Coronavirus en Occitanie : Le personnel soignant libéral plutôt bien vacciné, mais les Ehpad sont à la traîne

EPIDEMIE Les campagnes vont être accentuées dans la région pour pousser les professionnels à se faire vacciner contre le Covid-19. Avant, peut-être, une obligation de le faire

Nicolas Bonzom

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Un vaccin (illustration)
Un vaccin (illustration) — Shutterstock/SIPA
  • Mardi, le gouvernement indiquait qu'« au moins 80 % » des personnels des Ehpad et des hôpitaux devront avoir reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 d’ici le mois de septembre, faute de quoi il ouvrira « la voie d’une obligation ».
  • En Occitanie, les personnels libéraux sont le plus vaccinés. En revanche, les personnels des Ehpad sont à la traîne, avec a moitié qui ont reçu au moins une dose.
  • Des campagnes vont être menées pour pousser les professionnels à le faire.

Se dirige-t-on vers une obligation de se vacciner pour le personnel soignant ? Lundi, le gouvernement indiquait qu'« au moins 80 % » des personnels des Ehpad et des hôpitaux devront avoir reçu au moins une dose de vaccin contre le Covid-19 d’ici septembre, faute de quoi il ouvrira « la voie d’une obligation ». Et en  Occitanie, comme ailleurs en France, deux mois avant l’échéance, le compte n’y est pas.

Dans la région, selon les chiffres communiqués ce mercredi par Pierre Ricordeau, le directeur général de l’Agence régionale de santé (ARS) d’Occitanie, les professionnels de santé libéraux ont le taux de vaccination le plus élevé. « Environ trois quarts » sont vaccinés en Occitanie, indique-t-il, ce qui correspond à peu près à la moyenne nationale. Dans les hôpitaux, c’est un peu plus bas : deux tiers des personnels soignants le sont.

Des chiffres en croissance au CHU de Toulouse

Mais ça dépend des établissements : au CHU de Toulouse (Haute-Garonne), les chiffres sont un peu plus élevés la moyenne des autres hôpitaux de la région. « Le taux de vaccination est de 72 %, confirme le professeur Laurent Schmitt, président de la Commission médicale d’établissement (CME) de l’hôpital de Toulouse. Il est un peu plus fort parmi le personnel médical, entre 74 et 75 %. Et un peu moins au niveau du personnel paramédical, 64 %. Mais ce qui est important, c’est que la dynamique de vaccination, depuis les deux derniers mois, est toujours croissante. »

Dans les établissements médico-sociaux, en particulier les Ehpad, le chiffre est bien plus bas. L’Occitanie est au niveau de la moyenne nationale, « légèrement au-dessus de 50 % », pointe Pierre Ricordeau, le directeur général de l’ARS. « C’est insuffisant, et ce n’est pas une situation normale au regard de la fragilité des résidents, dans un contexte de menaces liées à l’apparition et à la diffusion de certains variants préoccupants », déploraient lundi, dans une lettre au personnel soignant, les ministres de la Santé Olivier Véran et de l’Autonomie Brigitte Bourguignon, au regard du chiffre dans les Ehpad, où seuls 55 % des professionnels ont reçu au moins une dose.

Dans les Ehpad, certains ont peur des vaccins, des effets secondaires, d’AstraZeneca…

Pour Jean-Jacques Molina, le président en Occitanie de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (FNADEPA), il est difficile d’expliquer pourquoi le taux de vaccination des soignants en Ehpad est plus bas que dans les autres secteurs. « En Occitanie, nous sommes entre 55 et 60 % du personnel soignant vacciné dans les Ehpad, à peu près le même niveau que la moyenne nationale, explique cet ancien directeur d’un Ehpad. Des arguments [de ceux qui ne souhaitent pas être vaccinés], il y en autant dans ces établissements qu’ailleurs. Certains ont peur des vaccins, ou des effets secondaires, certains ne veulent pas de l’AstraZeneca… Il n’y a aucune différence avec le reste de la population. »

Et si l’Etat venait à rendre obligatoire le vaccin contre le Covid-19 dans les établissements accueillant des personnes âgées, la FNADEPA ne s’y opposerait pas. « Nous avons bien conscience que la seule véritable arme contre le Covid-19, c’est le vaccin, reprend Jean-Jacques Molina. Nous sommes dans une démarche quasi-permanente de pédagogie. Si la vaccination devenait obligatoire, nous ferons bien évidemment notre devoir. Mais il faudra le faire avec beaucoup de pédagogie. Nous n’allons pas attacher notre personnel sur une chaise pour le piquer. »

Des campagnes « itératives »

En Occitanie, pour convaincre les soignants de passer à la piquouse, « des campagnes itératives sont menées dans les établissements pour encourager la vaccination, et pour rappeler que les taux actuels sont considérés à la limite basse de ce qui est nécessaire », explique le professeur Laurent Schmitt, du CHU de Toulouse, qui note qu’au moins « 10 % de plus sont nécessaires ». Dans « les jours qui viennent », cette incitation à se faire vacciner va être accentuée, poursuit le professeur.

Ce mercredi, sur France Inter, Jean-François Delfraissy, président du Conseil scientifique, a indiqué avoir « changé d’avis » sur l’obligation de la vaccination pour les soignants. « J’étais contre l’obligation, mais il me semble que maintenant on a atteint le niveau où on va devoir envisager une obligation », a déclaré le professeur.