Que faudrait-il changer dans le système de bourses pour améliorer la vie quotidienne des étudiants ?

ENSEIGNEMENT SUPERIEUR La crise du Covid-19 a aggravé la situation de nombreux étudiants, ce que souligne un rapport du Sénat rendu public ce mercredi

Delphine Bancaud
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La précarité des étudiants a augmenté lors de la crise sanitaire.
La précarité des étudiants a augmenté lors de la crise sanitaire. — Pixabay
  • La crise du Covid-19 a été, pour l’opinion publique, un révélateur de la fragilité économique qui touche de nombreux étudiants.
  • Une mission d’information sénatoriale sur les conditions de la vie étudiante recommande de remettre à plat le système de bourses.
  • Emmanuel Macron fera une allocution la semaine prochaine, au cours de laquelle il annoncera des mesures dédiées aux jeunes. Ces suggestions l’inspireront-elles ?

Des étudiants qui font la queue lors de distributions alimentaires. Cette image, en pleine crise du Covid-19, a marqué les esprits des Français… et ceux des sénateurs. Des difficultés qui touchent un grand nombre de jeunes, puisque selon la dernière enquête Conditions de vie des étudiants de l’Observatoire de la vie étudiante (OVE) parue en janvier, 26 % des étudiants déclarent ne pas avoir assez d’argent pour couvrir leurs besoins mensuels. « Notre pays dépense 3,8 milliards d’euros par an pour financer des bourses sur critères sociaux et parallèlement, des étudiants sont inscrits aux Restos du cœur. Cela pose la question de l’efficacité des aides existantes », estime Laurent Lafon, sénateur du Val-de-Marne (Union centriste) et rapporteur d’une mission d’information sur les conditions de la vie étudiante qui a rendu ses conclusions ce mercredi.

Un constat que font aussi les organisations étudiantes depuis longtemps : « Lorsque nous avons rencontré Emmanuel Macron il y a un mois, nous avons défendu l’idée d’une réforme des bourses en 2022 pour redistribuer les cartes », indique Yanis Limame, premier vice-président en charge des politiques de jeunesse à la Fage. Dans son interview à Brut cette année, le président avait reconnu des défauts dans les dispositifs actuels : « Nous avons un système de bourse efficace, mais il y a des trous dans la raquette ». Dans une interview accordée à 20 Minutes fin avril, la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, allait même plus loin : « On va donc revoir les critères d’attribution des bourses, mais rien n’est encore acté ».

« Beaucoup d’étudiants issus de la classe moyenne inférieure ne touchent rien »

En attendant, le Sénat a déjà quelques idées à suggérer au gouvernement. Tout d’abord de ne pas lésiner sur l’enveloppe budgétaire dans les années à venir, et même d’augmenter le montant des bourses, malgré la diminution à venir de la population étudiante pour des raisons démographiques. Car sur 2,7 millions d’étudiants en 2020-2021, « seulement » 750.000 touchent une bourse. « Les effets de seuils pénalisent les classes moyennes », affirme Laurent Lafon, qui suggère de permettre à davantage d’étudiants de bénéficier d’une bourse d’échelon zéro.

Une idée qu’approuve Yanis Limame : « Beaucoup d’étudiants issus de la classe moyenne inférieure ne touchent rien, alors qu’avec la crise du coronavirus et ses conséquences économiques, leurs parents ne peuvent plus les aider. Il faudrait donc augmenter de 250.000 au moins le nombre de boursiers », estime-t-il.

Le reste à charge plutôt que les revenus des parents

Autre constat du Sénat : « A l’heure actuelle, la notion du reste à charge, c’est-à-dire l’écart entre leurs dépenses contraintes (loyer, transports, assurances…) et leurs ressources (aides de la famille, revenus…) n’existe pas dans le calcul des bourses. Or, on ne finit pas le mois de la même façon si l’on a un loyer de 300 ou de 800 euros », indique Laurent Lafon.

Partant de ce principe, les sénateurs préconisent la création d’un système de bourses décentralisées dans les universités inspiré du modèle allemand : « Le reste à charge de l’étudiant serait pris en compte et non plus les revenus des parents, afin que le montant de sa bourse soit réajusté », explique Pierre Ouzoulias, président de la mission et sénateur des Hauts-de-Seine. Oui, répond Yanis Limame : « Nous sommes tout à fait favorables à ce que soient prises en compte les charges fixes de l’étudiant pour adapter les bourses. Il faut aussi changer le système de calcul pour ne plus prendre en compte les revenus des parents quand ceux-ci n’aident pas leur enfant », insiste-t-il.

« Il a toutes les cartes en mains pour réformer les bourses d’ici à l’élection présidentielle ».

La situation des étudiants salariés pose aussi problème : « Aujourd’hui, 8 % des étudiants exercer une activité rémunérée pourtant souvent incompatible avec leur réussite académique », souligne Laurent Lafon. Le Sénat suggère que leur situation soit mieux prise en compte : « Il faut instaurer un suivi personnalisé de ces étudiants, afin de leur attribuer des aides supplémentaires », estime le sénateur. « La Fage est en ligne avec cette idée. Il faut rendre plus flexibles les emplois du temps des étudiants salariés, leur permettre de prendre des cours du soir, leur attribuer un référent pédagogique, mais aussi les soutenir financièrement pour leur permettre de ne pas travailler plus de 15 heures par semaine », recommande Yanis Limame.

Reste à savoir ce que le gouvernement fera de ce rapport. Emmanuel Macron devrait prendre la parole la semaine prochaine et faire des annonces concernant la jeunesse. « Il a toutes les cartes en mains pour réformer les bourses d’ici à l’élection présidentielle », estime Yanis Limame. Une mesure qui plairait forcément aux étudiants, qui sont de potentiels jeunes électeurs. Et les plus difficiles à capter.