Coronavirus en Ile-de-France : Le variant Delta pourrait être majoritaire dès la fin juillet

EPIDEMIE Le variant Delta représente aujourd'hui 10% des cas positifs en Ile-de-France. Un chiffre probablement sous-estimé

Caroline Politi

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Illustration d'une pharmacie qui propose des tests pour le Covid-19.
Illustration d'une pharmacie qui propose des tests pour le Covid-19. — Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA
  • Selon Santé Publique France, 10% des tests positifs en Ile-de-France sont liés au variant Delta.
  • « Cela n’a absolument rien d’anormal, analyse le Dr Frédéric Adnet, chef du service des urgences à l’hôpital Avicenne à Bobigny. Lorsqu’une souche d’un virus est plus contagieuse, elle remplace la précédente. »
  • Ce variant pourrait être majoritaire dès la fin du mois de juillet. 

Il est un peu comme ce petit nuage noir à l’horizon, celui dont on craint qu’il n’augure rien de bon et qui détonne au milieu d’un ciel azur. Alors que depuis quelques semaines la situation est redevenue calme sur le front de l’épidémie de Covid-19, la crainte d’un rebond épidémique porté par le variant Delta, plus contagieux, s’installe. Dans les Landes, il représente déjà 70 % des tests positifs. Dans le reste de l’Hexagone, comme en Ile-de-France, il est pour l’heure évalué à 10 %. Mais pourrait très vite devenir majoritaire.

« Lorsqu’une souche d’un virus est plus contagieuse, elle remplace la précédente »

Après avoir atteint des sommets à la fin de l’hiver, le taux d’incidence de l’épidémie a retrouvé en Ile-de-France, un niveau équivalent à celui du début du mois d’août 2020 (31,4 %) alors même que le nombre de tests est largement supérieur. Conséquence : le taux de positivité n’a jamais été aussi bas (0,9 %). Mais parmi ces rares tests positifs, 10 % des personnes infectées le sont désormais par le variant Delta, anciennement surnommé « indien ». Là où il y en avait à peine 2 à 4 % il y a encore un mois. « Cela n’a absolument rien d’anormal, analyse le Dr Frédéric Adnet, chef du service des urgences à l’hôpital Avicenne à Bobigny. Lorsqu’une souche d’un virus est plus contagieuse, elle remplace la précédente. C’est le cas de tous les virus et c’est ce qu’il s’est passé pour le variant britannique au début de l’année. »

A ses yeux comme à celui de nombreux experts, c’est désormais une question de semaines, peut-être même de jours, avant que le variant Delta ne détrône le variant britannique. « Selon une étude britannique, le temps de doublement de l’incidence est de 11 jours avec le variant Delta », poursuit le praticien. Avec 10 % de cas détecté à ce jour, la barre des 50 % pourrait être franchie dans un mois. Voire avant. Selon l’Agence régionale de santé, il est en effet fort probable que le chiffre avancé de 10 % soit sous-estimé en raison d’un changement de la méthode de criblage.

Différences régionales

Jusqu’au début du mois de juin, les laboratoires recherchaient, parmi les tests positifs, les principaux variants en circulation : britannique, sud-africain, brésilien… « Aujourd’hui, on ne se concentre plus spécifiquement sur ces variants car ceux-ci ont parfois eux-mêmes muté mais plutôt ce qu’on appelle les « mutations d’intérêt », c’est-à-dire celles qui peuvent avoir un impact sur l’immunité », explique le Dr Laurent Kbaier, biologiste au sein du laboratoire Biogroup, qui réalise la moitié des tests PCR en Ile-de-France. Mais si cette nouvelle méthode de criblage est plus rapide, son déploiement peut perturber la remontée des données, estime l’ARS, qui s’attend, dans les jours à venir, à un rattrapage.

A l’échelle régionale déjà, la situation est loin d’être homogène : selon les données recueillies par le laboratoire Biogroup ce variant affecte déjà 17 % de cas dans les Yvelines, 13 % en Seine-Saint-Denis ou dans les Hauts-de-Seine… contre à peine 4 % dans le Val-de-Marne ou le Val-d’Oise. « On a observé ce type de différences à l’arrivée de chaque variant qui finissent par se lisser », analyse le Dr Laurent Kbaier qui rappelle qu’en raison du faible nombre de cas, un cluster peut faire bondir les résultats.

Vers une quatrième vague ?

Dès lors, une quatrième vague est-elle inéluctable ? En Grande-Bretagne, la dernière étape du plan de déconfinement a été décalée pour faire face à la reprise épidémique : rien qu’au cours de la dernière semaine, le nombre de nouveaux cas a augmenté de 40 %. « Le rebond de l’épidémie est inéluctable mais pas forcément la surcharge des services hospitaliers, » précise Frédéric Adnet. La vaccination est en effet efficace à 95 % contre les formes graves du Covid-19, quel que soit le variant. Les personnes vaccinées et qui contractent néanmoins le virus font généralement des formes asymptomatiques ou légères. Preuve en est outre-manche où les services hospitaliers n’ont pas constaté d’afflux massif de malades.

« Ces chiffres sont encourageants mais il faut que les gens poursuivent l’effort de vaccination », insiste-t-on au sein de l’ARS. Et ces dernières semaines, la baisse est prégnante. 46,58 % des Franciliens ont reçu au moins une dose de vaccin mais le nombre de première dose n’augmente plus que de 5 % par semaine. Or, l’immunité collective ne peut être atteinte que si 70 % à 80 % de la population est vaccinée.