Vacances entre amis : Comment éviter d’être celui qui s’occupe de tout

TOUS LES CRIS, LES SOS (4/5) Organiser des vacances avec ses potes peut être une magnifique aventure humaine… mais aussi un avant-goût de l’enfer  

Manon Aublanc
— 
Photo prise juste avant que ce groupe d'amis ne s'entretue.
Photo prise juste avant que ce groupe d'amis ne s'entretue. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA
  • Potes radins ou trop dépensiers, gaffeurs, feignasses… Les « amis relous » existent, et parviennent chaque année à trouver du monde pour partir en vacances avec eux.
  • Tous les ans, et cette année peut-être encore plus, après trois confinements anti-Covid, vous partez en congés avec des amis ? « 20 Minutes » a décidé de vous venir en aide. Tout simplement parce que la rédaction estime que vous avez pris assez cher en 2020 et 2021. Il est bien temps de profiter un peu !
  • Voici donc le mode d’emploi pour partir en vacances entre potes sans vous suicider ou suicider vos proches (car un accident est vite arrivé, on le sait).

Souvenez-vous. Nous étions en hiver, dans l’euphorie des retrouvailles post-confinement, vous avez innocemment proposé à vos amis de vous occuper de l’organisation des vacances de cet été. Si à l’époque, l’idée vous semblait bonne, aujourd’hui, vous regrettez d’avoir (encore) parlé trop vite ce soir-là.

A quelques jours du départ, après des centaines d’heures de discussions WhatsApp sur le choix de la destination, des relances quotidiennes pour le paiement du logement et des dizaines d’embrouilles sur la répartition des chambres, vous êtes déjà épuisé, avant même d’avoir commencé ces vacances. Entre Théo qui veut partir au soleil, Marine qui craint la chaleur, Sophie qui change d’avis tous les trois jours, Simon qui est à l’euro près et Nicolas qui ne répond à aucun message, mais qui critique chaque décision, votre mental est mis à rude épreuve. On respire un bon coup. Cette année, 20 Minutes (ainsi que l’autrice de cet article qui organise encore des vacances à 22 personnes) vous aide à gérer cette épreuve en vous livrant quelques conseils.

Un rôle ingrat

Qu’on se le dise, le rôle de l’organisateur est plutôt ingrat. Tout faire pour ses amis, avec le risque d’avoir en retour un petit « elle était sympa la maison, mais je ne sais pas si on la louera l’année prochaine ». Une sensation que Peter*, 29 ans, ressent chaque année : « D’un côté, on passe pour le stressé quand on tente de tout organiser au mieux, et de l’autre, on se sent fautif lorsque l’un de nos choix ne plaît pas à nos amis. » 

Pour éviter de passer pour un dictateur ou une personne aux goûts douteux, Robert Zuili, psychologue clinicien et spécialiste du lien social, conseille à l’organisateur de vérifier, avant de partir, le taux d’acceptation du groupe à son organisation : « Il doit valider que ce qui lui paraît bien l’est aussi aux yeux du groupe, d’accepter de ne pas réagir de manière susceptible si les gens n’acceptent pas ce qu’il propose ou d’impliquer les autres dans le choix des activités. » 

Vous pouvez choisir de vous occuper de l’organisation de A à Z et interdire à vos amis de se plaindre (probablement le conseil le moins efficace de cette liste). C’est la solution radicale pour laquelle a opté Marie*. « Je propose à mes amis différentes destinations. Une fois le choix fait, je leur demande s’ils veulent absolument voir quelque chose ou faire une activité en particulier. Et après, fin des discussions, je m’occupe de tout le reste. Vu qu’ils n’ont rien organisé, ils n’ont pas le droit de râler. » 

Pour Robert Zuili, cette solution peut conduire à un déséquilibre entre l’organisateur et le reste du groupe : « Le risque, c’est que les uns peuvent vite devenir insupportables aux yeux des autres. Si l’organisateur ne lâche pas prise, il risque de fatiguer le groupe. A l’inverse, l’organiseur peut s’énerver d’avoir à s’occuper de tout. »

Déléguer pour mieux régner

L’autre solution, c’est d’anticiper. Ceux qui sont rodés à l’organisation des vacances entre amis le savent, c’est la clé. Thomas*, l’a bien compris. « Le jour du départ, je donne rendez-vous une heure avant la vraie heure, car il y en a toujours un qui est en retard. C’est la meilleure technique pour être sûr de ne pas rater le train ou l’avion. » Le jeune homme de 26 ans ne s’arrête pas là. « Pour le paiement, je ne confirme aucune réservation tant que je n’ai pas reçu la totalité de la part de mes amis avant une date limite. Celui qui n’aura pas payé ne partira pas, point. »

Et si pour éviter de s’occuper du logement, du transport, des activités, des repas, vous déléguiez en répartissant les tâches ? « Ca permet de moins subir l’organisation. Il y en a un qui cherche le Airbnb, un qui cherche les trains, etc », estime Peter, qui ne laisse tout de même pas entièrement la main. « Si vos potes ne sont pas très efficaces, ça vaut le coup de se garder les éléments importants du séjour, comme le logement, pour être sûr de ne pas finir dans un préfabriqué. » Ou pourquoi ne pas laisser à chacun l’organisation d’une journée ? On ne va pas se mentir, ce sera une journée de gagnée pour vous niveau charge mentale, c’est déjà ça.

Edicter les règles du jeu

Avant-dernier conseil, n’oubliez pas de dédramatiser. Théo n’a pas aimé le kayak, Marine trouve la maison trop petite, Chloé ne veut pas payer pour les fraises qu’elle n’a pas mangées ? Eh bien, qu’on se le dise, il n’y a pas mort d’homme, vous allez vous en remettre et vos amis aussi (on vous le souhaite). « Ce qui est douloureux pour celui qui organise, c’est que les reproches sont pris comme une remise en cause personnelle. Il est indispensable pour les participants de parler de soi, pas de l’autre. Plutôt que de dire : "Jade, elle est nulle l’activité que tu as réservée", préférez plutôt "je ne me sens pas à l’aise avec cette activité Jade" », incite Robert Zuili. Une simple tournure de phrase qui pourrait éviter à Jade des heures de dépression sur la plage à dessiner des têtes de mort dans le sable.

Dernière suggestion, probablement la plus importante, il faut communiquer. Comme dans un couple, c’est la clé de tout. Et si, à cette fameuse soirée post-confinement, vous aviez commencé par préciser les règles du jeu ? « Qui s’occupe de telle ou telle réservation ? Que fait-on ensemble sur place ? Qu’attend chacune des personnes de ces vacances ? Si les règles ne sont pas édictées, elles seront mal interprétées et sources de conflit pendant le séjour », conseille Robert Zuili. Une fois sur place, on n’hésite pas à dire si l’organisateur se comporte comme un dictateur ou si les autres ont oublié que vous n’étiez pas leur employé.

« Partir en groupe impose de vivre avec les différences de chacun. Pour que ça marche, il faut être capable de se dire les choses, sans que ce soit une remise en cause personnelle », explique le psychologue, qui rappelle que si on est capable de dire ce qui ne va pas, il ne faut pas oublier de dire ce qui va. Si avec tous ces conseils, vos vacances ressemblent toujours à la mise en place du pass sanitaire, comme dit Peter : « A un moment, faut savoir se ménager, et si vos potes ne vous méritent pas, changez-les. » Bonnes vacances !

*Les prénoms ont été modifiés pour d'évidentes raisons diplomatiques