Déconfinement : La réouverture des discothèques plombée par la reprise épidémique ?

LA FIEVRE Les professionnels du secteur ont déjà peur du scénario catastrophe d’une refermeture, comme en Catalogne

Rachel Garrat-Valcarcel

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La discothèque Bisous bisous se prépare pour la réouverture, à Cannes.
La discothèque Bisous bisous se prépare pour la réouverture, à Cannes. — SYSPEO/SIPA
  • Après seize mois de fermeture, les discothèques sont autorisées à rouvrir dès vendredi.
  • En raison d'un protocole sanitaire très strict, seuls 30 % des établissements comptent rouvrir cet été.
  • Cependant, ce protocole pourrait s’avérer efficace s’il est bien respecté.

L’odeur de la sueur n’a pas encore remplacé celle de la peinture fraîche, mais c’est pour bientôt : dès vendredi soir, les discothèques et autres boites de nuit peuvent rouvrir. A condition de répondre à un protocole sanitaire strict : jauge de 75 %, les clients et clientes doivent toutes présenter un pass sanitaire valide (schéma vaccinal complet ou test négatif de moins de 48 heures) et les patrons doivent préparer un cahier de rappel en cas de contamination, voire de cluster.

Résultat, dans les faits « 70 % des établissements vont rester fermés cet été », prévient Christian Jouny, délégué général du Syndicat des discothèques et des lieux de loisir. Le protocole sanitaire, mais aussi le peu de temps pour se préparer, embaucher et former expliquent ce chiffre. Résultat, après seize longs mois de fermeture totale, l’heure n’est pas tant à la fête que ça. D’autant plus qu’arrive le – pour l’instant modeste – regain épidémique : le taux d’incidence ne baisse plus en France. Pire, il remonte ces derniers jours, voire passe le seuil d’alerte comme à Paris. La faute notamment au variant Delta, plus contagieux. Alors, évidemment, du côté des professionnels, on n’est pas très serein : « Nous ne sommes même pas encore ouverts qu’on est déjà en train de se préparer à avoir des restrictions supplémentaires… », remarque, dépité, Christian Jouny.

Le précédent catalan

L’inquiétude est aussi montée d’un cran avec la décision de la Catalogne, en Espagne, de fermer ses discothèques quelques semaines à peine après les avoir rouvertes. Là aussi face à un regain des contaminations au Covid-19. Pourtant, Michaël Rochoy, médecin spécialiste en épidémiologie et membre du collectif Du côté de la science, n’a pas l’air plus effrayé que ça : « On ne va pas avoir de flambée des cas à cause des discothèques ! D’autant plus qu’a priori on parle d’un public plutôt jeune, qui fait peu de cas graves. Je ne suis pas inquiet tant que les règles sont respectées. »

Il s’inquiète plutôt de la décorrélation entre les données sanitaires, notamment le taux d’incidence, et le calendrier des réouvertures. Et puis surtout, de l’incohérence avec les salles des bars et des restaurants, qui peuvent accueillir du public sans jauge, sans masque et sans pass sanitaire obligatoire. « Je pense qu’on a moins de risque de se contaminer en boîte de nuit, compte tenu du protocole et du public, que dans les salles de restaurants, qui accueillent un public plus nombreux et potentiellement plus âgé, donc plus à risque », explique-t-il.

Une distorsion de concurrence

Le médecin pense qu’une partie de la hausse des cas de ces derniers jours est liée à l’ouverture des salles de restaurant. Cette incohérence dans le plan du gouvernement n’est évidemment pas passée inaperçue auprès des gérants de discothèques : « Il y a une distorsion de concurrence entre les discothèques et les salles de bars et restaurants. Nous voulons une politique identique pour toute la profession », annonce Christian Jouny, responsable des négociations avec le gouvernement pour son syndicat. En clair, il veut que la règle du pass sanitaire soit aussi obligatoire pour aller dans la salle d’un bar ou d’un restaurant.

Le Syndicat des discothèques a d’ailleurs décidé, une nouvelle fois, de déposer un recours en ce sens devant le Conseil d’Etat. Et Christian Jouy est optimiste : « Le 30 juin, le Conseil d’Etat ne pouvait pas constater de distorsion de concurrence puisque nous n’étions pas encore rouverts. » La semaine prochaine, cela pourrait être différent. « Et puis cette mesure pourrait aussi inciter la jeunesse à aller se faire vacciner », pense le secrétaire général du syndicat. Michaël Rochoy est aussi du côté des discothèques, même s’il juge qu’il faudra bien imposer de nouvelles mesures si l’incidence remonte trop, mais « avant de se demander si on est trop laxiste avec les discothèques et s’il faut les fermer, imposons le pass sanitaire aux salles de bars et restaurants. »