Bac 2021 : Pourquoi le grand oral fait-il grincer des dents ?

EDUCATION La nouvelle épreuve du bac est inaugurée depuis lundi et jusqu’au 2 juillet. Mais les candidats ont essuyé quelques plâtres…

Delphine Bancaud
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A Saint Clément de Rivière, le 22 juin 2021, des candidats passent son grand oral.
A Saint Clément de Rivière, le 22 juin 2021, des candidats passent son grand oral. — Alain ROBERT/SIPA
  • Cette épreuve est toute nouvelle, puisqu’elle fait partie des grandes innovations découlant de la réforme du bac.
  • Jurys absents ou incomplets, retards conséquents… Le démarrage du grand oral a été émaillé de couacs dans certaines académies.
  • Des candidats estiment que certains jurys les ont mis en difficulté alors qu’une consigne de bienveillance avait été donnée aux enseignants.

Toutes les lumières étaient braquées sur lui, mais il s’avère moins reluisant que prévu. Le grand oral, épreuve phare du nouveau bac, qui est organisé pour la première fois cette année, a connu un démarrage poussif. Depuis lundi et jusqu’au 2 juillet, 525.000 candidats au bac général et technologique sont convoqués pour cette épreuve, qui comprend  vingt minutes d’exposé et d’échanges avec un jury.

Mais tout ne marche pas comme sur des roulettes pour ce lancement. Premier couac : des convocations de profs devant participer aux jurys sont arrivées à la dernière minute. « Certains collègues ont reçu leur convocation lundi matin pour être jury quelques heures plus tard. D’autres ont reçu un coup de fil leur disant qu’ils étaient attendus dans un lycée depuis deux heures alors qu’ils n’avaient reçu aucune convocation. D’autres encore sont arrivés en centre d’examen et ont été renvoyés chez eux car pour finir, ils n’étaient pas attendus dans l’établissement », décrit Sophie Vénétitay, secrétaire générale adjointe du Snes-FSU. « Certains jurys n’étaient pas conformes à ce que prévoient les textes. Ils étaient sans le prof de la spécialité des candidats ou avec deux profs de la même spécialité. Ce qui a obligé les chefs d’établissement à recomposer des jurys en urgence », ajoute Claire Krepper, secrétaire nationale à l’Éducation du SE-Unsa. Des dysfonctionnements dus, selon elle, « a un algorithme du Siec (le Service interacadémique des examens et concours) mal pensé ou développé trop rapidement. D’où les problèmes rencontrés en Normandie, en Ile de France, dans le Nord… »

« Le jury n’a posé aucune question sur mon sujet »

Ces bugs ont entraîné d’importants retards dans le déroulement des oraux et même le report de certains d’eux. Interrogé par 20 Minutes, le ministère de l’Education explique par exemple que « sur les 450 jurys de l’académie de Paris, 21 ont été revus lundi. En filière générale, 7 candidats sur les 16.000 de l’académie de Paris ont été reconvoqués pour le grand oral ». Mais il ne donne pas de chiffre pour les autres académies : « Il faut faire attention à l’effet grossissant des cas de dysfonctionnements relayés sur Twitter », recommande-t-il. Il n’empêche que cette désorganisation a perturbé les candidats, comme Axel, qui a répondu à notre appel à témoins : « J’ai été convoqué à 8h. Petit souci : un membre du jury a vu sa convocation annulée, puis desannulée. Attendre 7 heures dans le stress pour passer simplement 20 petites minutes, c’est juste inadmissible ».

L’épreuve ne s’est pas non plus déroulée très sereinement pour d’autres candidats. Alors que les consignes ministérielles stipulaient que l’éléve, une fois son exposé fait, doit être interrogé par le jury pour « illustrer ou expliciter ses propos », certains ont surtout été questionnés sur des points du programme de Terminale que tous n’avaient pas pu finir, en raison de la demi-jauge dans les établissements, des absences des profs… C’est le cas d’Emelyne : « Le jury n’a posé aucune question sur mon sujet, mais uniquement sur les cours de mes deux spécialités de Terminale ». Noah a eu droit à la même expérience : « J’ai eu deux minutes de questions se rapportant à mon sujet et huit minutes sur de la géométrie scalaire, qui n’avait rien à voir du tout avec ma question. La candidate précédente a aussi eu des questions de géométrie pendant huit minutes ne se rapportant pas du tout à son sujet. J’ai été largement surpris et décontenancé, voire dégoûté. Il n’a jamais été question d’être interrogé sur une tout autre partie du programme lors de cette prestation. Jamais nos enseignants ne l’ont suggéré ! », témoigne-t-il.

« Les enseignants qui ont été convoqués au dernier moment n’ont pas forcément eu le temps de se pencher précisément sur les attendus de l’épreuve et les aménagements proposés par le ministère pour prendre en compte l’année scolaire bouleversée des élèves », explique Claire Krepper.

« Cette épreuve de grand oral me laisse un goût assez amer »

Des consignes pour une évaluation un peu plus clémente avaient aussi été données pour le bac. « Le maître mot sera la bienveillance », avait martelé Jean-Michel Blanquer. Mais là aussi, il semble que tous les jurys n’aient pas appliqué la recommandation, comme l’attestent plusieurs témoignages que nous avons reçus. « Aucune bienveillance du prof de math, et l’autre était un prof de sport qui n’a pas ouvert la bouche et n’était pas du tout intéressé », reprend Noah. C’est aussi le sentiment qu’a éprouvé Léo : « J’ai eu le droit à des questions hors programme, d’autres questions formulées bizarrement, ainsi que des réflexions du style : "Allez, faites marcher un peu votre cerveau pour une fois". Enfin, j’ai dû répéter ma conclusion une deuxième fois car pour lui, je n’avais soi-disant pas répondu à ma problématique. Bref, cette épreuve de grand oral me laisse un goût assez amer ainsi qu’à certains camarades de mon établissement ». Virginie, dont le fils a passé le grand oral, est tout aussi déçue. « Bienveillance du jury ? Pas du tout… Visages fermés et on cherche à piéger le candidat par des questions très pointues hors programme », relate-t-elle.

Face à ces « inquiétudes et dysfonctionnements », le syndicat lycéen FIDL a décidé de mettre en place une adresse mail (grandorafidl@gmail.com) à disposition des lycéens qui en seraient victimes, « afin qu’ils soient accompagnés dans les difficultés qu’ils rencontreraient ». Mais pas sûr qu’il y ait beaucoup de récriminations cette année : « Le contrôle continu représente 82 % de la note globale. Donc le grand oral ne pénalisera pas les élèves. Mais il faut impérativement que le ministère de l’Education retravaille cette épreuve pour l’an prochain », estime Claire Krepper.