation du virus dans chaque territoire.
  • La mesure la plus polémique est celle qui fait une différence entre élèves vaccinés et non vaccinés en cas de contamination au Covid-19 dans une classe de collège ou lycée : les seconds devront participer aux cours mais en distanciel.

C’est toujours un peu pareil, les grandes vacances n’ont pas commencé depuis un mois que déjà on parle de la rentrée. Pour la bonne cause, tout de même, alors que le ministère de l’Education nationale a enfin présenté son nouveau protocole sanitaire qui sera mis en place dès septembre pour faire face au coronavirus. Ce protocole était réclamé à cor et à cri par les syndicats depuis des semaines. 20 Minutes fait le point sur les annonces.

En quoi consiste le nouveau protocole sanitaire ?

Sur sa liste de fournitures à acheter pour la rentrée, le ministère de l’Education nationale avait visiblement un stylo quatre couleurs : vert, jaune, orange et rouge. Il y a désormais quatre niveaux au protocole sanitaire dans les établissements scolaires, pour s’adapter à la circulation du virus dans chaque territoire. Pour ces quatre « hypothèses », comme l’explique le ministre Jean-Michel Blanquer, sont définies des doctrines pour l’accueil (en présentiel ou non), les activités possibles ou encore les cas de fermetures de classes.

Ce nouveau schéma, qui n’existait pas jusqu’ici, n’est pas pour déplaire aux syndicats interrogés par 20 Minutes. « Ça va dans le bon sens », pour la secrétaire générale du SNES-FSU, Sophie Vénétitay. Cette dernière regrette néanmoins qu’on n’aille pas « au bout de la logique » : « Il aurait fallu avoir des seuils, pour qu’on sache quand et comment on passe du niveau 2 au niveau 3 et ainsi de suite… » La secrétaire générale du SGEN-CFDT, Catherine Nave-Bekhti, se demande de son côté qui va décider quels départements sont concernés par tel ou tel niveau de restrictions.

Dans les collèges et lycées, les niveaux 3 et 4 prévoient des cours « en hybridation » : en cas d’une contamination au Covid-19 dans une classe, les non vaccinés devront suivre les cours à la maison. Les autres seront en présentiel.

Pourquoi la mesure « hybride » au collège et au lycée fait-elle débat ?

On n’a probablement pas fini de parler de cette décision sur les cours en « hybridation ». « Il est impossible de faire deux fois cours en même temps : on ne peut pas simplement faire le même cours en présentiel et en visio, s’inquiète Catherine Nave-Bekhti. Il faudra donc travailler pour adapter les cours et ça arrive alors que les enseignants n’ont toujours pas obtenu de compensations pour le travail supplémentaire depuis un an et demi. » Sophie Vénétitay, du Snes-FSU, pense que la mesure sera tout simplement impossible à mettre en place.

Sans compter qu’il faudra contrôler les vaccinations : qui va le faire ? Les questions des syndicats restent pour le moment sans réponse. « On est très surpris par cette mesure, on n’en a pas du tout discuté avec le ministère jusqu’ici », explique Sophie Vénétitay. De leur côté, la SGEN-CFDT on dit ne plus avoir eu contact avec le ministère sur le protocole sanitaire depuis début juillet.

La mesure est-elle juste pour les élèves ?

Au-delà de la question de l’organisation côté professeurs se pose évidemment la question de l’organisation du côté des élèves. « Ils ne peuvent pas suivre les 25 heures de cours de la semaine en visio », juge la secrétaire générale du SNEG-CFDT. Et puis, « bien des élèves n’ont pas les bonnes conditions de travail chez eux, ça a été largement documenté », rappelle-t-elle. C’est là la question de l’égalité entre les élèves qui va rapidement se poser, d’autant plus que les moins de 12 ans, ce qui arrive en classe de sixième, ne sont pas encore éligibles à la vaccination.

Aujourd’hui, un peu plus de 11 % des 11-17 ans sont complètement vaccinés. Il faut dire que la vaccination leur a été ouverte en juin tout juste. Pour la secrétaire générale du SNES, cette mesure « d’hybridation » est avant tout un coup de com' : « C’est une manière de mettre la pression sur les familles » et d’accélérer la vaccination des 12-17 ans. Sophie Vénétitay voudrait des centres de vaccination près, voire dans les collèges et lycées pour vacciner élèves et personnels. 6.000 à 7.000 ont été annoncés par le ministère : « Ce n’est pas assez, alors qu’il y a 11.000 collèges et lycées en France. »