Comment les gendarmes de Paca se renforcent pour lutter contre les « pillages archéologiques »

L'APPEL DE LA PIOCHE En Paca, dix-huit gendarmes ont été formés dernièrement pour mieux lutter contre le pillage de site archéologique, une activité en hausse

Alexandre Vella
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Alexandre Dumont-Castells, archéologue et gendarme coordonne en Paca la lutte contre le pillage archéologique
Alexandre Dumont-Castells, archéologue et gendarme coordonne en Paca la lutte contre le pillage archéologique — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • La région Provence-Alpes-Côte d’Azur compte environ 36.000 sites archéologiques référencés.
  • La gendarmerie estime qu’il y a environ 1.000 prospecteurs qui agissent dans 85 % des cas sur des sites connus.
  • La destruction ou la dégradation d’un site archéologique est punie de 7 ans d’emprisonnement et de 100.000 euros d’amende.

Appelez-le docteur. Alexandre Dumont-Castells a tous les attributs du gendarme, de l’uniforme à l’arme de service, mais ne soigne pas les gens. Son truc, c’est le patrimoine archéologique, qu’il tente de protéger en luttant contre son pillage, sujet dont il vient de tirer une thèse soutenue à l’université d’Aix-Marseille. Le voilà donc docteur en archéologie.

Un champ d’étude sur lequel la gendarmerie avait bien besoin de se renforcer, en témoigne la hausse recensée des « pillages archéologiques et des tentatives », notamment dans son secteur de Lançon-de-Provence (+45 %) et Pélissanne (+35 %). « En moyenne il y a une découverte monétaire conséquente chaque mois en région Paca », abonde Alexandre Dumont-Castells. Des biens qui légalement appartiennent à l’Etat, en totalité si le terrain de sa découverte a changé de propriétaire depuis 2016, date où la législation a évolué, et en laissant un petit pourcentage au détenteur du titre foncier, si celui-ci est antérieur à cette loi.

Entre 2015 et 2017, sur une année écoulée, la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) qui suit le patrimoine archéologique a quantifié le préjudice à un million d’euros en Paca. « La région compte environ 36.000 sites archéologiques référencés », détaille le jeune docteur et « on estime qu’il y a environ 1.000 prospecteurs qui agissent dans 85 % des cas sur des sites connus ». Les objets glanés, « essentiellement métalliques et souvent d’époque gallo-romaine ou médiévale sont ensuite écoulés dans des brocantes, des vide-greniers ou sur Internet ».

Le troisième trafic mondial après celui des stupéfiants et des armes

Pour autant, l’enjeu n’est pas tant de réprimer « que de faire de la pédagogie » auprès d’un public qui connaît souvent mal la législation. Néanmoins, la destruction ou la dégradation d’un site archéologique est punie de 7 ans d’emprisonnement et de 100.000 euros d’amende. La moyenne d’âge des prospecteurs est de 44 ans et un quart d’entre eux sont sans emploi. Seuls 20 % des prospecteurs clandestins ont fait l’objet de procédure pénale, la plupart subissant un rappel à la loi, d’après une étude courant sur quatre ans, entre 2016 et 2020, période durant laquelle 120 plaintes ont été enregistrées.

Bien qu’elles soient souvent de moindre valeur pécuniaire, les découvertes archéologiques appartiennent au patrimoine et peuvent avoir une valeur historique et culturelle importante. Plus d’un prospecteur cède à l’appel de la pioche et rêve de la trouvaille de sa vie, celle qui alimentera un trafic d’objets archéologiques. Le commerce illicite d’antiquités est en effet le troisième trafic mondial après celui des stupéfiants et des armes. En Paca, 18 gendarmes ont dernièrement été formés pour lutter contre cette activité en hausse.