Coronavirus en Ile-de-France : La 4e vague a-t-elle déjà commencé ?

VARIANT DELTA Le taux d’incidence du Covid-19 remonte en Ile-de-France, il est même passé au-dessus de 60 cas pour 100.000 habitants à Paris. La baisse se poursuit à l’hôpital, mais jusqu’à quand ?

Caroline Politi
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Quelle forme prendra la 4e vague de l'épidémie?
Quelle forme prendra la 4e vague de l'épidémie? — ISA HARSIN/SIPA
  • En Ile-de-France, le taux d’incidence est reparti à la hausse, bondissant en une semaine de 62 %.
  • Le variant Delta, plus contagieux est déjà majoritaire à Paris et pourrait l’être très prochainement dans toute la région.
  • Comme en Grande-Bretagne ou en Israël, assistera-t-on à une décorrélation des courbes épidémique et hospitalière, portée par la vaccination ?

La vie « normale » reprendra-t-elle un jour ? Une vie dans laquelle le Covid-19 ne fera pas tous les jours les Une des journaux, dans laquelle on ne s’inquiétera pas du taux d’incidence et du nombre de lits de réanimation ? Probablement, mais en tout cas pas cet été. Depuis quelques semaines, la crainte d’un rebond épidémique portée par le variant Delta, autrefois surnommé « le variant indien », grandit. En Ile-de-France, le taux d’incidence, c’est-à-dire le nombre de cas par semaine pour 100.000 habitants, est désormais supérieur à 44. A Paris, il atteint même les 70.

Certes, ces chiffres sont bien loin de ceux enregistrés dans la région au printemps – 610 à la fin mars – mais ils augmentent à vitesse grand V depuis le début du mois. L’incidence en Ile-de-France a augmenté de 61,8 % au cours des sept derniers jours. A Paris, elle a même doublé. Et tous les chiffres tendent vers le même constat : le taux de positivité des tests est désormais de 1 % et le R0, c’est-à-dire, le nombre de personnes que va contaminer un porteur du virus, est repassé au-dessus du seuil de 1 (1,2 actuellement), ce qui signifie que l’épidémie gagne du terrain après deux mois à régresser.

Le variant Delta, un « accélérateur » de la reprise

« Les vagues sont liées à notre façon de vivre, explique Michèle Legeas, enseignante à l’Ecole des hautes études en santé publique, spécialiste de l’analyse et de la gestion des situations à risques sanitaires. Dès qu’on constate un relâchement des gestes barrière ou des mesures de confinement, la propagation du virus reprend. Le variant, lui, accélère sa propagation. » Plus contagieux, que le variant britannique, lui-même plus contagieux que la souche originelle, le variant Delta se répand plus rapidement et génère donc plus de cas. Le 1er juillet, il représentait, en Ile-de-France, près de 49 % des nouvelles contaminations – contre moins de 4 % au début du mois de juin. Et selon le directeur de l’ARS, il représente déjà plus de la moitié des cas dans la capitale.

Si la reprise épidémique ne fait aucun doute, reste à savoir si cette vague se traduira une nouvelle fois par une surcharge hospitalière. Pour l’heure, les indicateurs hospitaliers sont au vert. On dénombre, en Ile-de-France, 29 nouvelles hospitalisations liées au coronavirus chaque jour, contre 600 à la mi-avril. Un chiffre qui repart très légèrement à la hausse cette semaine tandis qu’en réanimation, la décrue se poursuit : 287 lits sont actuellement occupés par des patients ayant contracté le virus, contre 1.800 à la mi-avril.

« Pour l’instant, c’est trop tôt pour voir les effets de ce Delta sur l’hôpital. Il faut attendre deux ou trois semaines », assure Michèle Legeas. Peut-être même un petit peu plus car les données épidémiques montrent que les contaminations concernent pour l’heure principalement les jeunes, jugés moins à risque de faire une forme nécessitant une hospitalisation. En Ile-de-France, l’incidence chez les 20-39 est de 77 cas pour 100.000 habitants contre 15 cas pour 100.000 habitants chez les 60-79 ans.

La vaccination ralentit

Reste que cette fois, contrairement aux précédents rebonds de l’épidémie, la France dispose de vaccins efficaces et en nombre pour atténuer les effets de cette vague. « Tout l’enjeu aujourd’hui, c’est cette décorrélation entre les courbes épidémiques et hospitalières, comme c’est actuellement le cas en Israël ou en Grande-Bretagne », poursuit la chercheuse. Mais les deux pays sont plus avancés que la France sur la vaccination : près de 51 % de la population francilienne a reçu au moins une dose. A Paris, c’est même 62,5 %, ce qui n’a pas empêché l’épidémie de repartir.

« Les populations les plus à risque commencent à avoir une bonne couverture vaccinale, note Michèle Legeas. Mais les 15-45, qui sont souvent ceux qui sont souvent moins regardants sur les gestes barrières, ne sont pas encore suffisamment vaccinés. » Ces dernières semaines, le nombre de premières injections s'est fortement tari​ malgré une reprise ces derniers jours. D’où cette course contre la montre engagée par le gouvernement pour éviter d’avoir à « resserrer la vis » une nouvelle fois, en fermant pendant l’été, les boîtes de nuit, les restaurants ou les commerces.