Polynésie française : Emmanuel Macron reconnaît la « dette » de la France sur les essais nucléaires et promet la « transparence »

DOSSIER SENSIBLE Le chef de l’Etat avait déjà discuté lundi avec les militants de l’association antinucléaire 193, assurant qu’il les avait « entendus »

20 Minutes avec AFP
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Emmanuel Macron à son arrivée sur l'atoll de Manihi, le 26 juillet 2021.
Emmanuel Macron à son arrivée sur l'atoll de Manihi, le 26 juillet 2021. — ELIOT BLONDET/POOL/SIPA

Le président français Emmanuel Macron a déclaré mardi à Papeete (mercredi matin à Paris) que la France avait « une dette » envers la Polynésie française pour les essais nucléaires réalisés de 1966 à 1996 dans le Pacifique. « J'assume et je veux la vérité et la transparence avec vous », a déclaré le chef de l'Etat dans un discours devant les responsables polynésiens, en affirmant que les victimes de ces essais devaient être mieux indemnisées.

« La nation a une dette à l'égard de la Polynésie française. Cette dette est le fait d'avoir abrité ces essais en particulier ceux entre 1966 et 1974, dont on ne peut absolument pas dire qu'ils étaient propres », a-t-il déclaré au dernier jour de son déplacement sur l'archipel.

Une rencontre informelle

Lundi, le chef de l'Etat s’était arrêté au bord de la route pour discuter avec des militants de l’association antinucléaire 193, s’engageant à la transparence sur les essais nucléaires et assurant qu’il les avait « entendus », lors de sa visite en Polynésie française.

« Je ne peux pas vous demander d’avoir confiance en moi après qu’on vous ait menti si longtemps en ne partageant pas les informations, c’est vrai, et donc je pense que la confiance, ça se construit en disant tout, en partageant la totalité, en étant beaucoup plus transparent et c’est vrai qu’on n’a pas fait le boulot jusqu’à présent », a-t-il déclaré devant un groupe d’une cinquantaine de manifestants sur l’île de Moorea, parmi lesquels flottaient des drapeaux indépendantistes.

« On vous demande d’assumer ce que l’Etat a fait »

« Vous m’excuserez, mais on ne peut pas s’empêcher de penser que vous êtes en fin de mandature, donc des paroles c’est une chose, mais après, concrètement ? Il y a des demandes urgentes, des personnes qui souffrent. On vous demande d’assumer ce que l’Etat a fait à ce peuple polynésien, un pardon et vraiment une prise en charge », a rétorqué Léna Lenormand, vice-présidente de l’association 193, qui fait référence au nombre d’essais nucléaires français réalisés en Polynésie.

« Je m’engage à ce que les choses changent en termes de procédures d’indemnisation parce que c’est vrai que la loi de 2010 aujourd’hui laisse des gens dans la détresse, avec des procédures qui sont trop longues », a répondu Emmanuel Macron. En revanche, la solidarité nationale et la responsabilité de l’Etat, « ce n’est pas la même chose », a-t-il affirmé.

Débat sur la prise en charge des cancers

Pour le président, « il est normal, et c’est un devoir de la nation, d’accompagner toutes les Polynésiennes et les Polynésiens qui aujourd’hui sont frappés par les nouvelles formes de cancer. Et il faut qu’il y ait une offre de soins, des médecins et des chercheurs, compte tenu de la double insularité dans laquelle vous êtes ».

« Une autre chose est de dire que tous les gens qui ont de nouvelles formes de cancer, combien même ils n’ont rien à voir avec les essais, doivent être pris en charge au titre des essais. Ce n’est pas la même chose », a-t-il estimé.