Cyberharcèlement : Prise pour cible après la diffusion d’une vidéo filmée à son insu, Julia veut « rebondir »

INFO « 20 MINUTES » Filmée à son insu le soir de la fête de la musique sur les Champs-Elysées, Julia témoigne pour « 20 Minutes » des nombreux commentaires hostiles qu’elle a reçus. Une enquête pour viol a été ouverte à la suite de la diffusion des images sur les réseaux sociaux

Mathilde Cousin
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Des policiers en patrouille à Paris, le 31 octobre 2020.
Des policiers en patrouille à Paris, le 31 octobre 2020. — Lewis Joly/AP/SIPA
  • Julia a été filmée à son insu le 21 juin sur les Champs-Elysées. On la voit brièvement sur les genoux d’un homme. Comme l'avait révélé 20 Minutes, le parquet de Paris a ouvert une enquête pour viol le 25 juin.
  • La jeune femme, qui n’a pas de souvenirs de ces faits, s’est « effondrée » en découvrant la vidéo et les réactions qu’elle suscite.
  • Elle veut aujourd’hui « rebondir » et aider d’autres femmes.

Le trou noir. Quand elle se réveille, le 22 juin, Julia*, 21 ans, n’a plus de souvenir de sa soirée de la veille. Son téléphone, lui, déborde de notifications. Une vidéo, filmée à son insu, est diffusée et partagée en cascade sur les réseaux sociaux.

On y voit Julia, la veille, le soir de la fête de la musique, sur les Champs-Elysées. Elle est sur les genoux d’un homme pendant quelques secondes, jusqu’à ce qu’une amie vienne la sortir de là, alors qu’une foule les entoure.

Rapidement, des internautes signalent la vidéo et parlent d’un viol. D’autres, nombreux, relaient les images et accablent Julia. Son petit ami la quitte. Après la découverte de ces messages, la jeune femme est hospitalisée : « Je me suis réveillée le lendemain de la fête de la musique en ne me souvenant de rien. Beaucoup de gens m’ont appelée en me disant, "Fais attention, on t’a pris en vidéo, il y a des gens qui te touchent de partout". Je me suis effondrée. »

« Ça peut arriver à n’importe qui »

Des internautes ont multiplié les commentaires hostiles envers la jeune femme : « J’ai eu beaucoup de messages de gens qui me disaient "Tiens bon" mais, sur Twitter, ils se sont acharnés. » Certains l’accusent de vouloir « faire le buzz », d’autres nient l’agression ou lui reprochent sa tenue ou un manque de pudeur. Le tout agrémenté, le plus souvent, d’insultes.

Julia s’interroge : « Pourquoi y a-t-il des gens qui s’acharnent, qui insultent, au lieu de se soutenir ? Je ne comprends même pas que certaines filles en rigolent alors que ça peut arriver à n’importe qui. C’est vraiment le message que je veux faire passer. »

Un homme a même publié une vidéo sur un site alors que Julia « ne le connaî [t] pas. Il n’était même pas là au moment des faits. Je me dis que tout le monde fait des vidéos sur moi, alors que c’est moi qui suis concernée. »

« On ne touche pas à une femme »

Ce 21 juin, Julia devait aller « dans une soirée dans un hôtel, à Neuilly, mais elle n’a pas pu avoir lieu à cause du Covid. » La jeune femme commence à boire, avec deux amies, mais elle « se sentait bien ». Elles arrivent ensuite sur les Champs-Elysées.

Là, elle accepte des verres d’inconnus. A-t-elle été droguée ? Pour Julia, le trou noir et son comportement sur la vidéo laissent peu de doutes sur ce point. La jeune femme a fait des analyses toxicologiques mais ne dispose pas encore des résultats. « Droguée ou pas, on ne touche pas à une femme ! », martèle-t-elle. « Je n’étais pas dans mon état normal, en fait on aurait dû me dire "Va dormir, repose-toi". »

Le parquet de Paris a ouvert une enquête le 25 juin pour viol. La jeune femme envisage également de porter plainte contre la ou les personnes qui l’ont filmée et ceux qui ont relayé les images.

Aujourd’hui, Julia veut « rebondir » et aider d’autres femmes. « Il y a encore des commentaires horribles sur Twitter qui me font mal, mais j’ai un traitement, je vais voir une psychologue, je me sens un petit mieux. Ça m’a donné l’idée d’aider les femmes qui sont victimes de ce que j’ai vécu. »

* Le prénom a été modifié.