Pass sanitaire : Les Français de l’étranger redoutent un été de « galère » avec l’extension du dispositif

VOUS TEMOIGNEZ Au cours de l’été, le pass sanitaire deviendra progressivement obligatoire pour accéder aux théâtres, musées, cinémas puis restaurants, bars et cafés

Propos recueillis par Hélène Sergent
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De nombreux Français de l'étranger ont prévu de rentrer en France à l'occasion des vacances d'été.
De nombreux Français de l'étranger ont prévu de rentrer en France à l'occasion des vacances d'été. — Ian LANGSDON / POOL / AFP
  • Dans son allocution télévisée, Emmanuel Macron a annoncé lundi 12 juillet l’extension du pass sanitaire en France pour accéder à de nombreux lieux de loisirs, de culture et de la vie quotidienne et ce dès la semaine prochaine.
  • Cette mesure, qui doit passer par le vote d’une loi au Parlement, inquiète de nombreux Français installés à l’étranger car, pour l’heure, les certificats de vaccination réalisés dans un autre pays que ceux de l’Union Européenne ne sont pas reconnus par le pass sanitaire.
  • Une autre problématique se pose pour les Français incités à se faire vacciner par leur ambassade mais qui ont reçu des vaccins qui ne sont pas reconnus par la France et ses voisins européens.

L’été va-t-il virer à la galère pour les Français de l’étranger ? Séparés de leurs familles depuis de long mois et parfois depuis le début de l’épidémie de Covid-19 en février 2020, de nombreux concitoyens expatriés ont prévu de retrouver leurs proches pendant la pause estivale. Des retrouvailles salutaires qui pourraient se transformer en casse-tête depuis l’annonce, le 12 juillet, de l’extension du pass sanitaire en France.

À partir de la semaine prochaine, ce dispositif attestant d’un test PCR négatif, d’une contamination au Covid-19 de moins de six mois ou d’une vaccination complète sera obligatoire pour accéder aux « lieux de loisirs et de culture » rassemblant plus de 50 personnes, et à partir de 12 ans. Début août il sera étendu aux cafés, restaurants, centres commerciaux, ainsi qu’aux avions, trains ou cars effectuant de longs trajets. Une mesure choc pour inciter les Français à la vaccination mais qui n’a pas pris en compte certains paramètres du quotidien de ces « expat' ».

Des vaccins reconnus mais incompatibles avec le pass

Première difficulté et pas des moindres, le pass sanitaire à la française ne reconnaît pas, pour l’heure, les certificats de vaccination réalisés dans un pays non-membre de l’Union européenne. Guillaume, 36 ans, est installé au Québec avec sa conjointe et son enfant de 3 ans. « Nous avons prévu de venir en France mi-août voir notre famille que nous n’avons pas vue depuis près de 2 ans. Nous sommes tous les deux doublement vaccinés et avons reçu un QR code assez similaire au pass européen à la suite d’un vaccin Pfizer », raconte-t-il. Problème, l’ambassade lui a expliqué que ce QR Code canadien n’était pas accepté comme preuve valable pour obtenir le précieux sésame, et ce, alors que le vaccin délivré est officiellement autorisé par la France et l’Union européenne.

En effet, sur l’application gouvernementale TousAntiCovid qui permet de stocker son certificat de vaccination ou de dépistage, il est précisé que « les vaccinations réalisées à l’étranger avec un vaccin autorisé en France ne sont pas renseignées dans le téléservice de l’Assurance maladie et ne pourront donner lieu à un certificat français. »

Comme Guillaume, Hugues, 29 ans a reçu ses deux injections de Pfizer en mai et juin en Australie. « Mais je n’ai aucun moyen d’être éligible au pass sanitaire. À partir du mois août, je n’aurai donc pas d’autre choix que de faire des tests PCR dès que je veux aller dans un bar, cinéma, restaurant ou si je veux rendre visite à mes parents qui n’habitent pas dans la même région que moi », regrette-t-il. Une « aberration » dénoncée par Carla, résidente au Québec : « Je pensais être sortie des galères après mes deux injections […] mais finalement, je ne sais toujours pas si je vais pouvoir profiter de l’été si je rentre. »

Alertés à ce sujet, plusieurs ministres ont d’ores et déjà réagi ce mardi. Sur Twitter, le secrétaire d’Etat au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne a assuré que « les Français de l’étranger ayant reçu un vaccin homologué ou équivalent doivent pouvoir bénéficier du pass sanitaire ». Face aux députés, le ministre de la Santé a lui indiqué que d’ici « à la promulgation de la loi, nous aurons solutionné ce problème et l’ensemble des Français de l’étranger […] ayant un schéma vaccinal complet auront une équivalence et pourront circuler comme les autres citoyens sur le territoire national ».


Vaccins non reconnus ou indisponibles

Mais certains expatriés se retrouvent dans des situations plus complexes encore. Installée en Jordanie avec son mari, Sabine a reçu un courrier de son ambassade l’incitant à se faire vacciner sur place. Si son conjoint a reçu un vaccin homologué en France, elle a bénéficié d’une dose du vaccin chinois, le Sinopharm. « Cet été nous devons repartir en France et mon vaccin n’est pas reconnu par l’Europe. J’ai écrit au Premier ministre pour lui faire part de cet état de fait et je n’ai jamais reçu de réponse. Comment peut-on demander à ses ressortissants de suivre une procédure et par la suite ne pas la reconnaître ? ! », s’exaspère-t-elle.

Ahmed, 54 ans, Français résidant au Maroc se dit « perdu ». Comme Sabine il a été vacciné avec Sinopharm. « Je n’ai pas eu d’autre choix. J’ai pris contact avec le consulat de France pour savoir ce que cela impliquait mais mon interlocutrice n’a pas su me répondre. » Ce père de famille, qui doit absolument rentrer en France cet été appréhende : « Je ne sais pas quoi faire ni comment faire. J’ai échangé en visio avec un médecin pour lui demander s’il fallait et si je pouvais me refaire vacciner avec un autre vaccin mais il me l’a déconseillé », écrit-il à 20 Minutes.

Le « flou » persistant sur la mise en place concrète du pass sanitaire étendu transforme pour d’autres le quotidien en « impossible quadrature du cercle ». À 51 ans, Elizabeth travaille et habite au Japon. « La fenêtre nous permettant de revenir en France pour retrouver parents et famille était très étroite », raconte-t-elle. Après des mois d’attente, cette expatriée a finalement reçu une première dose de vaccin mais son enfant, lui n’a pas pu l’être et leur retour est prévu pour le début du mois d’août. Or en France, les contraintes liées au pass sanitaire s’appliqueront aussi dès 12 ans.

Jennifer se retrouve dans la même situation. Cette maman installée au Sénégal n’a pas pu faire vacciner son fils de 12 ans sur place. « On sera en France en août et on ne sait pas ce que nous allons pouvoir faire avec lui », s’inquiète-t-elle. Cette décision d’étendre le pass sanitaire, « sans avoir anticipé » les cas des Français de l’étranger rend Sabine « furieuse » : « Ça complique davantage les choses pour nous alors que le contexte est déjà éprouvant émotionnellement. C’est vraiment faire peu de cas des ressortissants à l’étranger. »