L'appli Geev organise le don d'objets et de nourriture entre particuliers

SECONDE VIE Depuis 2017, dix millions de dons ont été réalisés via cette plateforme

Elsa Provenzano
— 
Les jouets pour enfants font partie des objets les plus donnés sur la plateforme Geev.
Les jouets pour enfants font partie des objets les plus donnés sur la plateforme Geev. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • La start-up bordelaise Geev organise le don d’objets et de nourriture entre particuliers.
  • Depuis 2017, sa plateforme a enregistré 10 millions de dons. Elle continue son développement et travaille avec la grande distribution pour sensibiliser au don lors de l’achat des produits.

Ce mixeur tout neuf qui reste au fond de votre placard, les jouets de votre enfant aujourd’hui ado, ou les vêtements que vous ne mettez plus depuis un bail et qui vous restent sur les bras. Pas le temps ou pas l’envie de les vendre ? Tous ces objets encore utilisables ont leur place sur Geev, une plateforme bordelaise qui organise le don d’objets entre particuliers. Elle fonctionne via une application entièrement gratuite, ou un petit abonnement (3,99 euros par mois sans engagement ou 24,99 euros par an) qui donne accès à des crédits et à des priorités sur certains objets. Depuis 2017, dix millions d’objets ont trouvé une seconde vie grâce à ce site de petites annonces où tout est gratuit.

« On a constaté un vide d’usage entre la vente et la déchetterie, les encombrants ou la poubelle, explique Hakim Baka, cofondateur de Geev. Instinctivement, les gens qui essaient de se débarrasser se tournent vers la vente et si elle échoue, ils tentent de donner mais seulement à des personnes de leur entourage. » Geev née de l’idée qu’il faut aller plus loin et proposer de donner les objets à un plus grand nombre de personnes en créant une « market place du don ». Le principe a d’abord été testé avec succès auprès de communautés locales sur les réseaux sociaux, pendant un an et demi environ. En 2017, les deux cofondateurs installés à Bordeaux se lancent avec le don d’objets et deux ans plus tard, ils ajoutent les denrées alimentaires, avec comme seul critère qu’elles soient encore consommables.

Donner plutôt que vendre

Quand on est pris par le temps, qu’on déménage ou qu’on vide une maison, le don a le mérite d’être plus rapide. Les motivations sont aussi différentes. « Certains préfèrent le don parce que c’est plus vertueux dans l’expérience humaine. Il n’y a pas de négociation, pas d’argent donc quand les gens se rencontrent ils ont le sourire, souligne Hakim Baka. La récompense sociale est alors pour eux plus importante que la récompense financière. »

En moyenne, 75 % des objets postés sur Geev trouvent preneurs au niveau national. Et à Paris et Bordeaux, une des villes les plus actives, on frôle les 100 %. Attention, il ne s’agit pas de se servir de Geev comme d’une filière de recyclage. « Un très vieux canapé en bon état partira mais pas un canapé récent éventré », prévient le cofondateur.

Beaucoup de femmes et des jeunes

Le profil des gens qui fréquentent le site est assez féminin et les 25-45 ans sont surreprésentés. « Les 18-25 ans donnent très peu mais récupèrent beaucoup, observe Hakim Baka. Parmi eux, il y a des étudiants qui ont peu de moyens qui veulent s’équiper et ne sont pas très regardants sur le fait que le mobilier soit dépareillé par exemple, ils privilégient la valeur d’usage. » Les jeunes mamans s’échangent beaucoup d’objets de puériculture qui changent beaucoup au fur et à mesure que les enfants grandissent. Tous les niveaux sociaux sont représentés sur Geev : on y trouve des cadres supérieurs qui adhérent à une logique antigaspillage et s’en fichent de vendre car ils ne recherchent pas un complément de revenus mais aussi des personnes en grande précarité qui récupèrent régulièrement des denrées alimentaires, par exemple.

Sur la plateforme, les vêtements, petits électroménagers, produits culturels (jeux vidéo, livres, etc.) et de puériculture sont les plus donnés. Les objets à forte valeur marchande mais encombrants ne sont pas toujours ceux qui trouvent vite preneurs. Les pianos par exemple, dont il faut organiser le transport, restent un peu plus longtemps en ligne que d’autres produits.

Proposer le don au moment de l’achat

Le site compte déjà trois millions d’utilisateurs mais le potentiel de développement est encore important si on en croit le cofondateur. « Le Bon Coin a mis quinze ans à rentrer dans les habitudes des foyers », rappelle Hakim Baka, avec ambition.

Pour développer sa notoriété, Geev s’est déjà rapproché de professionnels de la distribution (Cdiscount, Auchan) pour sensibiliser le consommateur au don au moment de l’achat. Quand on achète un objet de mobilier ou d’électroménager, l’idée est d’avoir la possibilité de donner celui qu’on remplace.

Une quinzaine de personnes travaillent déjà pour la start-up dont le siège est à Bordeaux. Elle ne compte pas s’arrêter là et pense aussi à un développement à l’international.

Le don, un bon débarras de plus en plus en vogue