Marseille : Face aux règlements de compte en série, un collectif demande l’instauration d’un couvre-feu

SERIE NOIRE Le collectif Trop jeune pour mourir demande aux pouvoirs publics des mesures fortes face à la multiplication des règlements de compte ces dernières semaines à Marseille

Alexandre Vella
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Les quartiers Nord de Marseille, où de nombreux mineurs sont embrigadés dans le trafic de stupéfiant.
Les quartiers Nord de Marseille, où de nombreux mineurs sont embrigadés dans le trafic de stupéfiant. — Lionel Urman/SIPA
  • Trois hommes sont morts, tués par balles, ce week-end dans les quartiers Nord de Marseille.
  • Depuis le début de l’année, huit règlements de compte ont été identifiés comme tels par la police, avant les trois morts de ce week-end, la ville.
  • L’accélération de ces dernières semaines pousse des acteurs associatifs à intervenir et demander l’aide des pouvoirs publics.

Dix morts en à peine plus d’un mois. « La poussée de fièvre » évoquée pour 20 Minutes par Eric Arella, le directeur de la police judiciaire (PJ) pour la zone sud, n’en finit plus de monter. Après les trois homicides survenus dans les quartiers Nord ce week-end, où des règlements de compte sous fond de trafic de drogue sont à nouveau forcément suspectés, les membres du collectif Trop jeune pour mourir, appelle les pouvoirs publics à prendre des mesures fortes à Marseille.

« Trois homicides en un week-end, c’est, je crois du jamais vu », s’alarme Hassen Hammou, fondateur du collectif crée en 2016, annus horribilis avec 27 règlements de compte, après qu’un de ses proches tomba sous les balles assassines. « Notre collectif demande au préfet de région Christophe Mirman, l’instauration d’un couvre-feu aménageable à partir de 21 heures sur les quatre arrondissements du nord de la ville de Marseille [13e, 14e, 15e, 16e] », poursuit-il. « Une mesure choc pour alerter habitants et pouvoirs publics », admet-il alors que huit « réglos » ont été formellement identifiés comme tels par la police pour l’année 2021, avant les morts de ce week-end.

« La sécurité des habitants n’est plus assurée »

En outre, il demande également « des moyens de police supplémentaires jusqu’à la fin de l’été et la réception d’une délégation d’habitants en préfecture ». Cette prise de parole intervient « après avoir échangé avec quelques mamans et des habitants pour qui nous sommes les seuls interlocuteurs. Hier encore, je me suis fait engueuler par l’une d’entre elles. Alors on essaye de faire des propositions », développe Hassen Hammou.

La macabre dynamique actuelle s’explique par le règlement « d’un ancien contentieux » entre clans rivaux. Le feu sous ces braises a repris, attisées par un triptyque mortel. « Sorties de prison, jeunes aux dents longues et trahisons », expliquait Éric Arella. « La sécurité des habitants n’est plus assurée », reprend Hassen Hammou. « Après chaque opération de police, la pression est sur les habitants pour qu’ils ne parlent pas ». Et d’ajouter : « Aujourd’hui, les gens n’ont plus peur de régler leurs comptes. » La police judiciaire élucide pourtant ces dernières années près de 50 % de ces règlements de compte, un taux supérieur à la moyenne nationale, rappelait le directeur de la PJ.

Mais Hassen Hammou, lui, craint qu’un jeune ne soit victime d’une balle perdue « comme la jeune fille de 17 ans tuée à l’arrière d’une voiture début juillet ». Pour lui, l’idée de ce « couvre-feu » couplé à des moyens supplémentaires permettrait de mieux contrôler qui circule entre les cités des quartiers Nord, théâtre de ces règlements de compte à répétition.