Vaccination à Paris: Un centre éphémère pour les livreurs pour une dose entre deux commandes

REPORTAGE Un centre de vaccination éphémère, pensé pour les livreurs à vélo, une population jeune, précaire et exposée, a ouvert cette semaine, place de la République

Caroline Politi
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Un centre de vaccination, pensé pour les livreurs à vélo, particulièrement exposés, a ouvert
Un centre de vaccination, pensé pour les livreurs à vélo, particulièrement exposés, a ouvert — Caroline Politi/20 Minutes
  • En Ile-de-France, près de 49 % de la population a reçu au moins une dose de vaccin.
  • L’agence régionale de santé cherche de plus en plus à développer la vaccination en allant au-devant des publics plus fragiles.
  • Les livreurs peuvent se faire vacciner sans rendez-vous tous les après-midi de cette semaine place de la République à Paris.

Son large sac Deliveroo dans le dos, Guillaume, 46 ans, le confie sans détour, il a longtemps hésité à se faire vacciner contre le Covid-19, pas très rassuré à l’idée de recevoir ce sérum nouvelle génération. C’est finalement un message, envoyé par la plateforme qui l’emploie depuis un an, qui a décidé ce livreur à se rendre, ce mardi après-midi, dans le centre de vaccination éphémère installé place de la République, dans le 10e arrondissement de Paris. « Honnêtement, je ne sais pas si j’aurai fait la démarche de prendre rendez-vous, avec nos horaires, notre rythme, c’est pas simple de savoir quand on sera libre », confie-t-il.

Si ce centre, qui a ouvert lundi, est accessible à tous, il a d’abord été pensé pour les livreurs, en collaboration avec les principales plateformes : Deliveroo, UberEats, Frichti… Le lieu, central, et l’horaire, l’après-midi, entre les rushs du midi et du soir, ont été adaptés à ce public jeune, souvent très précaire, exposé et par essence, particulièrement mobile. Tous les livreurs ont été avertis de l’opération par leurs employeurs. « Aujourd’hui, le défi, ce n’est plus de trouver les doses mais de vacciner le plus largement possible, insiste Aurélien Rousseau, le directeur de l’agence régionale de santé d’Ile-de-France. Or, on sait bien que les populations les plus précaires sont les plus éloignées du système de soin et donc de la vaccination. » D’où la multiplication des barnums au pied des tours ou dans les campus universitaires.

La majorité des volontaires ? Des habitants du quartier…

Azimullah, un Afghan de 24 ans arrivé il y a trois ans en France, voit cette opération comme une « bénédiction ». Ses rudiments de français ne lui permettaient de prendre rendez-vous sur Internet. D’ailleurs, il n’aurait probablement pas osé passer par la voie traditionnelle. « Un ami est venu hier et m’a dit que tout le monde pouvait se faire piquer », explique-t-il, tout sourire, en triturant la lanière de son sac UberEats. Kouadio-David, lui, n’est pas aussi serein. « Vous l’avez fait, vous, le vaccin ? », demande-t-il à tous les bénévoles. Avant de relever sa manche, ce livreur Frichti depuis 2018 s’enquiert auprès de la médecin de tous les effets secondaires auxquels il s’expose. « Je sais que c’est la bonne chose mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur. » Sans cette opération, il reconnaît qu’il n’aurait probablement pas franchi le pas.

Après avoir longtemps hésité, Kouadio-David s'est fait vacciner
Après avoir longtemps hésité, Kouadio-David s'est fait vacciner - Caroline Politi/20 Minutes

Néanmoins, même si l’opération a été pensée pour les livreurs, ils restent minoritaires ce mardi. La majorité des volontaires sont des habitants du quartier, ravis de pouvoir se faire vacciner sans rendez-vous. A l’image de Marc-Olivier, 43 ans. « Je voulais le faire depuis un bout de temps mais au début lorsqu’on se connectait sur Doctolib, il y avait jamais de créneaux, là au moins c’est facile. » Certains sont venus spontanément, d’autres ont été orientés vers les barnums par quatre volontaires de la Croix-Rouge, qui n’ont cessé, tout au long de l’après-midi, d’arpenter la place de la République pour informer mais également répondre aux inquiétudes.

Au total, 3.000 doses ont été mises de côté pour l’opération qui doit se terminer vendredi mais lundi, pour son premier jour, seule une centaine d’injections a été faite. « Évidemment, on pourrait se dire que c’est énormément d’engagement pour peu de résultats mais chaque vaccination est bonne à prendre et ce sont peut-être 100 personnes qui ne seraient pas allées dans un centre », assure le directeur de l’ARS, bien décidé à amplifier cette nouvelle stratégie dite « d’aller vers ». Avec, pour objectif, l’ambition d’éviter à la rentrée une quatrième vague liée à la propagation du variant Delta.