Pass sanitaire : A Paris, des milliers de manifestants pour dire non « au monde qui se dessine »

REPORTAGE Du Trocadéro, aux côtés de Florian Philippot, à la place de la Bastille, auprès des « gilets jaunes », « 20 Minutes » a suivi les manifestants mobilisés en nombre ce samedi

Alexis Orsini
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Coronavirus : Les opposants au pass sanitaire manifestent de nouveau à Paris — 20 Minutes
  • Alors que le projet de loi instaurant le pass sanitaire est en cours d’examen au Sénat, 168 rassemblements avaient lieu ce samedi en France pour protester contre la mesure.
  • A Paris, des milliers de manifestants étaient présents aux côtés de Florian Philippot, au Trocadéro, ou dans le cortège des « gilets jaunes », parti de la Bastille. Au total, 11.000 manifestants ont été recensés dans la capitale par le minisètre de l'Intérieur.
  • Plongée auprès de personnes vaccinées et non-vaccinées unies par une même crainte : voir émerger une société à deux vitesses.

Pour Florian Philippot​, le doute n’était pas permis : son rassemblement « pour la liberté » sur la place du Trocadéro, à Paris, ce samedi, marquerait forcément un  « coup de tonnerre dans le ciel de la capitale ». Et si l’ex-numéro 2 du FN, désormais président des Patriotes, était loin d’être le seul organisateur d’un rassemblement contre le pass sanitaire au cours de cette journée de mobilisation nationale, les manifestants ont répondu présents à ses côtés.

A l’instar de Philippe, déjà présent lors du rassemblement du 17 juillet. « Florian Philippot milite depuis le début contre les mesures du gouvernement, on ne peut pas faire mieux en matière de cohérence », estime-t-il, un peu à l’écart de la foule rassemblée près de l’estrade en ce milieu d’après-midi. « Je suis contre l’obligation vaccinale déguisée en pass sanitaire. Je n’ai aucun souci avec ceux qui veulent se faire vacciner, mais c’est l’obligation qui me dérange, d’autres moyens pourraient être mis en œuvre pour endiguer l’épidémie, comme la réouverture de lits d’hôpitaux dédiés aux malades du Covid-19 à l’Hôtel-Dieu ou au Val-de-Grâce », poursuit Philippe, tout en déplorant « qu’on nous ferme toutes les portes pour nous diriger vers le confinement et donc la vaccination obligatoire. »

« Je préférerais attendre le vaccin de Sanofi Pasteur »

Quelques mètres plus loin, au milieu de la nuée de drapeaux français et de pancartes « Libérons la France », Julie* et Sabrina espèrent, comme lui, le retrait du projet de loi sur le pass sanitaire. « Sinon, en tant qu’infirmière, je vais devoir me faire vacciner avant le 15 septembre pour éviter de perdre mon travail. Ca fait presque deux ans que le Covid est là, je ne l’ai jamais attrapé et je préfère attendre d’avoir du recul sur les vaccins à ARN, ils sont trop récents pour qu’on connaisse leurs effets à 5 ou 10 ans », explique la première, soutenue par Sabrina : « Je préférerais pouvoir attendre le vaccin de Sanofi Pasteur plutôt que de me voir la vaccination imposée maintenant. »

Les opposants au pass sanitaire au Trocadéro, à Paris, samedi 24 juillet 2021.
Les opposants au pass sanitaire au Trocadéro, à Paris, samedi 24 juillet 2021. - AO/20 Minutes

Sur la scène du Trocadéro, entre deux ralliements de la foule aux cris de « Liberté ! », « Résistance ! » ou « Macron démission ! », les interventions se multiplient pour fustiger la politique sanitaire du président de la République. Face au projet de « mort sociale » que défendrait le gouvernement, les militants des Patriotes entendent donner naissance à « l’été français », dans la lignée  « des printemps arabes ». « C’est la première fois qu’on connaît une telle mobilisation en plein mois de juillet, c’est du jamais vu et nous serons encore là en août ! », s’enthousiasme le référent parisien du mouvement, Dominique Bourse-Provence.

« Nous n’irons plus au restaurant par solidarité avec les non-vaccinés »

Une détermination partagée quelques heures plus tôt par les manifestants rassemblés au sein du cortège des « gilets jaunes », place de la Bastille, prêt à partir vers la porte de Champerret. Qu’ils aient l’habitude de battre le pavé, comme Richard – « gilet jaune de cœur » qui veut « continuer de pouvoir aller en terrasse » et refuse d’être vacciné « sans recul supplémentaire » –, ou qu’ils manifestent pour la première fois, comme Clémentine, son mari et leurs trois enfants, tous entendent montrer leur désaccord avec « le monde qui se dessine ».

« Nous sommes vaccinés et nous sommes issus d’une classe sociale privilégiée, mais l’idée de voir le pass sanitaire créer des catégories différentes de citoyens nous révolte. Le libre arbitre devrait rester la norme en matière de vaccination, donc, par solidarité avec les non vaccinés, nous n’irons plus au restaurant », détaille Clémentine, prête à brandir ses pancartes « Il n’y a pas de sous-Français » et « Monsieur le président, nous ne sommes pas vos jouets ».

« L’idée, c’est d’aller jusqu’au retrait du texte »

Autour d’elle, en attendant le départ du cortège, certains manifestants évaluent les forces en présence, partagés entre le plaisir de voir « des gens de tous horizons se mélanger, comme à l’époque des "gilets jaunes" », et le regret qu’une manifestation unique n’ait pas rassemblé tous les opposants au pass sanitaire à Paris – environ 11.000 personnes ont participé aux trois manifestations déclarées, selon le ministère de l’Intérieur. Comme lors des manifestations de « gilets jaunes », des incidents ont eu lieu en fin de journée à proximité des Champs-Elysées, où les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes contre environ 200 personnes et interpellé 9 personnes.

« Tout le monde est libre de nous rejoindre, vaccinés comme non vaccinés. On ne vise pas d’objectif chiffré de mobilisation, l’idée, c’est d’aller jusqu’au retrait du texte », confie Nejeh Ben Farhat, le « gilet jaune » à l’initiative du rassemblement de la Bastille… tout en espérant une autre issue : « Si le gouvernement voulait bien faire les choses, il organiserait un référendum pour demander si les Français approuvent ou non le pass sanitaire, vu qu’il touche à nos libertés individuelles. Si la majorité y était favorable, ça mettrait tout le monde d’accord. »