Coronavirus en Ile-de-France : « On manque d’études sur la charge virale dans les selles »

INTERVIEW En Ile-de-France, la concentration du Covid-19 dans les eaux usées est déjà comparable à ce qu’elle était l’an dernier au retour des vacances

Caroline Politi
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Une station d'épuration pour le traitement des eaux usées. (Illustration)
Une station d'épuration pour le traitement des eaux usées. (Illustration) — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Les stations de traitement des eaux usées montrent une hausse de la concentration du virus dans les eaux usées franciliennes depuis la mi-juin.
  • Cette concentration du virus dans les eaux usées n’a jamais disparu depuis un an comme cela avait été le cas après le premier confinement.
  • La vaccination et la prépondérance du variant Delta compliquent l’analyse des données.

On l’attendait à la rentrée, la 4e vague de l'épidémie de Covid-19 est arrivée au début de l’été. En Ile-de-France, le taux d’incidence dépasse les 170 cas pour 100.000 habitants, à Paris il avoisine même les 250. Contre à peine 35 au début du mois. Reste désormais à savoir quelle sera la hauteur de cette vague et surtout ses conséquences sur le système hospitalier. Si l’épidémie a montré à de nombreuses reprises qu’elle était difficilement prévisible, certains indicateurs permettent néanmoins d’en saisir des signes précoces. A commencer par l' analyse des eaux usées qui permet de détecter les traces de virus présentes dans l’organisme et évacuées par les selles ou l’urine. Et pour l’instant, ces premiers résultats ne laissent guère de place à l’optimisme, selon Vincent Maréchal, professeur en virologie à l’université de la Sorbonne.

Vincent Maréchal, professeur en virologie à l’université de la Sorbonne.

Constatez-vous cette reprise épidémique dans les eaux usées ?

Très nettement. On a d’abord constaté cette reprise autour du 20 juin en Ile-de-France et dans les régions Paca et Occitanie mais depuis début juillet cette remontée est visible quasiment partout sur le territoire. Dans la région parisienne, on est aujourd’hui sur des niveaux comparables à ce qu’ils étaient l’an dernier, à la mi-septembre mais la vitesse d’augmentation est beaucoup plus rapide. L’été dernier, cela avait repris doucement alors que là, la pente est très raide. Cela se confirme lorsqu’on regarde le taux d’incidence qui croît très rapidement sous l’effet du variant Delta​, plus contagieux que le variant britannique, qui était lui-même plus contagieux que la souche originelle.

Jusqu’où ira cette vague, selon vous ?

C’est impossible à dire mais les derniers relevés, qui datent de la mi-juillet, confirment que la dynamique est très rapide. C’est d’autant plus inquiétant qu’on n’est jamais retombé au niveau de l’été dernier. Après le premier confinement qui avait été très strict, on ne détectait quasiment plus de virus dans les eaux usées entre fin mai et fin juin avant de remonter tout au long de l’été. Ce qu’on constate, c’est que dès qu’on relâche les mesures de freinage, l’épidémie reprend et l’été, contrairement à ce qu’on a pu entendre à un moment, ne bloque pas la circulation du virus. D’une manière générale, les vacances scolaires entraîne un brassage de population favorable à la dissémination de l’épidémie.

On compte aujourd’hui 50 % de la population entièrement vaccinée et 10 % en attente de leur seconde dose. Cela n’a donc pas d’effet ?

Si évidemment, et on le voit d’ailleurs en Grande-Bretagne : la courbe des hospitalisations est largement plus basse que lors des précédentes vagues. Mais le taux de vaccination n’est pas encore suffisant pour empêcher le virus de circuler, plus encore depuis le variant Delta. Et il faut garder en tête que même vacciné, on peut être infecté. En revanche, les risques de faire une forme grave sont faibles. Les chercheurs du réseau Obépine comparent la concentration de virus dans les eaux usées, sans savoir si la personne est symptomatique ou non.

Cela signifie que vous pourriez retrouver des concentrations de virus importantes sans que cela ne se matérialise par une vague hospitalière ?

Cela complique effectivement la grille d’analyse. On sait aujourd’hui que les personnes vaccinées qui sont infectées ont une charge virale plus faible dans les sécrétions nasales et salivaires, ce qui explique qu’elles ont dix à douze fois moins de chances de transmettre le virus. Mais est-ce que cela se retrouve dans les selles qui contribuent à l’essentiel des virus retrouvés dans les eaux usées ? On ne le sait pas, on manque d’études sur le sujet. C’est pareil avec le variant Delta : les personnes infectées ont une charge virale très forte, mais est-ce que cela se répercute sur les selles ? Ce sont des données fondamentales parce qu’aujourd’hui même si on est sur un taux similaire à celui de septembre dernier, on ne peut pas vraiment comparer les deux situations. On ne sait si un taux similaire correspond au même nombre de personnes contaminées puisqu’une personne vaccinée pourrait rejeter moins de virus et une atteinte par le Delta, beaucoup plus.