Rentrée 2021 : Comment l’Enseignement supérieur va-t-il absorber le flux important de bacheliers ?

RENTREE La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, a précisé ce vendredi les conditions de la rentrée

Delphine Bancaud
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Le campus de la Harpe accueille les étudiants en Staps de l'université Rennes 2.
Le campus de la Harpe accueille les étudiants en Staps de l'université Rennes 2. — C. Allain / 20 Minutes
  • Cette année, les néoétudiants seront encore nombreux, le taux de réussite au bac au premier tour atteignant 90,5 %.
  • Le ministère a décidé de créer 34.000 places en plus pour la rentrée, mais elles ne seront pas toutes destinées aux nouveaux étudiants.
  • Un chiffre jugé insuffisant par les organisations étudiantes.

Y aura-t-il un embouteillage à l’entrée des universités et des écoles à la rentrée ? La question se pose à nouveau cette année, même si l’on ignore encore le nombre de bacheliers exact qu’il faudra intégrer. Les résultats définitifs du bac ne sont en effet pas encore connus, puisqu’il faut attendre de voir ce que donneront les oraux de rattrapage. Pour l’heure, on sait seulement que le taux de réussite au bac au premier tour est de  90,5 %. Et que les lycéens ayant passé le bac cette année étaient un peu moins nombreux qu’en 2020, où les établissements avaient dû absorber 35.000 néobacheliers supplémentaires en première année. « Donc on ne s’attend pas à une vague supérieure à celle de l’an dernier. Néanmoins, il faut continuer à donner aux établissements les moyens d’accueillir tous ces étudiants », a déclaré ce vendredi Frédérique Vidal.

Le ministère de l’Enseignement supérieur a ainsi décidé de créer 34.000 places en plus à cette rentrée, mais qui ne seront pas toutes destinées aux nouveaux étudiants. Frédérique Vidal a donné quelques détails sur leur ventilation : « Il y aura. 6.000 places supplémentaires en licence sur les trois premières années, 5.000 en BTS, entre 3.000 et 4.000 en master, 2.500 en IFSI (Instituts de formation en soins infirmiers), quelques milliers en FCIL (formations complémentaires d’initiative locale)… » Par ailleurs, la ministre a confirmé le recrutement de « 1.000 emplois dans les établissements d’enseignement supérieur ».

« Il faudra s’assurer que les places promises se matérialisent bien »

Ces promesses laissent cependant les organisations étudiantes sur leur faim. Elles pointent d’abord le flou concernant les créations de places : « Les chiffres donnés par le ministère n’indiquent une ventilation que pour la moitié des places annoncées. Mais où vont aller les autres ? », interroge Maryam Pougetoux, vice-présidente de l’Unef. Autre crainte : que ces nouvelles places ne correspondent pas forcément aux formations les plus demandées par les étudiants : « Sur les 6.000 places en licence, on ne sait pas combien vont concerner les filières en tension. Il faut impérativement privilégier les filières comme Staps, psycho et droit », insiste Yann Carcel, vice-président en charge des affaires académiques à la Fage. Les 5.000 places en plus en BTS semblent aussi insuffisantes : « Les BTS enregistrent 30 % des vœux sur Parcoursup cette année. Donc on imagine aisément que les créations prévues ne vont pas suffire. Et concernant les BUT, qui représentaient 11 % des vœux cette année, il n’y a eu aucune annonce », s’étonne Maryam Pougetoux.

Les organisations étudiantes redoutent aussi que le ministère n’ait oublié certains jeunes : « Dans son calcul des étudiants qui veulent s’inscrire dans un établissement à la rentrée, le ministère omet ceux qui n’ont pas eu leur souhait sur Parcoursup l’an dernier, sont sortis des radars pendant un an, mais vont retenter leur chance cette année », indique Maryam Pougetoux. Et la crainte qu’il existe un écart entre les discours et les actes est bien réelle : « Il faudra s’assurer que les places promises se matérialisent bien dans les établissements et que les postes d’encadrement créés concernent bien les universités où les conditions d’études sont les moins bonnes, comme à Nîmes, Saint-Etienne, Rennes 2, Lyon 3… », prévient Yann Carcel.

« Il est nécessaire de développer un plan national de lutter contre le décrochage »

Les universités devront s’atteler à un autre défi à la rentrée : proposer suffisamment de dispositifs de soutien aux nouveaux étudiants. Forcément pénalisés par les cours en demi-jauge en terminale, ils auront sans doute des problèmes méthodologiques. Le ministère compte aussi recruter 20.000 tuteurs parmi les étudiants déjà en cursus, pour aider les néoétudiants à prendre leurs marques : « L’objectif est qu’on leur propose des contrats à 10 heures par semaine, afin que cela ne les empêche pas de réussir leurs études », a précisé la ministre.

« Il existe plusieurs mesures éparses pour accompagner les élèves, mais il est nécessaire de développer un plan national de lutter contre le décrochage », insiste Maryam Pougetoux. « Il faudrait que les universités développent les parcours d’accompagnement personnalisés, ainsi que des partenariats avec des associations comme Chemins d’avenir et Article 1, qui proposent des programmes de mentorat », ajoute Yann Carcel. Autant de dispositifs qui requièrent encore plus de moyens.