Loi bioéthique : Avec la PMA pour toutes, les femmes tournent le dos à l’Espagne et consultent à nouveau en France

MATERNITE Avec l’adoption définitive de la loi bioéthique ouvrant la PMA à toutes les femmes en France, le centre de reproduction du CHU de Toulouse s’est organisé pour accueillir dès maintenant ces futures mères qui franchissaient avant la frontière pour en bénéficier

Béatrice Colin

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Illustration d'une femme enceinte.
Illustration d'une femme enceinte. — Pixabay
  • Le 29 juin dernier, le projet de loi bioéthique a été définitivement adopté, ouvrant la porte à la procréation médicalement assistée pour toutes les femmes.
  • Jusqu’à présent, les femmes seules ou les couples homosexuels allaient à l’étranger, aujourd’hui elles peuvent à nouveau le faire en France, comme au centre de reproduction du CHU de Toulouse qui a vu son nombre de consultation grimper.
  • En attendant les décrets d’application, une spécialiste toulousaine incite les femmes concernées à consulter dès à présent pour lancer le processus qui peut être long.

Mardi matin, dans son bureau de l’hôpital Paule-de-Viguier, à Toulouse, le docteur Françoise Lesourd a reçu deux femmes qu’elles n’auraient jamais vues il y a encore un mois. Toutes deux ont des désirs d’enfants, l’une seule, l’autre avec sa compagne. « Le couple d’homosexuelles était en cours de prise en charge en Espagne pour leur deuxième enfant. Elles ont déjà eu un bébé en Espagne par insémination avec donneur en 2018. Ayant pris connaissance de la loi, elles souhaitent continuer leur parcours en France. Elles sont contentes », raconte ce médecin responsable du groupe d’activités de médecine de la reproduction du CHU de Toulouse.

Depuis l’adoption définitive de la loi de bioéthique le 29 juin dernier, et sa mesure phare de la PMA pour toutes, son service a ainsi vu le nombre de rendez-vous se démultiplier. Une montée en puissance à laquelle ce centre de référence se prépare depuis plusieurs mois.

Attente des décrets d’application

« Avant on ne les voyait pas du tout puisque c’était illégal en France. Elles partaient à l’étranger et nous n’étions même pas au courant. Cela faisait un moment que nous savions que ça allait arriver, nous sommes prêts à les prendre en charge. Maintenant on attend les décrets d’application pour savoir dans quelles conditions », poursuit Françoise Lesourd dont le service réalise chaque année 600 inséminations.

Un sésame qui pourrait arriver rapidement selon la rapporteure de la loi de bioéthique, Coralie Dubost, qui a indiqué le 3 juillet que les premières PMA pourraient intervenir dès la rentrée.

Comme à Toulouse, les centres spécialisés pourraient donc au cours des prochaines voir affluer de nombreuses femmes. Selon une enquête réalisée par La Croix début 2020, au moins 2.400 Françaises partaient chaque année en Espagne ou en Belgique pour y avoir recours. Devant débourser parfois plus de 10.000 euros pour voir aboutir leur projet.

Un parcours très organisé s’était ainsi mis en place depuis plusieurs années, permettant assez facilement à des Toulousaines par exemple d’avoir recours à une insémination artificielle en Catalogne. Mais la prise en charge désormais de l’assistance médicale à la procréation pour toutes les femmes va changer la donne, la question du financement ayant parfois été un frein à ce projet de vie.

En manque de donneurs ?

En attendant les décrets, les consultations ont lieu au CHU de Toulouse et les futures parturientes sont invitées à réaliser leurs bilans pour être prêtes dès que le feu vert sera donné. Car le processus peut encore s’avérer long et il peut être impacté par un autre aspect de la loi, celui de l’accès désormais possible aux origines du donneur de spermatozoïdes, ce qui équivaut à la levée de l’anonymat.

« Forcément, nous sommes obligés d’avoir des donneurs qui acceptent, du coup on ne va pouvoir utiliser la totalité de notre stock de paillettes parce qu’il faut désormais leur accord. Il y en a qui sont favorables à la levée de l’anonymat, d’autres pas. Nous sommes en train de les recontacter, on espère que l’on ne va pas tous les perdre », précise la spécialiste.

Un écueil alors que les donneurs ne sont déjà pas légion, à peine une vingtaine sur Toulouse. Et au-delà de la question de l’anonymat, il faudra aussi lever les réticences de certains d’entre eux à faire un don pour un couple homosexuel. « Mais à partir du moment où il donne, il donne pour tout le monde. S’il ne veut pas donner pour une certaine population, on ne peut pas l’accepter. Je pense que la population de donneurs va se renouveler, le profil va changer. Peut-être que des homosexuels vont venir, motivés à donner du sperme par des couples de femme », présume Françoise Lesourd, qui espère que le Covid-19 ne viendra pas à nouveau enrayer le processus.