PPDA : Une nouvelle femme, mineure au moment des faits présumés, affirme avoir été violée par Patrick Poivre d’Arvor

INFO « 20 MINUTES » En 1988, une jeune femme, qui avait alors 16 ans, a croisé la route de l’ex star du JT de TF1 Patrick Poivre d’Arvor et raconte avoir été contrainte à un rapport sexuel  

Aude Lorriaux
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Caroline* (son prénom a été changé) et PPDA, le jour de leur rencontre, en juin 1988.
Caroline* (son prénom a été changé) et PPDA, le jour de leur rencontre, en juin 1988. — 20 Minutes
  • L’enquête pour viols visant Patrick Poivre d’Arvor, alias PPDA, a été classée sans suite fin juin, après quatre mois d’investigation, huit plaintes et les témoignages de 23 femmes.
  • 20 Minutes a recueilli le témoignage d’une femme mineure pendant les faits, qui raconte avoir été forcée par Patrick Poivre d’Arvor à un rapport sexuel, quand elle avait 16 ans.
  • Ce témoignage est notamment étayé par une dédicace et une photo datant du jour des faits présumés, montrant la star de TF1 et la victime déclarée côte à côte.

C’est un nouveau témoignage, solide et documenté, qui pourrait relancer l’affaire PPDA. Car la victime déclarée ici était mineure au moment des faits présumés, et il s’agit de faits pouvant être qualifiés de viol, même si l’affaire paraît prescrite*. Caroline** a aujourd’hui 49 ans, elle n’a croisé la route de la star de TF1 qu’une seule fois, en 1988, à l’âge de 16 ans. Et cette unique rencontre l’a marquée à vie, dans sa chair.

A cette époque, elle est déjà passionnée de théâtre et d’écriture. Débrouillarde pour son âge, elle a pris l’habitude pour ses exposés de contacter des comédiens et comédiennes. Elle veut parler à Francis Huster, et se dit que le présentateur TV doit le connaître. Elle écrit donc à PPDA, qui lui répond, et qui lui propose plus tard par téléphone, après avoir enchaîné des questions « de plus en plus intimes » selon son témoignage, de l’inviter à son émission de télévision A la folie.

« J’essaye un peu de le repousser, mais je suis tétanisée »

À cet âge-là, Caroline est complètement novice en matière sexuelle. Elle a embrassé deux garçons dans sa vie, c’est tout. Elle est donc embarrassée par les questions inappropriées de la star (« Vous aimeriez faire l’amour avec Francis Huster ? ») auxquelles elle répond en disant qu’elle n’a jamais eu de relations sexuelles, mais curieuse aussi de se rendre à une émission de télévision. Elle habite un petit village de la Beauce, et les ors de la capitale et de la télévision l’attirent. Elle part donc le 19 juin, en train, avec l’autorisation de ses parents, et accompagnée de deux camarades de lycée, pour Paris. L’émission est en milieu d’après-midi, en direct, à la société française de production des Buttes-Chaumont. Mylène Farmer, Omar Sharif et Arielle Dombasle sont les invités. A la fin de l’émission, le présentateur signe des dédicaces, puis l’invite à la suivre dans les loges. Une photo atteste de cette rencontre, où l’on voit la star de TV de 41 ans et la jeune fille en sweat-shirt saumon, côte à côte. Un autographe aussi, « Pour ***, en hommage amical », avec la date du jour.

La dédicace de PPDA à Caroline*, datée du jour des faits rapportés, le 19 juin 1988.
La dédicace de PPDA à Caroline*, datée du jour des faits rapportés, le 19 juin 1988. - 20 Minutes

Caroline attend dans le couloir, tandis qu’une partie de l’équipe s’affaire. Les gens sortent des loges, elle reste seule avant que le présentateur ne l’invite à entrer. Elle raconte : « Il me fait entrer, et il ferme la porte à clef. Il ne me saute pas dessus tout de suite. Il me pose quelques questions. Il devient pressant. Il se rapproche. Il tente de m’embrasser à plusieurs reprises. J’essaye un peu de le repousser, mais je suis tétanisée. J’ai des images qui me reviennent. Je me revois par terre. Je le vois devant moi. Un détail qui en dit long : il savait que j’étais vierge. Quand il m’a pénétrée, l’hymen n’était plus là. Il me dit : "ah mais vous n’êtes plus vierge", d’un air déçu. » A plusieurs reprises dans ses livres, PPDA a indiqué son goût pour les femmes vierges. « J’aime les terrains vierges, j’aime les pénétrer car je me crois immunisé contre l’impureté », écrit-il par exemple dans Les femmes de ma vie.

Après cela, l’adolescente raconte s’être retrouvée seule dans les couloirs de la société de production. PPDA ne la raccompagne pas, ne l’oriente pas. Caroline ère dans les couloirs, cherchant hagarde la sortie, qu’elle finit par trouver. Ses deux amis de lycée sont là. Ce petit monde repart dans la Beauce, et Caroline reste longtemps avec ce lourd secret. Elle en parle à quelques copines, mais sans mentionner ce qu’elle a réellement vécu. En le racontant « comme sa première fois ». Ses copines ne la croient pas, alors un viol ? Sa scolarité s’effondre, elle doit passer trois fois le bac, raconte-t-elle.

« Un satyre à TF1 »

Caroline a honte, elle n’arrive pas à en parler à ses parents, alors elle trouve un stratagème. Ses parents lisent le journal Minute - qui a eu à une époque toute une équipe de journalistes d'investigation - et l'ado se dit que si elle raconte son histoire à un journaliste de l'hebdomadaire, il y a une chance pour que ses parents tombent sur l’article. Alors elle raconte à Jean Roberto ce qui lui est arrivé, et le journaliste en fait un papier, anonymisé, nommé Un satyre à TF1, et publie la lettre que lui a adressée l’adolescente, en février 1989. Caroline y racontait déjà :

Il me fait des propositions de plus en plus pressantes. Il me touche, il m’embrasse. Crier ? Qui m’entendrait ? Je repousse ses avances jusqu’au moment où… Viol ? Le mot est trop fort et souvent mal employé. Détournement de mineure ? Certainement, complètement, absolument… (…) Porter plainte ? Je crains les jugements et les réactions des autres ? Et puis, qui me croirait ? Que me reste-t-il ? La dépression nerveuse. »

Nous avons retrouvé ce journaliste, qui a confirmé à 20 Minutes toute l’histoire, et qu’il s’agissait bien de PPDA.

L'article du journal «Minute», qui relate en 1989, quelques mois après, les faits rapportés par Caroline*.
L'article du journal «Minute», qui relate en 1989, quelques mois après, les faits rapportés par Caroline*. - 20 Minutes

Manque de confiance en soi, rapports sexuels compliqués

Ses parents apprendront plus tard l’existence de cet article via la fille de l’un de leurs amis, à qui Caroline s’était confiée. Leur réaction : l’accabler de reproches. « Tu aurais pu nous faire vendre la maison »; lui dit sa mère. Ce traumatisme, doublé d’une absence de reconnaissance, laissera à Caroline de graves cicatrices : relations amoureuses compliquées et rapports sexuels douloureux, manque de confiance en soi. Ce que confirme son amie Jessica, qui fut sa collègue pendant sept ans, à qui Caroline s’est confiée : « J’ai vu sa carapace et ce désamour de soi, et la manière dont elle respecte son corps : c’était une jeune fille qui n’avait pas de problème de poids, et aujourd’hui elle a ce problème-là de surpoids, de négligence d’elle-même, par rapport à ses dents, à plein de choses. »

Caroline s’est confiée à Jessica en janvier. Son amie se souvient de ce jour où « Caroline était dans un état tout à fait inhabituel », après une discussion sur la plainte du neveu de Gérard Louvin contre son oncle. « Il y a quelqu’un d’autre, ce serait bien que ça sorte aussi », lui dit-elle, avant de tout lâcher. « J’avais l’impression qu’elle avait survécu en se racontant l’histoire d’une manière vivable, et j’ai senti qu’elle en prenait conscience en me le racontant. J’ai senti que c’était comme une levée de l’interdit posé à cet âge », raconte Jessica. Aujourd’hui, l’interdit a sauté, même si Caroline n’est pas encore prête à porter plainte.

Une enquête pour viols visant Patrick Poivre d’Arvor a été classée sans suite fin juin, après quatre mois d’investigation, huit plaintes et les témoignages de 23 femmes. Plusieurs femmes avaient par ailleurs décrit en février à 20 Minutes et sur les réseaux sociaux avoir subi des invitations insistantes, voire des faits relevant de harcèlement sexuel, de sa part. L’intéressé, lui, a toujours nié ces allégations.

Contactée par 20 Minutes, l’avocate de l’ancienne star du JT de TF1, Jacqueline Laffont, n’a pas souhaité prendre connaissance de ce témoignage, mais nous a écrit ceci : « Je crois que plus personne ne peut ignorer la position constante de Patrick Poivre d’Arvor à l’égard des accusations portées contre lui, ni l’issue judiciaire de la procédure engagée à son encontre. Je n’ai donc rien à ajouter à cela, a fortiori dans la mesure où j’ai malheureusement constaté dans cette affaire le peu de cas réservé par vos confrères tant aux quelques réponses que nous leur avions apportées qu’aux éléments de preuve que nous avions produits et que nous continuerons à produire. »

*Le délai de prescription pour un viol sur mineur est de 30 ans à compter de la majorité de la victime, sauf si la victime déclarée peut faire valoir une cause de suspension de ce délai

**Le prénom a été modifié à sa demande

20 secondes de contexte

Lorsqu’il s’agit d’accusations graves, la rédaction de 20 Minutes, qui vérifie les faits qui sont portés à sa connaissance, publie le plus souvent ces accusations quand elles sont soutenues par des plaintes, qui engagent leurs auteurs et autrices devant la justice. Cette fois-ci, la rédaction a toutefois choisi de publier le témoignage de Caroline même si celle-ci ne souhaite pas porter plainte, à la suite d'une enquête approfondie ayant permis d'étayer ses propos. 

S’agissant des violences sexuelles, la très grande majorité des victimes déclarées ne portent pas plainte (moins d’1 victime sur 5 déclare avoir déposé plainte, selon l’enquête « Cadre de vie et sécurité » 2012-2019 de l’INSEE- ONDRPSS MSI).