Qu’est-ce que la « goutte froide » qui nous a apporté pluies et orages en juin ?

DE L'EAU DE LA-HAUT Il a beaucoup plu en France en juin, mais ce n’est pas forcément anormal

Rachel Garrat-Valcarcel
L'orage sur Nice le 8 juin dernier.
L'orage sur Nice le 8 juin dernier. — VALERY HACHE / AFP
  • Votre ressenti ne vous a pas trompé : à part dans le Sud-Est, il a beaucoup plu en France pendant ce mois de juin 2021. Parfois trois fois plus que la moyenne.
  • C’est notamment la faute d’une masse d’air nommée « goutte froide », qui s’est nichée sur la France.
  • Malheureusement, cette « goutte froide » est encore là pour quelque temps.

Ce n’est pas trop l’idée qu’on se faisait du déconfinement, avouons-le : de la pluie, beaucoup de pluie, s’est abattue sur la France en juin. Parfois massivement en peu de temps à cause des nombreux orages qui ont aussi éclaté. Pourtant rien de profondément anormal pour un mois de juin. Que s’est-il passé alors en France ces dernières semaines ? C’est en partie la « faute » d’une masse d’air appelée « goutte froide ».

Qu’est-ce que la « goutte froide » ?

Une goutte froide, ou plus exactement une goutte d’air froid, c’est une masse d’air froid relativement réduite entourée d’une masse d’air chaud. En ce mois de juin, il s’en est trouvé, depuis les îles britanniques ou le proche Atlantique, pour venir se nicher sur la France.

C’est en partie ce qui a provoqué le temps pluvieux et orageux du mois de juin. Parce que ces « gouttes froides » se sont nichées au-dessus d’une masse d’air chaude, comme l’indique le prévisionniste de Météo-France interrogé par 20 Minutes, Jérôme Lecou : « Quand en surface (les premières centaines de mètres de l’atmosphère), les conditions sont plutôt chaudes et qu’il y a une mise en phase en surplomb de plages d’air froid qui circulent autour de 4.000/5.000 mètres, vous avez un profil instable absolument favorable à la formation de nuages convectifs, des cumulonimbus, les nuages d’orages. »


Ceci explique donc les orages et bien sûr aussi la pluie. Dans les conditions de ce mois de juin, avec cette superposition de masses d’air, des nuages vraiment très épais se sont formés : jusqu’à 10 km de la base au sommet, affirme même Météo-France. « Il y a donc une possibilité extrêmement marquée de formation de précipitations à l’intérieur du nuage, avec la possibilité de grêlons », observe Jérôme Lecou.

Le mois de juin pluvieux est-il exceptionnel ?

Météo-France le rappelle, les mois de juin pluvieux et orageux ça existe. « Le climat français étant un climat de moyenne latitude, on a une variabilité qui est forte sur les premiers mois de l’été. Le mois de juin peut avoir tous les styles : il peut être très sec mais aussi très orageux », décrit Jérôme Lecou. En revanche, il faut bien noter qu’il a plu à un niveau très au-dessus de la normale.

« On a par exemple eu plus du double des précipitations observées en moyenne sur un axe qui va de la Nouvelle-Aquitaine à la région parisienne en passant par le Val de Loire », commente Jérôme Lecou. Plusieurs stations ont dépassé les 130 mm de précipitation, la marque de « grosses pluies », d’après le prévisionniste. Dans certains endroits, comme à Gonneville dans la Manche, les précipitations ont été trois fois supérieures à la moyenne observée au mois de juin.

Le mauvais temps va-t-il continuer ?

Si vous avez pris vos vacances début juillet, mauvaise nouvelle : oui, ça va continuer. « A partir de ce week-end, on repart sur une tendance orageuse et pluvieuse. Il n’y a pas de temps calme, ensoleillé et chaud en perspective sur la première dizaine de juillet en tout cas », prévient Jérôme Lecou. Pour le reste de l’été évidemment il est trop tôt pour le dire. Il y a bien les prévisions saisonnières « mais ça ne me permet pas de dire si la troisième semaine de juillet sera orageuse, par exemple ».

Soit, mais a priori d’après Météo-France on va quand même vers un été chaud. Sauf qu’un été chaud, ça peut vouloir dire bien des choses. Prenez le mois de juin 2020, pas certain que vous l’ayez trouvé chaud. Surtout comparé au mois de juin 2019, marqué par un épisode de canicule. Il a pourtant fait plus chaud ce mois-ci. « Les anomalies de températures de ces deux mois de juin sont assez proches : en 2019 on était à +1,79 degré et en 2021 on ne sera pas très loin des 2 degrés », détaille Jérôme Lecou. Au final, le mois de juin 2021 sera dans les cinq mois les plus chauds depuis le début des relevés.