Attentats du 13-Novembre : A la veille du procès, où en est la menace terroriste islamiste en France ?

PROCES Même si Daesh a perdu les territoires qu’il contrôlait en Irak et en Syrie, la menace terroriste reste très élevée en France

Thibaut Chevillard
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Des militaires sur les Champs-Elysées le 16 novembre 2015
Des militaires sur les Champs-Elysées le 16 novembre 2015 — Peter Dejong/AP/SIPA
  • Le procès des attaques terroristes du 13 novembre 2015 s'ouvre pour neuf mois, mercredi 8 septembre 2021, devant la cour d'assises spéciale de Paris.
  • Six ans après ces attentats, les acteurs de l’antiterrorisme jugent de moins en moins probable l’hypothèse d’une attaque commise par un commando convoyé depuis la Syrie ou l’Irak pour frapper la France.
  • Si la menace reste élevée, elle a pris une nouvelle forme, plus autonome vis-à-vis des organisations terroristes et portée par des auteurs aux profils plus complexes.

A la fin de l’été 2015, des combattants djihadistes expérimentés quittent la Syrie et empruntent la route des Balkans en se faisant passer pour des réfugiés. Arrivés en Hongrie ou en Allemagne, ils sont pris en charge par Salah Abdeslam qui les conduit en Belgique, où ils se cachent dans planques louées par les frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, Mohamed Bakkali et Najim Laachraoui. Quelques semaines plus tard, le 13 novembre, le commando sème la mort dans les rues de Paris et de Saint-Denis au nom de Daesh. Avec le déclin du groupe terroriste, ce que les spécialistes qualifient de « menace projetée » a aujourd’hui « considérablement diminué », explique une source sécuritaire, précisant toutefois qu’il serait « irresponsable » de considérer qu’elle n’existe plus.

De manière générale, la menace terroriste islamiste reste élevée, comme l’ont rappelé les derniers attentats survenus sur le territoire ces derniers mois : six en 2020, un en 2021. Mais ces attaques n’ont pas été conçues et élaborées depuis la zone irako-syrienne, comme cela avait été le cas entre 2014 et 2016. Certes, Daesh « ne fait plus rêver le jeune public » et sa propagande a diminué ces derniers temps, note une source bien informée. Mais le nombre de personnes radicalisées suivies par les services de renseignement reste très important, même s’il baisse depuis quatre ans : 7.768 individus étaient, fin juin, inscrits au FSPRT, contre environ 10.000 en 2017. Par ailleurs, 467 détenus condamnés pour terrorisme se trouvaient, en juin dernier, toujours derrière les barreaux, et 703 prisonniers étaient suivis pour radicalisation.

En 2020, 120 détenus ont été libérés et sont désormais suivis par la DGSI (Direction générale de la sécurité intérieure). Cette année, au moins 59 autres sortiront de prison. « Certains détenus, frustrés de ne pas avoir pu commettre leur acte, peuvent nourrir un sentiment de revanche », alerte une source proche du dossier.

Des profils très différents

Avec le temps, la menace terroriste a pris différentes formes. Les spécialistes en observent deux qui restent soutenues : les attaques « incitées » par des contacts se trouvant toujours dans les anciens territoires contrôlés par Daesh, et les attaques « inspirées », commises des individus qui prêtent une forme d’allégeance à un groupe terroriste.

Les auteurs des derniers attentats survenus en France avaient d’ailleurs des profils très différents. Les motivations de l’assaillant de la rue Nicolas Appert – devant les anciens locaux de Charlie-Hebdo – étaient religieuses, tandis que celle du terroriste de Colombes étaient davantage politiques, ce dernier reprochant à la France d’être proche d’Israël. L’homme qui a poignardé une policière à Rambouillet était dépressif, le réfugié soudanais qui a tué deux personnes à Roman-sur-Isère souffrait de problèmes psychologiques.

La détection de ces individus, qui étaient passés sous les radars des services de renseignement, est rendue difficile par leur isolement et le fait qu’ils limitent leurs échanges. Souvent instables, ils peuvent basculer en seulement quelques heures. « Ce sont des individus plus isolés, plus autonomes, sans lien avec les organisations terroristes mais qui, sous l’effet de la propagande, décident de passer à l’acte », avait résumé le directeur de la DGSI, Nicolas Lerner, lors d’un point presse.

Leur haine est exacerbée par des discours prosélytes qui, particulièrement depuis trois ans, désignent la France comme un ennemi de l’islam, et par les vidéos de propagande des groupes terroristes qui continuent malgré tout de circuler sur Internet. « C’est la rencontre d’une atmosphère d’hostilité envers l’Etat et des profils d’individus perméables et réceptifs à ce type de discours », analyse une source proche des services de renseignement.

Une voiture, un couteau… Le mode opératoire est souvent très simple et ne nécessite pas l’achat, sur le marché noir, d’armes de guerre. Ce qui rend compliqué leur détection.

« Le risque d’exfiltration n’est pas neutre »

Même si le risque est moindre, les services de renseignement n’excluent pas que des terroristes puissent être à nouveau projetés en France pour commettre une attaque. Bien qu’environ 400 ressortissants soient considérés comme morts dans la zone irako-syrienne et que 300 autres se soient volatilisés sans laisser de traces, il reste sur place des groupes terroristes qui résistent et n’ont pas renoncé à frapper l’Occident. Parmi eux se trouve un contingent de Français qui ont fait le choix de ne pas se rendre, estiment les services de renseignement.

Dans les camps, se trouvent aussi 200 adultes et 300 mineurs. « Le risque d’exfiltration n’est pas neutre », confie un homme du renseignement. Enfin, les services français sont attentifs à la tournure que prennent les événements dans d’autres zones de conflit, notamment l'Afghanistan avec le retour au pouvoir des talibans, ou encore la zone sahélienne.