Coronavirus : Les zones d’ombre de l’extension du pass sanitaire

EPIDEMIE Mesures contradictoires, complexes, impossibles à mettre en œuvre, voire absurdes… Certaines questions sur la mise en œuvre des nouvelles restrictions sanitaires restent en suspens

M.A. avec AFP

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Le pass sanitaire a été élargie, mercredi, à tous les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes.
Le pass sanitaire a été élargie, mercredi, à tous les lieux de loisirs et de culture rassemblant plus de 50 personnes. — Mourad ALLILI/SIPA
  • Face à la hausse des contaminations, notamment en raison de la propagation du variant Delta du coronavirus, le gouvernement a étendu le pass sanitaire.
  • Depuis mercredi, le pass sanitaire est obligatoire, pour les personnes de plus de 12 ans, pour entrer dans les lieux de culture et de loisirs rassemblant plus de 50 personnes.
  • Mais passer de la théorie à la pratique n’est pas si facile. Certaines mesures restent floues et posent question.

Face à la hausse des cas de contaminations de coronavirus, les nouvelles restrictions sanitaires, dont l’extension du pass sanitaire, ont été annoncées par Emmanuel Macron, la semaine dernière, et détaillées par Jean Castex, ce mercredi. Certaines dispositions restent encore floues et risquent d’engendrer des situations complexes, voire difficilement applicables.

Masques obligatoires en extérieur mais pas en intérieur, pass sanitaire sans pièce d’identité, mesures d’isolement avec pause à midi et le soir… 20 Minutes fait le point sur les zones d’ombre qui demeurent.

Contrôle du pass sanitaire, mais pas de l’identité

Depuis mercredi, le pass sanitaire a été étendu à tous les lieux de loisirs et de culture, rassemblant plus de 50 personnes. Les Français qui s’y rendent devront présenter une preuve de vaccination, un test PCR ou antigénique négatif ou de certificat de rétablissement. Dans le cas échéant, l’accès leur sera refusé. Et c’est là où la situation se corse. Les responsables des établissements devront vérifier, via l’application TousAntiCovid Verif, la validité du pass sanitaire présenté.

Un casse-tête pour ces établissements, et notamment les cinémas : « Contrôler 1.200 personnes alors que les spectateurs arrivent un quart d’heure avant et qu’il faut 20 à 25 secondes pour contrôler chaque personne ? », s’interroge Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français.

Toutefois, le Premier ministre, Jean Castex, a dispensé les exploitants de ces lieux d’effectuer des contrôles d’identité : « Les établissements recevant du public seront responsables du contrôle du pass, en revanche, tout ce qui est vérification des pièces d’identité, ce n’est pas de leur responsabilité, mais de celle des forces de sécurité », a-t-il tranché, ce mercredi au 13 Heures de TF1. « Nous sommes satisfaits de ne pas avoir à faire les contrôles » d’identité, a réagi Didier Chenet, son homologue du syndicat des indépendants de l’hôtellerie-restauration (GNI). Mais ce dispositif pourrait engendrer des abus.

Comment savoir si le pass sanitaire présenté appartient bien à celui qui le montre ? Les contrôles d’identité seront effectués par les forces de l’ordre, de manière aléatoire, aux abords de ces lieux. Un dispositif qui ne réjouit pas non plus le syndicat de police : « Ça me semble vraiment éloigné de la réalité du métier de policier », a expliqué Gregory Joron, secrétaire unité SGP Police, à nos confrères de Franceinfo. D'autant que cette nouvelle mission s'ajoute à celles qui incombent déjà aux forces de l'ordre.

Le masque obligatoire en extérieur, mais pas en intérieur

Si l’obligation de port du masque en extérieur a été levée mi-juin, certains départements l’ont réimposé, ces derniers jours. Pyrénées-Atlantique, Var, Vendée… De nombreux préfets et élus locaux ont acté son retour, même en extérieur, pour lutter contre la hausse des cas de contaminations, liée au variant Delta, plus contagieux.

Dans le même temps, le décret précisant les contours du pass sanitaire, publié le 20 juillet, précise que les personnes disposant d’un pass sanitaire pourront retirer le masque dans les lieux où le contrôle de ce pass est obligatoire. Autrement dit, au cinéma, au théâtre ou au musée, si vous présentez un certificat sanitaire à l’entrée, vous pouvez retirer votre masque en intérieur. Une mesure dramatique, expliquait Michaël Rochoy, ce mercredi, à 20 Minutes : « Avec le test PCR, il y a plus de chance d’avoir des personnes contaminées. Si on enlève son masque au cinéma, par exemple, des salles entières vont se faire contaminer sans rien comprendre, c’est une très mauvaise idée. »

Il ne s'agit pas de la seule complexité. Si cette mesure concerne le public, les salariés qui travaillent dans les lieux où le pass sanitaire est obligatoire devront, eux, garder le masque jusqu’au 30 août, même s’ils sont vaccinés ou testés négatifs. La raison ? Pour eux, le pass sanitaire ne deviendra obligatoire qu’à partir du 30 août.

Isolement obligatoire, mais pas entre 10 et 12 heures

Le projet de loi sanitaire prévoit également un durcissement des mesures d’isolement pour les personnes positives au coronavirus, qu’elles soient vaccinées ou non. Ces dernières devront s’isoler dix jours, à partir de leur test… mais pourront sortir entre 10 heures et 12 heures. Néanmoins, pas de terrasse ou de shopping pour ces personnes-là. Cette plage horaire est exclusivement réservée aux achats essentiels et aux sorties « en cas d’urgence ou pour effectuer les déplacements strictement indispensables et ne pouvant être réalisés dans cette plage horaire », précise le texte. Les forces de l’ordre (encore elles) pourront effectuer des contrôles à domicile entre 8 heures et 10 heures, et 12 heures et 23 heures.

Autre curiosité, les personnes entièrement vaccinées contre le coronavirus, désignées cas contact, ne seront pas soumises à la recommandation de s’isoler si elles sont testées négatives. Une mesure qui peut prêter à confusion, le vaccin n’empêchant pas d’attraper le virus ou de le transmettre. « Le schéma vaccinal complet ne supprime pas le risque d’être porteur ou de transmettre le virus, mais il le diminue fortement », a justifié Michaël Rochoy, estimant que le but était avant tout « d’inciter les gens à se faire vacciner et de leur montrer qu’on retrouve une vie normale dès qu’on est vacciné ».