Les soignants non vaccinés sont-ils contraints de porter une blouse de couleur différente ? Retour sur une rumeur

FAKE OFF Très relayée sur les réseaux sociaux, une rumeur affirme que certains hôpitaux différencient les soignants vaccinés contre le Covid-19 de ceux qui n'ont pas encore reçu d'injection grâce à des blouses de couleur différente

Alexis Orsini

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Une infirmière au CHU de Purpan (Haute-Garonne), en novembre 2020. (illustration)
Une infirmière au CHU de Purpan (Haute-Garonne), en novembre 2020. (illustration) — FRED SCHEIBER/SIPA
  • Alors que la vaccination contre le Covid-19 deviendra obligatoire pour le personnel hospitalier à compter du 15 septembre, certains internautes s'alarment d'une dérive prétendument observée dans certains établissements.
  • « Dans des hôpitaux publics, les soignants doivent porter des tuniques de différentes couleurs pour repérer les VACCINÉS et NON VACCINÉS!! On va où là?? », affirme ainsi une publication Facebook virale.
  • Contacté par 20 Minutes, le syndicat Coordination nationale infirmière (CNI) indique n'avoir eu « aucune remontée de terrain en ce sens ». 

L’entrée en vigueur annoncée de la vaccination obligatoire contre le Covid-19 pour le personnel soignant des hôpitaux et établissements de santé entraîne-t-elle déjà des changements surprenants ?

Si celle-ci ne sera effective qu’à compter du 15 septembre 2021, certains établissements de santé auraient déjà commencé à opérer une distinction au sein de leurs effectifs, si l’on en croit une rumeur virale sur les réseaux sociaux.

« Dans des hôpitaux publics, les soignants doivent porter des tuniques de différentes couleurs pour repérer les VACCINÉS et NON VACCINÉS !! On va où là ?? », s’alarme ainsi un internaute sur Facebook.

Sa source ? Les propos tenus, lors d’une visiconférence Zoom rassemblant de nombreuses figures critiques de l’efficacité des vaccins anti-Covid-19 et des mesures sanitaires, par une infirmière libérale, une certaine Isabelle D.

« J’ai eu des témoignages. Des soignants, dans certains services, sont obligés de porter des couleurs différentes pour [distinguer] les vaccinés des non vaccinés. On a des témoignages de discriminations qui sont épouvantables, il y a des pressions et des menaces épouvantables », affirme, dans l’extrait vidéo en question, celle qui espère rassembler les soignants opposés à la vaccination obligatoire.

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes afin de connaître le nom des hôpitaux prétendument concernés, Isabelle D. n’avait pas donné suite à nos sollicitations avant la parution de l’article.

Céline Durosay, secrétaire nationale du syndicat Coordination nationale infirmière (CNI), indique pour sa part n’avoir eu « aucune remontée de terrain en ce sens ». « Je ne connais évidemment pas la situation dans chaque établissement hospitalier de France mais, outre le fait que le personnel ne le tolérerait pas, je ne vois même pas comment ce serait possible d’un point de vue pratique, en matière de lingerie comme de dispensation des tenues », ajoute-t-elle. Tout en précisant : « En revanche, qu’il y ait certains établissements où les agents se sentent sous pression de se faire vacciner, ça, c’est vrai, de même qu’une certaine stigmatisation » des personnels qui n’ont pas encore reçu d’injection contre le coronavirus.

« Mais ce que je continue à observer, majoritairement, ce ne sont pas des refus de vaccination : la proportion de soignants qui refusent le vaccin est minime. La plupart attendent que [la loi] sorte pour savoir quelles sont les contre-indications à la vaccination car beaucoup ont des problèmes de santé et ne veulent pas prendre de risques. Les hôpitaux aussi attendent les textes de loi avant d’imposer quoi que ce soit, ils n’ont aucun intérêt à prendre des mesures aujourd’hui », conclut Céline Durosay.

Des couleurs variables selon les hôpitaux

Blanches, vertes, bleues… Le personnel soignant porte depuis longtemps des blouses de couleur différente selon les établissements, dont la Mutuelle nationale des hospitaliers et des professionnels de la santé et du social (MNH) a récemment  entrepris d'en retracer l'origine.

« Quand l’administration hospitalière se structure au XIXe siècle, c’est encore le noir qui domine […]. Couleur d’ordre et d’honorabilité, le noir est le signe d’une haute tenue morale […]. En 1834, l’Assistance publique exigea que les soignants et les malades portent une stricte tenue réglementaire pour affirmer son autorité et la dignité de ses missions. La blouse devint alors incontournable », expliquait ainsi la MNH sur son site en août 2020.

Si le blanc reste la référence initiale, une diversification est observée dans les années 1970 : « Un code couleur finit par s’imposer pour différencier les professionnels et les services. Le blanc ? Pour les médecins et les infirmières. Le rose ? Plutôt les sages-femmes et la petite enfance. Au bloc, les chirurgiens s’habillent en bleu ou en vert. Sous les lumières du bloc opératoire, les deux couleurs sont moins réfléchissantes. »

Et la MNH de conclure : « Aujourd’hui, les couleurs peuvent varier d’un hôpital à l’autre. Mais un corpus de règles d’hygiène, d’ergonomie et de confort encadrent les pratiques. La tenue de travail recommandée est composée d’une tunique, d’un pantalon et de chaussures silencieuses, antidérapantes et lavables. »